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Déclaration du Forum des peuples indigènes d’Oaxaca

vendredi 30 mai 2008

Déclaration du Forum des peuples indigènes d’Oaxaca

Nous, autorités municipales et communautaires, représentants d’organisations communautaires et régionales, ainsi que membres de différents organismes de la société civile, appartenant aux peuples amuzgo, zapotèque, mazatèque, mixe, mixtèque, chocholtèque, huave, triqui, chontal, chatino et cuicatèque, réunis les 23 et 24 mai 2008 au siège de l’École normale bilingue interculturelle d’Oaxaca, sis dans la communauté zapotèque de Tlacochahuaya, dans le cadre du Forum des peuples indigènes de l’Oaxaca, après avoir longuement et profondément délibéré sur des questions relatives au maïs et à la situation de la campagne, sur la question des terres, des territoires et des ressources naturelles des peuples indigènes, sur l’autonomie indigène et l’éducation à la vie communautaire, communiquons les suivantes

propositions et déclarations

1. Nous répétons que les peuples et les communautés indigènes constituent les légitimes propriétaires et héritiers des terres, des territoires et des ressources naturelles où ils vivent. Partant, nous exigeons la reconnaissance et le respect de la propriété originelle de nos terres, territoires et ressources naturelles.

2. Nous nous opposons résolument à la privatisation et à la commercialisation des terres, territoires et ressources naturelles des peuples indigènes par l’État ou par les entreprises mexicaines et étrangères et exigeons l’arrêt total de toutes les interventions et projets qui attentent contre nos terres, nos territoires, nos lieux sacrés et nos ressources naturelles.

3. Nous exigeons la suspension et l’annulation de toutes les concessions accordées à des entreprises étrangères ou mexicaines en vue de l’exploitation et de la mise en valeur des ressources naturelles dans les territoires indigènes.

4. Nous exigeons que ne soient plus promulgués aucun décret, loi ou réglementation visant à nous spolier et à autoriser la mise en valeur de ressources naturelles par des tiers étrangers à nos communautés.

5. Nous exigeons le respect de la consultation, de la participation et du principe de consentement préalable, libre et en connaissance de cause, des peuples et communautés indigènes en ce qui concerne tout projet affectant les territoires des peuples indigènes ou pouvant avoir un impact sur eux. Nous disons très clairement au gouvernement de l’Oaxaca et au gouvernement fédéral que nous ne permettrons plus sur nos terres et dans nos territoires aucun projet qui attente contre nos modes de vie et nos cultures, et contre la nature dans son ensemble.

6. Nous réaffirmons l’urgence de retrouver l’autonomie en matière d’économie, de production et d’alimentation de nos peuples indigènes. Pour ce faire, il nous faut réhabiliter et consolider notre système d’agriculture traditionnel, la milpa, augmenter la culture du maïs ; l’emploi d’engrais biodynamiques, l’entretien et la protection de l’eau, l’utilisation et la préservation de nos propres semences ; renouer avec les systèmes d’aide mutuelle ; renforcer les marchés [tianguis] et échanges locaux et régionaux, ainsi que l’application des différentes techniques écologiques, entre autres. Dans cet esprit, nous devons encourager la production d’aliments par nos propres moyens afin d’affronter dans de meilleures conditions les graves crises qui menacent l’humanité en raison du manque d’aliments et du bouleversement climatique.

7. Nous nous opposons radicalement à la culture de maïs transgénique ainsi qu’à l’emploi de produits agricoles issus de la chimie de synthèse, parce qu’ils provoquent des maladies et conduisent inexorablement à une dégradation de notre vie et de la nature.

8. Nous proposons aux différentes instances concernées d’incorporer à leurs plans et programmes éducatifs, aux différents niveaux et dans les différents domaines, la culture du respect et du développement du maïs autochtone et de l’agriculture telle qu’elle est pratiquée par les peuples indigènes.

9. Nous réaffirmons la validité et l’importance de nos pratiques politiques traditionnelles et ancestrales, telles qu’elles s’expriment dans l’assemblée communautaire, le système de cargo (responsabilité et pouvoir de décision sous mandat) et les obligations et contributions communautaires, entre autres, comme base pour la consolidation de l’autonomie à l’échelle communautaire, municipale et régionale et dans le domaine politique, juridique, économique, social et culturel.

10. Nous insistons tout particulièrement sur l’importance de l’organisation et de l’interaction des communautés et communes indigènes pour exercer leur autonomie au niveau régional, comme le garantissent les Accords de San Andrés, d’une part, et la législation de l’État d’Oaxaca, d’autre part - notamment dans l’article 94 de la Constitution locale qui prévoit l’association des communautés et communes indigènes -, ainsi que la Déclaration des Nations unies récemment approuvée concernant les droits des peuples indigènes.

11. Nous insistons sur l’importance de la participation des femmes aux divers échelons et dans les différents domaines de la vie communautaire et communale, en particulier dans les organes de décision et dans l’exercice de l’autogouvernement indigène, dans le but d’instaurer une société plus juste et égalitaire. Nous appelons tout particulièrement à développer des mesures concrètes afin de combattre la violence qui s’exerce contre les femmes indigènes.

12. Nous appelons les partis politiques, l’Institut électoral de l’État d’Oaxaca, les divers organes du gouvernement de l’Oaxaca et du gouvernement fédéral, ainsi que d’autres acteurs extérieurs, à respecter la légalité des institutions communautaires et à ne pas s’ingérer dans les prises de décision et l’exercice de l’autogouvernement indigène, en particulier dans la procédure électorale et la nomination de leurs autorités municipales.

