Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

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Santa María Ostula

Mexique : Indiens nahuas sur le sentier de la terre

Jean-Pierre Petit-Gras

vendredi 14 août 2009

MEXIQUE : INDIENS NAHUAS SUR LE SENTIER DE LA TERRE

Depuis la route Panamericana, une fois franchi le barrage tenu par une
douzaine de membres de la police communautaire, on suit un chemin de
terre, à travers les plantations de tamariniers. Arrivés sur un plateau
étroit, où s’éparpillent les vastes cabanes préparées pour l’événement, on
peut rester à contempler le spectacle qui s’offre aux yeux : le Pacifique
en face, et de chaque côté, un peu plus près sur la gauche, des langues
rocheuses, couronnées de grands arbres verts, plongent vers l’eau bleue.
Comme un trait de vermillon, un sentier descend tout droit vers le
couchant, et passe entre une haie de cocotiers, jusqu’à la plage, à 500
mètres à peine.

Pour qui a pu prendre connaissance des récents témoignages sur Atenco et
le Chiapas, ou de ceux qui nous parviennent de l’Oaxaca ou de Tlahuac [1],
une chose est claire. Une partie importante de la population mexicaine, et
en premier lieu les indigènes [2], n’a toujours pas renoncé à un mode de
vie, à une culture propre, basée sur le travail et l’utilisation
respectueuse de la terre, sur un sens aigu de la collectivité, et sur la
double exigence de l’autosuffisance alimentaire et politique. Cela alors
que les offensives se multiplient, dans cette "guerre des mondes", pour
mettre la main sur les derniers territoires où des populations jouissent
encore d’un minimum de liberté et d’autonomie.

Des compañeros nous ayant invités à participer, comme observateurs, à
l’assemblée extraordinaire du CNI, le Congrès national indigène [3], qui
doit se tenir sur la côte du Michoacán les 7, 8 et 9 août, nous décidons
de renoncer à fêter avec les zapatistes d’Oventik le sixième anniversaire
de la création des Caracoles et de l’installation des Juntas de Buen
Gobierno
.

Nous nous retrouvons donc à l’ouest de la capitale, sur ces terres que
l’Empire aztèque n’avait jamais réussi à soumettre. C’est le pays des
P’urhépecha, que les Espagnols, avec l’ignorance caractéristique des
ressortissants des puissances de ce monde, ont appelé "Tarascos".

Terres rouges ou noires, montagnes et volcans, dont les flancs fertiles
sont recouverts d’une abondante végétation, entourant de nombreuses
lagunes et lacs, parfois immenses, comme ceux de Guitzeo et de Pátzcuaro.
De rares pêcheurs s’y obstinent encore, debout dans leurs petites barques,
à lancer d’un geste large le filet qu’ils ramènent ensuite lentement. Les
prises sont de plus en plus réduites, dit-on, à cause de la prolifération
d’algues et de plantes exotiques, qui raréfient l’oxygène et assèchent peu
à peu ces extraordinaires réservoirs de vie.

L’EZLN affirme, dans un texte récent, que le capitalisme entré dans sa
phase néolibérale, et dans la course effrénée aux profits qu’il peut
encore espérer tirer d’un système désastreux au bord de l’épuisement, se
tourne aujourd’hui vers une mine considérable : les richesses naturelles
des territoires indigènes de la planète. Refoulés depuis des siècles vers
les terres les plus inhospitalières et les moins "rentables" sur le plan
économique, les peuples autochtones sont en effet presque toujours
parvenus à domestiquer [4] et à préserver ces régions. Or celles-ci
représenteraient, selon certaines études, 60 % de la biodiversité
terrestre. Pour une population n’atteignant pas les 5 %.

On imagine aisément la suite...

La guerre de conquête et le vol des ressources des "peuples premiers"
revêtent tous les aspects possibles : quand l’attrait des villes et du
Nord [5], renforcé par les politiques d’abandon et de marginalisation, ne
suffit pas, l’introduction et le soutien au narcotrafic, la militarisation
de régions entières, permettent d’organiser l’expulsion des populations
autochtones. Cela facilite la redistribution des cartes, et la
concentration des terres entre les mains des affairistes : notamment les
entrepreneurs agroindustriels qui, par l’introduction de monocultures
intensives [6], empoisonnent les sols et portent de sérieux coups à la
biodiversité. Le problème s’aggrave et se complique quand ces populations
sont indigènes...

