Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Lettre d’America del Valle

mercredi 21 octobre 2009

Lettre d’America del Valle

Recevez un chaleureux SALUT et tous mes remerciements pour l’invitation pour être auprès de vous.

Malgré la prison et la persécution politique que vivent des dizaines d’activistes sociaux au Mexique et qui, dans un cas comme le mien, nous obligent à l’exil dans notre propre patrie, rien ne pourra nous empêcher de lutter ensemble depuis les différentes tranchées où nous a jetés la lutte. Sachez que depuis ma tranchée, je reste le poing levé parce que pour la solidarité entre les peuples d’en bas, pour la liberté et la justice, il n’y a ni force ni frontière qui ne nous fassent reculer.

Nous sommes là compañeros ! Atenco, est là !

Je voudrais me présenter brièvement avant d’aborder ce qui nous convoque ici.

Je m’appelle Diana America del Valle Ramírez, fille du village de San Salvador Atenco, État de Mexico, et j’ai une licence en Pédagogie. J’ai 29 ans et j’ai passé ces trois dernières années privée de ma liberté, de ma famille et de mon village ; dans un exil forcé auquel moi et mes compagnons avons été contraints par l’État mexicain et plus précisément par le gouverneur Enrique Peña Nieto en "raison" de la vengeance politique contre Atenco, le village qui, entre 2001 et 2002, au cours d’une lutte de plus de neuf mois, a défendu ses terres menacées par un mégaprojet aéroportuaire.

Malheureusement, je ne suis pas la seule persécutée politique. Au Mexique, il y a des dizaines d’acteurs de luttes sociales menacés de mandats d’arrêt et des centaines de prisonniers politiques subissant d’infâmes procès. Contrairement à ce dont se vante le gouvernement et ses monopoles de la désinformation, la violation des droits de l’homme, la répression et la criminalisation de la lutte du peuple constituent le paysage qui s’impose tous les jours, dans chaque recoin et contre tous les secteurs sociaux. Sous prétexte de la guerre contre le narcotrafic, qui a remplacé celui du communisme, le gouvernement mexicain et l’État dans son ensemble, soumis à l’empire nord-américain, ont mené notre pays à la militarisation pour contenir le mécontentement social et plus exactement pour exterminer l’organisation des peuples. Il dépasse même le niveau d’impunité avec lequel est mis en pièce le peuple colombien.

Sans insister sur la pauvreté extrême à laquelle nous condamnent les États du monde et les propriétaires de l’argent, seuls responsables de la crise économique qui frappe aujourd’hui la majeure partie de l’humanité, la lutte sociale des peuples, pour le gouvernement mexicain, est encore plus dangereuse que le narcotrafic et le crime organisé qu’ils génèrent et dont ils font partie.

Aujourd’hui, il est plus dangereux de défendre la dignité et notre mère terre que d’orchestrer des viols, des tortures, des assassinats et des emprisonnements comme ils l’ont fait à Atenco et Oaxaca, ou des massacres comme celui d’Acteal au Chiapas. Il est plus dangereux d’exercer notre droit et notre devoir de solidarité entre les luttes justes, que de plonger le pays dans la misère, pendant que la classe politique et les entreprises s’engraissent avec l’exploitation et la richesse que produit le peuple.

Ainsi, dans notre pays où la justice fonctionne à l’envers : nous sommes ceux qui commettons les délits d’assumer notre dignité et de défendre nos terres, de nous organiser et de souhaiter un pays avec de l’équité, la liberté et la justice.

C’est pour ces délits que les deux partis politiques les plus néfastes, le PRI et le PAN, et à leur tête l’illégal candidat présidentiel de 2012, le gouverneur Enrique Peña Nieto, ont ordonné une des répressions fascisantes les plus brutales de ces derniers temps.

Comme de vils criminels, ils voulaient que nous tirions la leçon de notre désobéissance en acceptant ce qu’ils souhaitaient mais ils n’ont pas réussi, parce qu’aujourd’hui plus que jamais, nous sommes convaincus que la lutte du peuple n’est pas erronée quand elle est juste et quand c’est la seule chose que l’on nous a laissé pour vivre sous le soleil : ils voulaient nous exterminer comme organisation, nous persécutant et nous emmenant comme leurs otages dans leurs cachots, mais la seule chose qu’ils ont obtenu est que notre dignité ne tienne pas dans les murs de l’exil et encore moins dans les prisons infâmes.

