Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Opération répressive meurtrière contre l’occupation d’un site archéologique par des paysans mayas

La police de l’État du Chiapas tue six paysans tojolabales désarmés qui participaient à l’occupation du site de Chinkultic

Venu en aide pour transporter des blessés, Agustín Alfaro est exécuté devant sa compagne et leur enfant ; trois blessés sont achevés par les policiers

mercredi 15 octobre 2008

Service international pour la paix (SIPAZ)
Bulletin urgent

Chiapas : une opération policière provoque un affrontement et la mort de six indigènes

Le vendredi 3 octobre, une violente opération réalisée par les polices fédérale et de l’État du Chiapas a pris fin avec un bilan de 6 morts, 17 blessés et 36 personnes arrêtées ; presque tous étaient des habitants de l’ejido Miguel Hidalgo, situé dans la commune de La Trinitaria, Chiapas.

Le 7 septembre dernier, les ejidatarios (propriétaires des terres communales) ont occupé les ruines de Chinkultic qui se trouvent face à leur communauté, après avoir décidé que l’ejido administrerait désormais ce site archéologique maya, proche de la ville de Comitán et des lacs de Montebello. En réponse, l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH), jusqu’alors responsable de l’administration du site, a présenté une demande judiciaire contre les responsables de l’occupation de Chinkultic (procès ouvert numéro PGR/CHIS/COM/156/2008). Un processus de négociation avec les autorités avait alors commencé, la dernière réunion ayant lieu à peine un jour avant l’intervention de la police.

Le 3 octobre, vers 11 heures du matin, une première opération policière a été réalisée : 40 membres de la Police préventive de l’État et de la Police ministérielle sont arrivés à la communauté en tirant des gaz lacrymogènes et ils sont entrés par la force dans plusieurs maisons. Les membres de la communauté ont répondu en utilisant des pierres, des bâtons et des machettes, provoquant un premier affrontement.

Vers 17 h 30, environ 300 membres de la Police fédérale préventive (PFP), la Police ministérielle, l’Agence fédérale d’investigation et la Police préventive de l’État du Chiapas ont à nouveau essayé d’entrer dans la communauté, provoquant un nouvel affrontement.

Selon le Rapport préliminaire du Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas, Agustín Alfaro Alfaro, originaire d’un village voisin, ainsi que sa femme et un de leurs enfants en bas âge se sont rendus à Miguel Hidalgo avec leur camionnette pour aider à transporter les blessés dans l’hôpital le plus proche. Ils ont été interceptés en cours de route par un véhicule de la Police préventive de l’État qui leur a tiré dessus. Une fois arrêté, les policiers ont demandé aux personnes de la camionnette de descendre du véhicule et ils ont tué Agustín Alfaro et trois autres personnes (Rigoberto López, Alfredo Hernández et Miguel Antonio Martínez). La femme d’Alfaro, Eloisa Margarita Espinoza Morales et son fils sont sortis indemnes, ayant été témoins des faits.

Deux autres personnes (Ignacio Hernández López et Ricardo Ramírez Ramírez), blessées suite à des coups de feu, ont perdu la vie durant leur transfert à l’hôpital d’Amparo Agua Tinta, dans la commune de Las Margaritas.

Les 36 paysans arrêtés, qui avaient été emprisonnés à San Cristóbal de Las Casas et à La Trinitaria, ont été libérés le 5 octobre en échange des armes que les habitants de Miguel Hidalgo avaient enlevées aux policiers lors de l’affrontement.

Selon le Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas, des 17 prisonniers blessés, six d’entre eux par des armes à feu, deux étaient encore en état grave. Les autorités de leur côté parlent de 22 blessés : 16 policiers et 6 paysans.

Les autorités de l’État et fédérales ont décidé de remettre 35 000 pesos pour les frais funéraires et 75 000 pesos d’aide économique pour les personnes qui ont perdu un membre de leurs familles. Le gouvernement du Chiapas a également signalé cinq policiers comme responsables du massacre et s’est engagé à punir ceux qui résulteraient coupables d’avoir commis des excès dans la réalisation de leurs fonctions.

Le Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas a réprouvé "énergiquement les crimes commis par les membres des polices fédérale et de l’État contre les habitants de la communauté Miguel Hidalgo" et a exigé "du gouvernement fédéral et de l’État du Chiapas, une enquête non partiale et efficace sur les faits, sanction pour les responsables, la réparation des dommages matériels et immatériels, des mesures qui permettent des indemnisations pour la communauté et des mesures de non-répétition qui garantissent que l’exercice de la fonction publique et l’utilisation de la force publique n’excèdent plus jamais leurs limites".

Il faut finalement ajouter que le 3 octobre une autre opération conjointe entre différents corps policiers a été réalisée dans les communautés d’Antelá, Nueva Rosita et Nuevo Hidalgo. Depuis le début du mois de septembre, elles avaient également occupé pacifiquement l’accès au Parc national des lacs de Montebello, administré jusqu’alors par la Commission nationale des aires protégées.

Pour plus d’information (en espagnol)

Articles de La Jornada des 4 et 5 octobre : "Tres horas de enfrentamiento entre policías y campesinos en zona arqueológica de Chiapas".
Rapport préliminaire du Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas.
Article : "Le gouvernement du Chiapas signale cinq policiers responsables du massacre de Chinkultic".

SIPAZ

Six morts pour l’expulsion d’un ejido au Chiapas

Ils ont été agressés par des policiers fédéraux et de l’État, selon un représentant de l’ejido.
On rapporte également dix blessés et une trentaine de détenus.