Un récent rapport du "Plan régional de développement touristique intégral
de la côte du Michoacán" pointe, parmi les obstacles à vaincre pour mener
à bien les projets de corridor touristique dans cette région, "le maintien
de la structure communale". Il est même précisé que le fonctionnement des
villages en assemblée rend plus problématique encore la possibilité de
persuader rapidement ces populations attardées des bienfaits des
politiques de modernisation [7].

D’où l’institutionnalisation de la violence, dans les États à forte
population indigène que sont le Chiapas, l’Oaxaca, Veracruz, Puebla, le
Guerrero ou le Michoacán. Les exactions de la police et de l’armée, dont
les objectifs sont nettement ethnocidaire [8], celles des bandes
paramilitaires, ne se comptent plus [9], en forte augmentation depuis
quelques années. Elles bénéficient du silence complice des moyens de
communication, nationaux et internationaux, et de l’argument "imparable" [10] de la lutte contre le narcotrafic. Celui-ci est pourtant l’émanation,
directe ou non, du pouvoir fédéral, régional et local, et des principaux
partis politiques qui s’en partagent la gestion.

Le CNI a décidé la convocation de cette assemblée extraordinaire à
laquelle nous nous rendons, afin que les villages, nations et tribus
indigènes puissent décider ensemble comment renforcer la lutte pour
"arrêter la guerre de destruction menée contre (nos) peuples et contre la
terre mère".

Le lieu où doit se tenir la rencontre est plus que symbolique : il s’agit
de la communauté de Santa María Ostula, sur la côte nahua du Michoacán.
Une région où se sont récemment produits des événements d’une grande
portée.

Pour le comprendre, il faut revenir quelques décennies en arrière. En
1964, un certain nombre d’individus se sont "installés" sur la partie
basse des terres communales d’Ostula, représentant au total un millier
d’hectares en bord de mer. L’endroit est d’une grande beauté : une espèce
de côte basque, mais avec des cocotiers. Les vagues énormes venant se
fracasser sur le rivage font penser à celles de notre golfe de Gascogne,
même si la mer est ici beaucoup plus chaude. De grosses tortues noires
viennent pondre dans le sable.

Les nouveaux venus ont clôturé de barbelés les parcelles ainsi usurpées,
et y ont planté des cocotiers, des tamarins, des avocatiers. Ils ont
également mis du bétail, et chargé quelques "gardes blancs" de protéger
leur nouvelle conquête. Le tour était joué.

Ce type de pratique n’a rien d’extraordinaire. C’est bien ainsi qu’est
apparue la propriété féodale, coloniale ou bourgeoise, un peu partout dans
le monde. Et cela s’est produit chaque fois que les communautés locales,
pour une raison ou une autre, ont baissé la garde. La "nouveauté" n’avait
plus, par la suite, qu’à trouver une justification, et l’officialisation
qui n’a jamais manqué ni de notaires ni d’archivistes complaisants... Dans
nos pays occidentaux, la mémoire de cette appropriation illégitime et
violente s’est effacée. Les Déclarations des droits de l’homme et du
citoyen ont apposé le sceau du progrès et de la libération de l’humanité
sur ce vol organisé qu’est la propriété privée. Et, partout où subsistent
des populations indigènes, et des territoires possédés en commun, la
spoliation continue. Tantôt c’est l’État qui s’en charge, au nom de
"l’intérêt public", tantôt ce sont des entreprises multinationales
(l’énergie pétrolière, l’uranium, l’eau, les industries électroniques ou
les biotechnologies ne sont-elles pas considérées, elles aussi, comme
stratégiques et d’intérêt commun, au mépris des droits ou de l’avis des
populations installées dans ces régions ?). Le tourisme, voire
l’écotourisme, ou encore les programmes de "protection de l’environnement"
font également partie de ces grandes "causes nationales", pour lesquelles
la fin justifie les pires des moyens [11]. Au Mexique, de nombreuses
histoires identiques se racontent à propos de Puerto Vallarta, de Cancún
et de bien d’autres lieux de "rêve" bâtis sur la spoliation de communautés
indigènes ou paysannes.