13. Nous exigeons du Parlement de l’Oaxaca et des autres instances compétentes qu’ils cessent de faire peu de cas de la législation indigène en vigueur, sous prétexte d’une plus grande participation des femmes, et qu’ils respectent cette législation, tout particulièrement les réglementations figurant au Livre IV du Code des institutions politiques et des procédures électorales de l’Oaxaca (CIPPEO) relatives à l’élection et à la nomination des autorités dans les communes indigènes. Nous leur disons avec une grande résolution qu’avant d’effectuer une quelconque modification de la réglementation concernant les acquis législatifs en matière indigène dans l’Oaxaca, il faudra impérativement procéder à une consultation des intéressés, dans les termes établis par la Convention 169 de l’OIT.

14. Nous appelons les autorités municipales indigènes à prendre des décisions, à instaurer des mécanismes et à engager elles-mêmes des actions concrètes visant à une répartition juste et équitable des ressources municipales (alinéas 28 et 33, Fonds III et IV) au sein de leurs agences et localités, qui repose sur les besoins réels de la population indigène concernée. De même, nous exigeons une gestion honnête et responsable de ces ressources, afin d’éviter toute corruption et toute division et confrontation au sein de ces communes.

15. Pareillement, nous considérons qu’il est urgent et nécessaire de procéder à des changements dans le système de coordination fiscale, tant au niveau de l’État d’Oaxaca qu’au niveau fédéral, ainsi que dans la législation municipale et en matière de planification, pour garantir que les diverses ressources parviennent effectivement aux communautés, aux agences municipales et aux communes indigènes, de manière totalement équitable et transparente et en toute autonomie. Nous exigeons également la reconnaissance de la compétence légale et institutionnelle des organes autonomes des communautés et communes indigènes en matière de contrôle, de surveillance et de fiscalité, avec pouvoir de prendre des sanctions, face aux irrégularités commises par les autorités compétentes.

16. Nous réaffirmons que l’enseignement délivré aux peuples indigènes par le système éducatif national ne répond pas aux besoins et aux aspirations de ces peuples. Face à ce problème, un enseignement communautaire se met aujourd’hui en place dans les communautés indigènes afin de fournir un enseignement indigène alternatif possédant une orientation décolonisatrice. Il est donc urgent et nécessaire d’identifier toutes les expériences d’éducation communautaire dans l’Oaxaca, dans le but de les renforcer, de les consolider et de les socialiser.

17. Les communautés ont le droit de décider de la bonne marche de l’éducation de leurs enfants. Dans une telle perspective, il faut revoir et réenvisager le rôle des professeurs bilingues aujourd’hui. Nous avons besoin d’un plus grand engagement des enseignants vis-à-vis de leurs communautés d’origine et de celles où ils exercent. Il faut vivre dans les communautés et apprendre de celles-ci.

18. Nous réaffirmons la grande importance de l’existence de moyens de communication indigènes, en particulier de la presse écrite, des radios et des télévisions communautaires qui développent leur activité en différentes régions de l’État d’Oaxaca. Aussi appelons-nous tout spécialement à faire en sorte que soient reconnus formellement et matériellement par les organes compétents l’accès, l’acquisition, l’activité et l’administration des moyens de communication, de télécommunication et de convergence technologique numérique par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

19. De même, ce forum exige l’arrêt immédiat de la répression institutionnelle qui s’exerce contre les différents moyens de communication indigènes, comme on a pu le constater récemment avec le meurtre de nos compañeras indigènes Teresa Bautista et Felícitas Martínez de la radio communautaire « La Voz que rompe el silencio », le 7 avril 2008, dans la région triqui. Nous demandons que justice soit faite et que les responsables de ces crimes soient châtiés. Non à la violence, non à l’impunité au sein des peuples indigènes d’Oaxaca, en particulier chez le peuple triqui.

20. Nous nous opposons fermement à la création de l’Institut des langues indigènes de l’Oaxaca et autres initiatives indigénistes semblables que propose systématiquement M. Hector Sánchez López, membre de la Commission pour la réforme de l’État d’Oaxaca, considérant que ce type d’interventions constituent des mesures politiciennes qui tentent de justifier l’existence d’une « commission » qui ne reçoit aucun soutien et ne bénéficie d’aucune légitimité auprès des peuples indigènes de l’Oaxaca et qu’elle vise uniquement à dénaturer nos véritables demandes et exigences. Nous considérons que, plutôt que de créer une nouvelle institution, ce que l’on doit faire, c’est de renforcer le Centre d’études et de développement des langues indigènes de l’Oaxaca (CEDELIO) par une large consultation et par la participation de nos peuples et organisations.

Voilà notre parole. Nous l’exprimons afin qu’elle soit écoutée de tous et que tous puissent y réfléchir. Ces idées nous serviront à pouvoir poursuivre la construction de notre autonomie, de notre développement et de notre reconstitution. Elles nous guideront dans nos rêves pour instaurer une société plus juste, plus démocratique et plus digne. Nous les exprimons pour que ceux qui disent « nous gouverner » en tiennent compte au moment de prendre leurs décisions et surtout avant d’entreprendre des actions dans les régions qui sont les nôtres. Nos paroles sont claires et ne laissent aucune place au doute. Souhaitons qu’elles soulèvent un écho dans nos vallées, sur nos côtes et dans nos montagnes.

Prononcée à l’École normale bilingue interculturelle d’Oaxaca, Tlacochahuaya, État d’Oaxaca, Mexique,
le vingt-quatrième jour du mois de mai de l’année deux mille huit.

Traduit par Ángel Caído.
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