Trois années et cinq mois ont passé et il n’a été facile pour personne d’arriver debout jusqu’ici, avec pour unique horizon la justice, la liberté et la victoire. Mais c’est que lutter contre le désespoir et les aberrations de l’État qui est juge et partie n’est pas un moindre défi !

Au Mexique, les instances du pouvoir judiciaire sont pratiquement épuisées :

En premier lieu parce que le cas de l’emprisonnement des douze compagnons prisonniers politiques, est arrivé techniquement à son terme puisque tous les recours directs ont été faits pour ceux qui résistent dans la prison de haute sécurité (un Guántanamo mexicain) et que le cas des neuf autres, qui luttent dans la prison du Molino de las Flores, en est presque au même point.

En second lieu parce que la plus haute instance du pouvoir judiciaires, la Cour suprême de justice a démontré qu’elle n’était pas indépendante du pouvoir exécutif et des mafias politiques et qu’elle s’est incliné vers l’impunité et l’injustice, laissant libres de toute poursuite Enrique Peña Nieto et très probablement, ces jours-ci, Ulises Ruiz, tous les deux gouverneurs priistes responsables des répressions contre Atenco et Oaxaca.

Face à ce contexte d’impunité, nous n’avons pas d’autre alternative que de continuer à faire appel au peuple et à sa solidarité, plutôt qu’aux institutions judiciaires qui tous les jours dénudent sans pudeur leurs viles ambitions. C’est pour cela qu’à différents moments, nous avons engagé des actions pour obtenir la liberté et la justice. C’est pour cela qu’a été forgée la Campagne nationale et internationale pour la liberté et la justice pour Atenco que nous avons mise en place en février avec des dizaines de frères du monde entier disposés à soutenir cette cause.

La solidarité du peuple mobilisé, dans notre Amérique soudée aux continents frères, est la seule chose capable de nous rendre notre bercail, est la seule chose capable de rompre le siège et les barreaux qui aujourd’hui retiennent en otage des centaines de prisonniers politiques, barreaux qui sont bien sûr ceux de gouvernements néfastes, mais aussi ceux du capitalisme qui continue à légaliser la répression contre ceux qui ne sont pas disposés à s’agenouiller.

C’est pour cela que nous réitérons l’appel pour que depuis vos propres tranchées et en fonction de vos possibilités, nous intensifions ensemble le cri de liberté pour tous les prisonniers politiques du monde.

À moi, me reste la tâche de maintenir dans la mesure du possible ce dialogue parce qu’il reste beaucoup à faire et pour un exilé c’est un ciel ouvert qu’il faut défendre avec le même courage que nous défendons notre droit à sourire malgré tout.

Au nom du peuple d’Atenco, de mes douze frères prisonniers politiques et de mon propre frère, je remercie votre solidarité à la mesure de laquelle nous devons nous montrer dans notre résolution et notre engagement à continuer à lutter jusqu’à la victoire.

PRISONNIERS POLITIQUES, LIBERTÉ !
LA TERRE NE SE VEND PAS, ON L’AIME ET ON LA DÉFEND !
JUSQU’À LA VICTOIRE, NOUS VAINCRONS !

America del Valle

Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra.
Front communal pour la défense de la terre.

Mexique, octobre 2009.

PD : anexo una reseña de la historia de lucha de Atenco y la misma versión traducida al ingles.

Querida Marqueta Peltier :

Sabrás que de entre los doce compañeros de Atenco, presos políticos, está mi padre, Ignacio Del Valle y con todas las similitudes de la ilegalidad, ha sido condenado a 112 años de prisión por las mismas razones de fondo que mantienen preso a tu admirable padre, Leonard Peltier, a Mumia Abu-Jamal o a los cinco héroes cubanos que también resisten gallardamente el escarnio de imperio norteamericano.

Todos sabemos que el delito más grande que han cometido es mantener erguida su dignidad y enseñarnos a los demás a seguir su ejemplo, a no claudicar en la lucha y nuestros principios.

Leonard Peltier, debe saber que en adelante, nuestro pedacito de patria, Atenco, y yo en lo personal que igual que a mi padre, quisiera estrecharlo con un abrazo lleno de esperanza y fortaleza, asumimos el compromiso de llevar su nombre en nuestra lucha y exigir con la misma energía y convicción su libertad.

¡Leonard Peltier, no está solo !
¡Leonard Peltier, LIBERTAD !

America del Valle

Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra.
México, octubre 2009.

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