Les démarches légales des habitants d’Ostula pour récupérer la terre n’ont
pas abouti. Un des leurs, l’instituteur nahua Diego Ramírez, qui s’était
fortement impliqué dans cette action, est assassiné en juillet 2008. Son
corps est retrouvé sur la plage : le message lancé par les "propriétaires"
ne pourrait être plus clair.

Pendant toute une année, les comuneros nahuas se sont donc organisés : ils
ont en premier lieu constitué une garde municipale armée, formée de jeunes
des villages. Ceux-ci ne sont pas rémunérés, et en cas de comportement
incorrect l’assemblée villageoise les révoque. Encadrée par un ancien,
cette police communautaire représente un pas important vers l’autodéfense
indigène.

Et le 29 juin 2009, des milliers d’hommes et femmes ont repris leur terre.
La nouvelle communauté a un nom tout trouvé : elle s’appellera San Diego
Xayakalan. Diego, en l’honneur de l’instituteur assassiné. Xayakalan, pour
rappeler le masque des danzantes nahuas, qu’arborent aujourd’hui les
membres de la garde municipale.

Les "petits propriétaires" ont immédiatement embauché, on ne sait où, une
bande de tueurs à gage. Cependant, malgré leurs armes de gros calibre, et
bien qu’ils aient tiré les premiers, blessant un membre de la communauté,
les sicaires ont laissé plusieurs des leurs sur le carreau. Les
commanditaires n’ont même pas pu se plaindre aux autorités officielles :
comment expliquer la présence de ces sbires sur la région ?

Pour le moment, la "force publique" n’est pas intervenue. Des soldats de
la marine, casqués et cagoulés, sont postés à quelque 200 mètres. Masqués
eux-aussi, des dizaines de membres de la garde communale continuent de
protéger les terres récupérées, et vont veiller pendant deux jours et demi
sur la tranquillité des quelque 400 délégués et observateurs qui
participeront à l’assemblée du CNI.

Vendredi 7 août : nous arrivons à Ostula, au kilomètre 195 de la route
panaméricaine entre Lázaro Cárdenas et Tecomán. Le trajet n’a pas été de
tout repos, dans la vieille camionnette dont le toit nous protégera mal
d’une averse d’anthologie. Il en tombe en pagaille sur cette région d’un
vert à rendre un Breton jaloux.

L’accueil que nous réservent les membres des trois communautés nahuas [12] est chaleureux. Leur organisation, impeccable. Une vache a été sacrifiée
pour l’occasion, et dépecée. Les morceaux sont découpés à la hache. Ici,
pas de bouchers ni de cuisiniers professionnels. Hommes et femmes
travaillent ensemble, tandis que les enfants regardent faire, donnant
parfois un coup de main, apprenant les gestes essentiels. Les tortillas
sont préparées sur place : le maïs [13] cuit dans d’énormes chaudrons,
avec une poignée de chaux pour le nixtamaliser. Puis il est lavé et moulu,
pétri et partagé en une multitude de petites boules que les femmes
aplatissent avant de les cuire, sur d’immenses comales [14] posés sur des
fourneaux de terre rouge. Elles les retournent avec un mélange de vivacité
et de délicatesse. Des poissons, pêchés le matin même, sont bouillis ou
frits sur une dizaine de feux de bois. Les jus de fruits, les ananas et
les noix de coco sont offerts sur les tables. Le café, préparé dans
l’olla, l’atole [15], parfumé à la cannelle, se servent avec de grandes
louches bleues.

Le couchage est assuré sous de grandes palapas [16] aux toits de palmes,
où l’on peut accrocher son hamac, ou sous les tentes de camping amenées
par les plus prévoyants.

Samedi 8 août : avec un peu de retard (il existe aussi un "quart d’heure"
CNI !), l’assemblée débute par une prise de parole en nahuatl des
autorités traditionnelles des communautés invitantes. Ceux-ci remercient
les visiteurs, et rappellent les circonstances de la récupération qui
vient d’avoir lieu. Les phrases sont cérémonieuses, mais on n’observe ni
hiérarchie, ni préséance, ni "leaders". Pourtant, les "sages", tels Juan
Chávez, représentant de la communauté P’urhépecha de Nurío, ne manquent
pas dans l’assistance.

