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Depuis la prison de maximo exterminio del Altiplano

Lettres d’Ignacio del Valle, prisonnier politique d’Atenco

mercredi 27 mai 2009

Lettres d’Ignacio del Valle, du FPDT (Front communal pour la défense de la terre), San Salvador Atenco.

POUR LES GARDIENS DES RÊVES

Compagnes, compagnons,

Je suis heureux de vous saluer et triste pour ce que cela représente pour vous. Votre attitude vaillante et solidaire nous apprend votre véritable conviction face au malheur de la répression et la mort que sèment ceux qui défendent des intérêts mesquins, ceux qui, aux dépens de la souffrance du peuple, et avec l’effronterie la plus perverse, lâche et misérable, essaient d’étouffer ceux qui ont dit basta ! et qui ne sont pas prêts à la résignation, même au prix de leurs propres vies.

À vous, compagnes et compagnons qui, à travers vos actes de courage et d’un total dévouement, dévoilez l’héroïsme qui surgit de vos cœurs, et qui envahit les recoins les plus secrets de notre être, y demeurant tel un soleil, en scintillant l’espérance et la dignité qui résonnent comme un tonnerre : « Vous n’êtes pas seuls ! Êtes-vous seuls ? Non ! Vous n’êtes pas seuls ! »

Nous ne faisons pas que vous entendre : nous sommes ensemble. Nous vous sentons dans le vent qui nous souffle sa voix pleine de courage, nous vous retrouvons dans la lumière qui éclaire nos nuits ; dans les jours qui passent lentement, qui endurcissent notre esprit et qui ébranlent le cœur, qui à force de coups a fini par être forgé, et brille encore plus que le métal. Le feu le démontre. Il s’enflamme de joie et de gratitude.

À vous, qui nous offrez votre foi, née du sacrifice et de l’adversité. À vous, qui, avec vos peines, écrivez sur l’infini les rêves les plus beaux. Des rêves que nos grands-parents ont forgés dans la forge de mille batailles de siècles rouges et de silence, et qui demain se réveilleront dans la joie de nos petits enfants.

Qui boiront le nectar et le miel que, hier comme aujourd’hui, nous gardons pour ceux qui viendront et qui ouvriront des lendemains pleins de lumière et d’harmonie pour tous. Puisque les épines devancent la fleur qui éclairera leurs regards extasiés de paix et d’espérance.

Les malheurs d’un peuple ne peuvent pas être guéris avec des simples mots, ni avec des bonnes intentions ! Ils nous réclament des sacrifices ! Arrêtez de croire qu’on doit répondre aux coups avec une bénédiction !

Je crois qu’il est inévitable d’y répondre : l’humiliation et la douleur nous l’ont appris, en laissant derrière eux un cortège d’atrocités et d’infamies.

Les barreaux de ma prison ne m’ont pas séparé de mon peuple. Son cœur bat à l’unisson avec le mien !

À vous notre gratitude et notre admiration !
Pour nous laisser regarder, dans vos yeux, le regard d’autres.
Pour encourager la foi dans nos cœurs.
Pour dessiner, dans le ciel, avec la lumière des étoiles, des cœurs rouges...
Le cœur des plus rebelles, de ceux qui font des révolutions !
Quelle peur peuvent-ils encore inspirer à nos cœurs ?
Quelle douleur à nos chairs, s’il ne reste plus d’endroit pour blesser ?
Des blessures dans les blessures, des fers, de l’enfermement, de la persécution et de la mort.

Nous supporterons, nous résisterons, nous ne nous résignerons jamais !

Ici, on se rend compte qu’on vit une période dans l’histoire de notre pays dans laquelle le destin personnel ne compte plus ; c’est le destin d’un peuple tout entier qui est en jeu !

La liberté n’est pas le privilège de ceux qui emprisonnent notre chair !

C’est le miracle de ceux qui engendrent dans leurs cœurs de l’amour pour autrui !
Brandissant dans leur voix, dans leurs poings, les drapeaux d’hier et d’aujourd’hui, de la lumière et des rêves !
Le regard et la résistance résolus, relevant le défi infâme de la bête noire !
Le poing au vol et le cœur courageux !

