Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Accueil > Témoignages, entretiens, récits et réflexions... > Mexique : huit nouveaux assassinats contre des comuneros nahuas à Santa (...)

Mexique : huit nouveaux assassinats contre des comuneros nahuas à Santa María Ostula

Jean-Pierre Petit-Gras

vendredi 18 décembre 2009

Mexique : huit nouveaux assassinats contre des comuneros nahuas à Santa María Ostula

Pouvoir politique, propriétaires fonciers et narcotrafiquants contre
comuneros indiens

Par un article publié en août dernier [1], nous informions de la récupération,
par les membres d’une communauté nahua, de terres dont ils avaient été
spoliés au cours des années 1960 sur la côte Pacifique de l’État du
Michoacán, au Mexique.

Les trois mille habitants des trois villages participant à cette
réoccupation avaient pu mettre en échec les tueurs envoyés par les
pseudo-propriétaires.

Nous essayions, dans notre texte, d’insister sur l’importance de ce
mouvement de reprises des terres, opérées par des communautés indiennes
(indígenas, comme elles se nomment). Ce qui est en jeu, dans ce type de
conflit, c’est la capacité d’une fraction de l’humanité à résister à
l’extension de la propriété privée sur la terre et les êtres qui
l’habitent. Grâce à une culture demeurée vivante malgré des siècles de
tentatives d’acculturation, les Indiens d’Amérique continuent de voir la
madre tierra comme un élément sacré, que l’on ne peut utiliser qu’avec
respect et modération. La terre mère représente le principal ciment, en
outre, d’une cohésion sociale basée sur une solidarité inébranlable, des
connaissances multiples et anciennes, et un puissant désir de vivre
ensemble.

Chez nous, cette culture semble moribonde, voire tombée dans l’oubli. Les
plus "révolutionnaires" des partisans du néolibéralisme, tout autant que
ceux du socialisme étatique et industriel, y voient la marque d’un
archaïsme réactionnaire, d’un passéisme folklorique ou gentiment baba
cool.

Nous sommes pourtant de plus en plus nombreux à penser qu’une réflexion de
fond s’impose, à propos de notre propre histoire. Que la culture
populaire, ouvrière mais plus encore paysanne, occitane comme alsacienne,
bretonne, portugaise ou berbère, constitue l’outil indispensable pour qui
envisage une résistance collective un tant soit peu sérieuse à l’étau de
l’atomisation, l’enfermement et l’aliénation de masse que les machines du
système capitaliste industriel continuent, de manière de plus en plus
automatique, d’actionner sur nos corps et âmes. Car cette culture est la
seule qui contienne les éléments d’une véritable remise en question de la
logique capitaliste, étatique et industrielle. Elle s’appuie, en effet,
sur une vision du monde incluant la théorie et la pratique d’une autonomie
possible des groupes humains, solidaires et reliés les uns aux autres,
mais maîtres de leur vie sur des territoires dont ils sont responsables,
et qui leur assurent l’essentiel de leur alimentation et des autres biens
rendant la vie possible et désirable.

Il faut savoir, en attendant, que huit comuneros nahuas de ces villages en
résistance ont été assassinés depuis août 2009 [2]. Les tueurs, lourdement
armés, sont évidemment liés aux narcotrafiquants, eux-mêmes étroitement
imbriqués dans les affaires politiques régionales et nationales. Le
gouverneur du Michoacán, rappelons-le, est membre du PRD, le parti qui a
pu un temps faire rêver de nombreux Mexicains à un possible changement
démocratique dans leur pays. Un parti, pourtant, totalement impliqué,
comme le PAN du président Calderón, comme le PRI qui a spolié et étranglé
le pays pendant plus de soixante-dix ans, dans la nouvelle version de la
guerre totale décidée par le capitalisme pour s’approprier les terres et
les "ressources" encore habitées et protégées par les populations
indigènes.

Mais les Nahuas d’Ostula, de Coire et Pómaro ont créé une garde communale,
pour défendre leur vie et cette terre qui lui donne son sens.

Les Indiens du Mexique ne sont pas encore tous morts. Et c’est, à nos
yeux, une excellente chose.

Jean-Pierre Petit-Gras

P-S En ces temps de cadeaux idiots et inutiles, pourquoi ne pas faire un
petit virement au trésorier des "biens communaux" de Santa María Ostula :

Banque : BANAMEX - SUCCURSALE : LÁZARO CÁRDENAS NÚMERO 447.
Titulaire du compte : VÍCTOR CELESTINO GRAGEDA
Compte numéro 7989603,
CLAVE NÚMERO 002497044779896031


[2Voir le communiqué (en espagnol) : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/denuncias/2751