Les délégués des nations, peuples et tribus représentés vont se répartir
en quatre tables, sur trois thèmes principaux (bilan du mouvement indigène
depuis la dernière session du Congrès, évaluation de l’actuelle guerre de
conquête et de dévastation menée par le capitalisme néolibéral contre les
peuples indigènes et la terre mère, exercice de l’autonomie indigène,
protection des territoires indigènes, et droit à l’autodéfense). Les
modérateurs se montrent tout à fait à la hauteur, capables de faire
circuler la parole, de présenter des synthèses régulières... Les quelques
défenseurs d’une vision conciliatrice à l’égard des autorités et des
partis politiques (les fonctionnaires de l’État et les représentants des
partis politiques [17], par exemple, n’ont pas eu le droit de participer à
l’assemblée), qui seraient prêts à demander une "reconnaissance
officielle" de l’autonomie qui vient d’être restaurée, celle de la garde
communale ou d’autres initiatives des communautés, sont gentiment mais
fermement remis à leur place. Avec la douceur qui caractérise les débats
dans les assemblées indigènes. On sait pourtant que les pouvoirs, aux
différents niveaux, vont chercher une fois de plus à acheter les plus
actifs d’entre eux, offrant postes, argent, ou plus subtilement cette
reconnaissance qui fatalement deviendra une récupération impitoyable. Mais
les armes fondamentales de l’autodéfense, plus que le fusil, sont le
caractère souverain, réaffirmé ici, de l’assemblée communale, ainsi que la
rotation et la révocabilité des charges. Les débats nous [18] paraissent
d’un sacré niveau, on y perçoit l’habitude de ce genre de réunion. Ces
petites communautés, qui viennent à peine de faire irruption sur la scène
politique mexicaine, possèdent de remarquables orateurs. Ils s’expriment,
même en espagnol, avec précision et clarté, s’appuyant sur les sentiments
et la mémoire, l’expérience partagée, les références qui parlent, de toute
évidence, à l’assistance.

Dimanche 9 août : après la session plénière, où seront lues, amendées et
approuvées les synthèses des quatre tables de discussion, les 250 délégués
Wixárikas, Rarámuris, Ñhañhús, Nahuas, Zapotèques, P’urhépechas du CNI, et
les 130 observateurs (dont un bon nombre de membres de La Otra Campaña)
grimpent dans les bus et les camionnettes, pour un voyage, souvent long,
sur le chemin du retour.

Dans toutes les têtes, et tous les cœurs, la certitude que la récupération
et la défense des territoires indigènes, mais aussi des droits et intérêts
de "ceux d’en bas" [19], va demander un surcroît d’efforts et de réelle
solidarité [20], au Mexique et ailleurs.

Car on peut penser que les peuples indiens du pays n’en resteront pas là.
Pour survivre il leur faudra prendre d’autres terres, et les défendre. Il
serait dommage qu’ils le fassent seuls [21].

L’an prochain, en tout cas, 2010, marquera le bicentenaire de la lutte
pour l’indépendance mexicaine, ainsi que le centenaire de la révolution,
"pour la terre et la liberté". Et les Mexicains, on le sait, tiennent aux
symboles.

10 août 2009, Jean-Pierre Petit-Gras.


[1Le gouvernement PRD de la capitale mexicaine s’en prend à cette petite
communauté du sud de la "ville monstre". Son objectif est la prolongation
d’une ligne de métro, l’implantation d’une nouvelle cité-dortoir... et
d’une usine d’incinération d’ordures.

[2La population qui se définit comme "indígena", ce critère de
l’autodéfinition étant peut-être le plus important, vit généralement en
communautés paysannes, où la terre, travaillée individuellement ou
collectivement, fait l’objet d’une propriété collective. La communauté
possède ses propres autorités, désignés selon ses us et coutumes, et
cherche à s’autodéterminer. Dans la plupart des cas, les indigènes parlent
leur propre langue - il en existe encore plus de 50 dans le pays - et
partagent surtout une culture (cosmovision, fêtes et rites) qui a su
résister à plus de 500 ans d’une domination féroce, et aux méthodes et
entreprises d’acculturation les plus sophistiquées qui soient.

[3Le CNI a été créé pendant les dialogues entre le mouvement zapatiste
et le gouvernement mexicain, qui ont abouti en 1996 à la signature des
Accords de San Andrés. L’EZLN ayant invité de nombreux observateurs
indigènes à ces discussions, beaucoup d’entre eux ont ressenti le besoin
de s’organiser ensemble, de manière totalement indépendante à l’égard du
gouvernement et de ses instruments. Actuellement, le CNI regroupe
plusieurs dizaines de villages, tribus et nations indigènes de tout le
Mexique.

