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La guerre contre l’autonomie indienne s’intensifie

CSPCL

jeudi 17 juin 1999

La guerre contre l’autonomie indienne s’intensifie

Chiapas, Mexique

Pour Zedillo, chef du parti-État mexicain, le bon Indien est toujours l’Indien soumis, l’Indien mort.

Paris fête le Mexique et son folklore pendant que les communes autonomes du Chiapas sont occupées par l’armée fédérale et la police qui y installent les paramilitaires, les tueurs de zapatistes. Populations en fuite, séquestrations, pillages et destruction des récoltes, assassinats, tortures... c’est le sort que l’État mexicain réserve à la dignité rebelle des communautés insurgées contre le racisme, la misère et le mépris, pour créer leur autonomie (auto-organisation des communes, éducation, culture, justice, santé, démocratie directe) depuis cinq ans et demi.

Le gouvernement a pourtant reconnu ces droits aux peuples indiens, en signant avec l’Armée zapatiste de libération (EZLN) les Accords de San Andrés, en février 1996, mais, loin de respecter sa parole, il mène une véritable guerre contre ces femmes et ces hommes qui organisent eux-mêmes leur émancipation, après cinq siècles de résistance à l’extermination, à l’esclavage.

En juin 1999, cette guerre, dite de basse intensité dans les manuels de contre-insurrection des stratèges du Pentagone, s’intensifie encore. En deux semaines (à la date du 13 juin), l’offensive militaire (à laquelle participent des milliers de soldats et de policiers) pour assiéger l’EZLN, expulser les bases de soutien et consolider la position des paramilitaires a touché plus de dix communautés ; plus de mille paysans ont été "déplacés" ; neuf Indiens ont été emprisonnés ; un Indien chol a été assassiné par la police.

Sont occupées ou encerclées par l’armée les communautés de Nazareth, Betania, El Censo, Limonar, Francisco Villa, Santa Lucia, Las Tazas, Nueva Esperanza, La Garrucha (aguascalientes zapatiste), San José, Saclum, Atzamilo, Santa Martha... L’armée campe à Taniperla, Monte Libano, Patihuitz, La Soledad, San Quintin, La Sultana...

Bien sûr, la résistance, pacifique, s’organise ; les communes autonomes Ricardo Flores Magon, San Manuel, Miguel Hidalgo et Francisco Gomez ont installé des piquets intermittents dans les régions d’Ocosingo, Chilon et Palenque. Le 8 avril, des milliers d’Indiens zapatistes ont repris San Andrés, occupé la veille par quatre cents policiers sur ordre de Roberto Albores, sanguinaire gouverneur du Chiapas imposé par l’État fédéral.

Les opérations militaro-policières semblent se rapprocher du cœur de la forêt Lacandone, base arrière de l’EZLN, avec l’objectif de "clore le cercle militaire contre les positions zapatistes et d’obliger les populations qui les soutiennent à un exode de la forêt".

L’offensive s’accompagne évidemment de terreur et persécutions contre les sympathisants de l’EZLN : tabassages, tortures et arrestations (dont celle, le 1er juin, de Manuel Pérez, de l’organisation indienne Xi’Nich)... À Tila, dans la Zone Nord, où règnent ensemble police et paramilitaires depuis deux ans, Candido Arcos (de l’organisation Abuxu, proche de l’EZLN) est mort, le 7 juin, des suites des tortures infligées par quatre policiers (deux sont maintenant détenus).

Il y a un an, l’armée tuait dix Indiens à San Juan de la Libertad (El Bosque) ; il y a un an et demi, c’était le massacre d’Acteal par les paramilitaires (quarante-cinq victimes, femmes et enfants pour la plupart) ; ces crimes d’État sont toujours impunis.

L’ancien président Carlos Salinas, qui a désigné Zedillo comme son successeur, vient de faire scandale en se rendant à Mexico (qu’il a fui il y a quatre ans) où son frère Raúl est en prison pour meurtre et blanchiment de l’argent du narcotrafic (cent millions de dollars bloqués en Suisse) ; lui-même, en exil entre Dublin et La Havane, n’a jamais été inquiété. C’est le Mexique néolibéral, avec qui l’Union européenne est en train de signer un traité de libre-échange, enfant chéri du Fond monétaire international et de la Banque mondiale, le Mexique qui "espère onze milliards de dollars de la communauté internationale" ("Le Monde" du 16 juin 1999).

Notre solidarité va, directement, à l’autonomie et à la résistance indiennes, aux luttes sociales urbaines et rurales, aux mouvements ouvrier et étudiant qui de développent maintenant.

Paris, le 17 juin 1999.

Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte.

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