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Harcèlement des bases d’appui de l’EZLN dans la Commune autonome Ricardo Flores Magón

Gloria Muñoz Ramírez et Hermann Bellinghausen

samedi 20 mars 2010

HARCÈLEMENT DES ZAPATISTES

Le 25 août 2002 des membres des autorités autonomes zapatistes de la Commune autonome Ricardo Flores Magón se rendirent à la rancheria Amaytic pour résoudre un problème lié à la séparation d’un couple. Quelques jours auparavant, apprenant que les membres du conseil autonome se rendraient à la communauté, les priistes organisèrent des réunions extraordinaires avec des paramilitaires de l’Organisation pour la défense des droits indigènes et paysans (OPDDIC) dans les communautés Peña Limonar et Cuauhtémoc, où fut planifiée une attaque contre des membres de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN).

À 9 heures du matin, ce 25 août, un groupe de vingt paramilitaires se rassembla autour de l’école où se réalisait la réunion et, peu après, attaquèrent les autorités zapatistes. Jacinto Hernández Gutiérrez fut attaqué et tué à coups de masse sur la tête. Plus tard, Lorenzo Martínez Espinoza connut le même sort : après l’avoir attaché, ils tirèrent sur lui à moins de trois mètres de distance à l’aide d’une carabine calibre 16. Lorenzo mourut sur le coup. Les paramilitaires s’enfuirent, couverts par les policiers.

Les jours suivants, les assassins dont les noms et prénoms sont connus se réfugièrent à Peña Limonar, toujours sous la protection du gouvernement, ce qui poussa les autorités du Conseil autonome à empêcher qu’eux et leurs complices puissent revenir dans la communauté.

Cette histoire précède l’actuelle persécution et les menaces de mort dont souffrent les bases d’appui de la rancheria d’Amaytic, qui se retrouvent encerclées par deux cents paramilitaires de l’OPDDIC depuis le 16 mars. Le Conseil de bon gouvernement de La Garrucha a dénoncé le fait que les « opddiques » poursuivent les zapatistes avec des armes à feu et menacent les femmes. Il s’agit de paramilitaires de Peña Limonar qui construisent en ce moment des maisons à Amaytic pour les responsables des deux assassinats précédemment mentionnées. Comme à Acteal, les paramilitaires veulent revenir sur les lieux de leurs crimes et, comme à Acteal, ils bénéficient de la complicité du gouvernement de l’État.

C’est la provocation la plus récente, qui vient s’ajouter aux agressions à Laguna San Pedro, à Bolon Ajaw et au hameau de Santo Domingo, pour ne mentionner que les harcèlements du mois précédent.

Face à l’augmentation de la violence contre les villages zapatistes, ce samedi des protestations sont organisées dans de nombreuses villes du Mexique et du monde. Sur la place centrale de la capitale du pays dès 10 heures du matin seront présents des brigades d’information, des groupes musicaux, des banderoles et la présentation de l’Autre Musée « Voyage virtuel dans la résistance zapatiste ».

Gloria Muñoz Ramírez

La Jornada, samedi 20 mars 2010, chronique « Ceux d’en bas ».

Le harcèlement contre les bases d’appui zapatistes augmente
dans la Commune autonome Ricardo Flores Magón

L’OPDDIC soutient le retour à Amaytik de personnes impliquées dans deux assassinats en 2002.

Depuis mardi dernier, des bases d’appui de la rancheria Amaytik de la Commune autonome Ricardo Flores Magón sont recherchées, menacées de mort et d’expulsion par environ 200 membres de l’organisation OPDDIC. Le Conseil de bon gouvernement (CBG) "Le Chemin du futur" du Caracol de La Garrucha dénonce que ces "priistes opddiques" équipés d’armes à feu « recherchent nos compas pour les emmener, et les femmes qui sont seules dans leur maison, menacent de tuer tous leurs animaux, et de les expulser  ».

Ces "opddiques" originaires de l’ejido Peña Limonar ont commencé à construire des maisons à Amaytik pour les responsables des deux assassinats commis là en août 2002. « Ce sont des assassins, le mauvais gouvernement le sait et ne fait absolument rien, au contraire ils sont aidés par le président municipal paramilitaire d’Ocosingo, le paramilitaire de l’État du Chiapas Juan Sabines, et le paramilitaire fédéral Felipe Calderón. »

Le CBG rappelle que, le 25 août 2002, « il y a eu un problème de séparation de couple » à Amaytik et que s’y déplacèrent « nos autorités autonomes pour résoudre ce problème, deux compas autorités y furent assassinés alors qu’ils repartaient du lieu, à l’aide d’une carabine calibre 16, de machettes et de masses : Lorenzo Martínez Espinoza, porte-parole du conseil autonome, et Jacinto Hernández Gutiérrez ».

Les assassins étaient Jacinto Hernández Ballinas (à l’aide d’une arme à feu), Gaspar Hernández Pérez, Santiago Hernández Gutiérrez, Nicolás Hernández Gutiérrez, Jacinto Hernández Pérez, Santiago Hernández Gutiérrez, Nicolás Hernández Pérez, Nicolás Alfredo Hernández Ballinas, Manuel Gutiérrez Hernández et Ignacio Hernández Pérez (à l’aide de masses et de machettes).

Devant ces faits « l’investigation fut poursuivie  » et le conseil autonome convoqua les autorités priistes de l’ejido Peña Limonar, qui ne vinrent jamais. « Les assassins partirent se réfugier à Peña Limonar, protégés par le mauvais gouvernement ». En conséquence, le conseil autonome décida d’empêcher que les assassins « et tous ceux qui étaient d’accord avec eux » puissent rester à Amaytik. « Aujourd’hui, ce problème d’une autre époque est revenu sur la table, explique le CBG, car les assassins ont commencé à causer à nouveau des problèmes  ». Les bases d’appui de l’EZLN qui vivent à Peña Limonar, « ils les font chier, ils leur coupent l’électricité, ils les obligent à payer l’impôt de la terre », alors que « nous [les zapatistes] ne recevons ni ne donnons quoi que ce soit au mauvais gouvernement, nous sommes dans la résistance. »

Le 8 mars, ils leur ont coupé l’arrivée d’eau, détruisant et volant 966 mètres de tuyaux, et les clés de chaque maison. Le CBG avertit : «  Nous allons remettre l’eau aux compas, parce que, sans l’eau vitale, on ne peut pas vivre, nous sommes là-dedans et nous ne pleurons pas pour des miettes auprès du mauvais gouvernement, nous allons obtenir (le matériel) avec notre dur travail, nous ne voulons pas qu’il y ait de nouveau de problème, mais, ces "opddiques", le problème ils l’emmènent encore plus loin.  »

Le 15 mars, les priistes poussèrent les assassins à revenir à Amaytik pour leur « donner la propriété », accompagnés de personnes de Peña Limonar, de Yoc Navil, de Pamanavil, de San Antonio Catarraya, de Ranchería Ganxanil et de Nueva Providencia, « et ils sont armés ».

«  Nous défendrons nos compagnons et nos terres, avec un accord selon notre coutume, nous ne voulons pas de problèmes, nous chercherons toujours l’accord entre les parties à la source du problème, mais le mauvais gouvernement se met toujours dans ces histoires et c’est là que ça ne se résout pas, parce que l’intention est autre, elle s’appelle contre-insurrection », conclut le CBG.

Hermann Bellinghausen, La Jornada, 18 mars 2010.

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