[4Domestiquer un territoire signifie, comme le rappelait André Aubry, en
faire sa maison...

[5Les médias, la publicité, l’école, les politiques ne cessent de
présenter l’exode rural comme la seule option d’avenir.

[6L’exploitation forestière, ainsi que les plantations
agroindustrielles, se développent en symbiose avec la culture de la
marijuana, du pavot, et avec l’extension du narcotrafic, pour lequel elles
servent de paravent et permettent le blanchiment d’argent. Dans la région
d’Iruapan, par exemple, l’association entre la production intensive de
l’avocat et le "narco" est de notoriété publique.

[7Lire, si on en a le courage, et en espagnol qui plus est, le document
officiel de FONATUR, qui présente ce plan de développement :
http://cplade.michoacan.gob.mx/cplade/desarrollo_turistico/costa/Anexos.pdf
Les "obstacles au développement touristique" dont nous parlons sont
mentionnés, notamment, aux pages 276 et 277.

[8Lire à ce propos l’article "Ethnocide" de Pierre Clastres, publié dans
l’Encyclopedia Universalis.

[9Les familles des 47 victimes du massacre d’Acteal, perpétré en 1997 au
Chiapas par le groupe paramilitaire Máscara Roja, craignent ces jours-ci
la libération des auteurs matériels des faits. Une partie a été libérée le 1é août dernier, note du Cspcl

[10Le président nord-américain Obama a tout récemment affirmé, dans un
sommet avec les chefs d’État canadien et mexicain, que les seuls individus
qui ne respectaient pas les droits de l’homme étaient les narcotrafiquants...

[11Avec les programmes de redistribution ou de régularisation des terres
(Procede, Procecom), la multiplication des Areas Protegidas (zones
naturelles protégées) fait partie des mesures permettant de justifier
l’injustifiable : l’éviction de populations qui ont pourtant démontré au
fil des siècles leur capacité à protéger la nature.

[12À l’occasion de cette lutte, les trois communautés voisines d’Ostula,
Pómaro et Coire, regroupant plusieurs dizaines de hameaux, ont fait cause
commune. La garde municipale est formée de jeunes gens originaires des
trois entités.

[13La défense du maïs criollo, cette plante née de la main des hommes et
des femmes du Mexique précolombien, face aux menaces d’invasion et de
contamination des OGM venus des USA, fera partie des résolutions prises
par l’Assemblée.

[14Le comal est un disque de terre ou de fer, enduit de chaux, présent
dans toutes les cuisines indigènes. On y cuit notamment les tortillas.

[15Le café est préparé dans une marmite (la olla). L’atole est une
boisson à base de maïs bouilli.

[16Constructions sans murs, dans ces pays où la température est élevée.

[17Pour la première fois depuis des décennies, les habitants d’Ostula ne
sont pas allés voter aux élection du début juillet. Des décisions communes
semblables ont été prises dans d’autres communautés nahuas et purh’épechas
de l’État du Michoacán.

[18Ce "nous" renvoie à la poignée d’amis belges et français qui nous
sommes retrouvés à Ostula.

[19Parmi les conclusions de cette assemblée, notons l’affirmation que
l’autodéfense et l’autonomie ne sont pas négociables.

[20Pour les zapatistes, la meilleure des solidarités consiste à engager
la lutte pour l’autonomie, là où nous nous trouvons. Or, peut-on
sérieusement envisager un retour vers cette autonomie sans poser la
question de l’autosuffisance alimentaire, celle de la gestion des
territoires par les habitants eux-mêmes ? L’association Promedios France
lance actuellement une souscription
pour faire connaître les documentaires
autoréalisés par les indigènes du Chiapas et d’autres régions du Mexique.
Ces petits films, extrêmement intéressants, peuvent servir d’introduction
à des réflexions collectives sur ces questions.

[21La difficulté à coordonner leurs résistances a certainement été l’une
des causes de la défaite des Amérindiens face à leurs envahisseurs, et de
la catastrophe qui s’ensuivit. Nous parlons de coordonner, non d’unifier,
car là où leurs sociétés étaient centralisées et hiérarchisées, la
victoire des Européens a été encore plus facile.