Par Elio Henriquez, correspondant de La Jornada

4 octobre 2008

Ejido Miguel Hidalgo, Chiapas. Des policiers fédéraux et de l’État ont assassiné par balles six paysans de cet ejido (terrain communal) rattaché à la municipalité de La Trinitaria, contrôlant depuis presque un mois les ruines archéologiques de Chinkultic, situées à trois kilomètres de ce lieu.

José Velasquez, un des représentants de l’ejido, a déclaré à la presse qu’au cours des faits qui se sont déroulés dans cet ejido dans la nuit du vendredi [3 octobre], il y a eu plus de dix blessés qui se rétablissent dans un hôpital de la ville de Comitan et une trentaine de détenus.

On peut observer dans les rues et dans certaines maisons des traces de sang, des douilles usagées de gros calibres éparpillées et des impacts de balles.

"On dirait que les policiers étaient drogués car ils ont frappé sans discrimination enfants, femmes et personnes âgées, et ça ce n’est pas juste", a ajouté Velasquez.

Lorsque les quatre premiers cadavres sont arrivés ce samedi matin, les familles des morts ont exigé que justice soit faite "sinon on la fera par nos propres mains".

Il a informé que les noms des paysans morts sont Ricardo Ramírez Hernández, Ignacio Hernández López, Rigoberto López Vázquez, Alfredo Hernández Ramírez, Miguel Antonio Martínez y Agustín Alfaro Calvo.

Velasquez a dit que les habitants, avant "l’agression", avaient détenu et désarmé 77 policiers qui étaient entrés dans la communauté pour soi-disant arrêter les autorités locales ; sept mille personnes vivent dans cette communauté.

"Ils sont venus nous attaquer sans motif puisqu’ils étaient en pourparlers pour essayer de résoudre le problème des ruines" qui se trouvent à 9 kilomètres des lagunes de Montebello, a-t-il ajouté.

Il a signalé que les habitants de Miguel Hidalgo s’étaient approprié les ruines car le gouvernement "les laissaient complètement à l’abandon et parce qu’il est juste que ce soit à nous que reviennent les ressources de leur exploitation".

Samedi, on pouvait observer au moins huit voitures de police endommagées par les paysans qui, dans leur colère à la mort de leurs compagnons, se sont jetés sur les agents qui firent feu de leurs armes et qui furent ensuite sauvés par d’autres officiers la nuit du vendredi.

Publié le 4 octobre 2008 par La Jornada (édition électronique).

Traduction Madelon pour NarcoNews.
Relecture et correction CSPCL.

Massacre dans le Chiapas

La police de l’État du Chiapas exécute sommairement trois paysans mayas devant un enfant

Par Kristin Bricker
Via The NarcoSphere

9 octobre 2008

Le Centre des droits de l’homme Fray Bartolomé de Las Casas (Frayba) a publié un bulletin de presse dénonçant l’opération policière du 4 octobre à Chinkultic qui a fait six morts parmi les paysans, 17 blessés et 37 détenus. Dix des blessés ont été brutalisés et six touchés par balle. Trois hommes ont été grièvement blessés : l’un d’entre eux a été transféré dans un hôpital de la ville de Mexico et un autre dans un hôpital de la capitale du Chiapas, Tuxtla Gutiérrez.

Selon un communiqué du ministère de la Justice, 40 policiers environ sont entrés dans la communauté pour exécuter une demande judiciaire contre 28 personnes qui étaient suspectées d’avoir participé à l’occupation du site de Chinkultic et de la cabine à l’entrée des ruines où les visiteurs payent un tarif d’admission. Les forces de police sont intervenues à cheval, en voiture et à pied, lançant des gaz lacrymogènes et enfonçant les portes de plusieurs maisons.

Les habitants, qui affirment que le gouvernement ne maintient pas correctement le site archéologique et que les bénéfices du site doivent revenir à la communauté, se sont défendus eux-mêmes lors de l’attaque. Ils ont encerclé les policiers et les ont désarmés, gardant en leur possession dans la communauté les 77 armes de police. Les habitants ont arrêté les membres de la police et les ont détenus dans le bureau d’administration du village.

Quelques heures après, 300 membres de la Police préventive de l’État sont entrés dans la communauté en lançant à nouveau contre les habitants des gaz lacrymogènes. Les paysans ont riposté avec des bâtons et des pierres et c’est alors que la police a ouvert le feu, blessant plusieurs personnes.

Agustin Alfaro Alfaro, sa femme, Eloisa Largarita Espinoza Morales, et leur jeune fils sont arrivés d’un village voisin pour aider à transporter quatre des blessés dans l’hôpital le plus proche. Or, avant qu’ils aient pu atteindre l’hôpital, la Police préventive de l’État a intercepté leur camionnette et leur a tiré dessus. Une balle a touché Alfaro à la jambe. La police l’a sorti du véhicule et a tiré dans sa poitrine. Puis ils ont descendu trois des blessés : Rigoberto Lopez, Alfredo Hernandez et Miguel Antonio Martinez. Espinoza Morales et son fils sont sortis indemnes.

Au cours de cette opération policière, Hernandez Lopez et Ricardo Ramirez Ramirez ont également été tués : ils sont morts pendant leur transfert à l’hôpital.

Les 36 paysans arrêtés pendant l’opération ont été libérés le lendemain, en échange des armes que les paysans avaient enlevées aux policiers lors de l’affrontement.

Frayba communique que les autorités fédérales et de l’État ont décidé de remettre 35 000 pesos aux familles des paysans pour les frais funéraires et 75 000 pesos d’« aide économique ». Ils ont aussi promis aux habitants des rations alimentaires et des projets de développement communautaires pour construire des hôtels pour touristes ou des restaurants. Les habitants sont scandalisés par cette offre.

Traduction Madelon pour NarcoNews.
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