Une nouvelle aube nous appelle au-delà du passé, au-delà du présent, au-delà de la mort même !

À vous, frères et sœurs, merci !

Pour nous apprendre à cultiver la foi dans ces nuits froides.
Et parce que vos chants, comme le coq, font surgir le soleil !

Ne jamais subir la honte de ne pas se battre !
Seul le peuple peut sauver le peuple !
Le peuple vit, la résistance continue !

Celui qui vous aime pour toujours, et qui ne se rendra jamais, votre frère,
Nacho.

SI VOUS ÊTES HEUREUX ALORS JE LE SUIS AUSSI

(Depuis la prison de maximo exterminio del Altiplano, avant, La Palma)
Janvier 2008.


Depuis la prison La Palma

Aux hommes et femmes de tout âge, et dans chaque coin de cette patrie, qui est la nôtre : à la ville, à la montagne, à la jungle, à l’école, à l’usine, à la mine, depuis l’exil, sur la vallée, depuis la réclusion... Quel que soit l’endroit où l’on se trouve, notre obligation est de nous protéger pour continuer la marche de ce grand projet de nation, où nous allons rassembler nos efforts, en mettant de côté les intérêts particuliers ou d’un groupe, sans exclure aucune lutte, aussi infime qu’elle puisse paraître.

Nous ne devons pas oublier que les grands incendies trouvent leur origine dans une minuscule étincelle ! Et, en ce moment, les incendies surgissent de partout et nous devons les encourager et les diriger vers la route de l’unité, tout en respectant leurs formes d’organisation, en signalant toujours les causes et les effets, en mettant toujours en évidence l’ennemi commun et les moyens qu’il a toujours déployés afin de nous maintenir endormis, aliénés, toujours soumis à ses caprices, en calculant toujours en fonction du gain économique, sans se soucier de l’humiliation et de la douleur des gens, en s’appropriant des moyens de production et en exploitant la force de travail, en manipulant à sa convenance démesurée le droit à la propriété privée, en cumulant toujours des richesses au dépens de la sueur et des larmes des esclaves, des plébéiens, des ouvriers, des paysans journaliers, de tous ceux qui, en ce moment, lèvent la voix de la non-conformité, de la rébellion.

La lutte pour la justice est toujours naturelle, partout, et elle oppose invariablement riches et pauvres, en écrivant de son sang et de son exemple de dignité qu’un monde de justice pour tous est bel et bien possible.

Nous ne devons plus attendre des dates anniversaires pour pleurer et nous lamenter de la mort de Zapata, ni pour ajuster des discours ; pour dire, je suis ici, avec les mots mais sans le cœur.

Le meilleur hommage à Zapata est la construction de l’unité, organisée et consciente, où qu’on se trouve, parce que la lutte appartient à tous, hommes et femmes. Et elle ne donne pas de répit ni n’accorde des vacances : même quand on dort, on doit rêver de révolution. Peu importe de qui ça vient, la volonté de lutter, tant que son essence se compose de foi et d’unité. Nous avons largement des raisons pour ne pas céder en quoi que ce soit à l’ennemi à qu’il ne faut accorder la moindre trêve.

Même quand nous nous retrouvons seuls, la lutte continue dans notre intérieur, avec notre attitude d’indifférence, d’autosuffisance, d’orgueil, de colère contrôlée, d’envie, de paresse ; de fer et de rage dans le combat jusqu’à la victoire ; généreux et digne avec le peuple, sans rien demander en échange, rien d’autre que l’honneur de pouvoir le servir.

La récompense brillera dans le sourire éternel de nos petits-enfants, rassasiés avec du pain et du miel, et dont les jours seront éclairés par des souvenirs lumineux.

Zapata vit dans chaque poing levé, dans chaque cri enragé, avec le cœur au vent.

Comme une machette dégainée, en peignant de rouge l’horizon qui nous appelle à accomplir notre devoir : ici, là-bas, la lutte continuera !

Ignacio del Valle

Paru dans le quotidien "La Jornada", 16 mai 2009.

Traduction : Victoria.
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