Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Lettre d’Omarcito, d’Itandewi et d’Omar Esparza

vendredi 14 mai 2010

À nos amis et frères,
À ceux qui ont partagé la douleur et l’angoisse,
À l’opinion publique consternée et en colère,
Aux peuples indigènes du Mexique et du monde,
À ceux dont la solidarité nous enveloppe avec les condoléances les plus profondes,

À vous tous, avec votre chaleur, votre solidarité, votre présence, vos dénonciations, qui nous montrent le chemin que nous avons et que nous devons suivre.

À ceux dont le cœur a déjà souffert de la perte d’un être cher,

Nous voulons leur dire qu’ils n’existent pas de mots pour exprimer la colère que nous ressentons, l’impuissance l’angoisse et le désespoir de ne plus pouvoir être au côté de celle qui a été la compagne, la mère de deux enfants, la meneuse, l’amie, la sœur, L’AMOUR DE NOTRE VIE. La colère, la fureur et la haine ont enlevé sa vie, pour une lutte que nous avions décidé de mener durant des années.

À vous tous, et au nom de mes enfants, merci.

De nouveau, comme en 2006, l’État terroriste, assassin et répressif d’Ulises Ruiz, cherche à démontrer sa force, à imposer sa politique et à démontrer sa haine contre tout ce qui ne lui ressemble pas, qui ne se suborne pas, ne se plie pas et qui est en plus incorruptible. Car cela est né du bas et est plein de vie, parce que cela se construit avec la fraternité de ceux qui ont décidé d’avancer vers la construction d’un monde différent, un monde plus humain, où fleurissent la terre et les rêves que nous semons jour après jours. Bety, ou plutôt Beto, comme l’appelait son père, de son véritable nom Alberta Cariño Trujillo, n’est pas morte ! Ton message grandit en donnant la voix à celles qui n’en avaient pas, en devenant la sœur des femmes de Copala, de la Mixteca et du monde.

Ton être de femme, ta détermination de sœur, et ta lutte vers l’autonomie qui est l’essence d’une mère, résistent contre la colère, la haine et le mépris des paramilitaires de l’Ubisort dirigés par Rufino Juárez et Antonio Cruz.

Te détruire est aujourd’hui plus difficile. Tu es vivante et brûlante dans les cœurs des femmes et des hommes dignes, tu représentes la voix d’un nouveau chemin qui s’appelle Espoir pour la véritable paix du peuple triqui, pour la municipalité autonome de San Juan Copala. Ceux qui nient ou jugent ton chemin sont complices des mercenaires d’une politique de "donner et recevoir" en échange de la souffrance et de la douleur du peuple triqui, qui négocient les dons pour soumettre et exploiter la condition de pauvreté des personnes, qui se sentent les propriétaires des avant-gardes révolutionnaires. J’espère qu’ils vont garder pour eux leurs discours rhétoriques et sans sens. Ton acte d’affronter, d’être restée en face quand la vie est en danger, fait de toi un être humain digne et respectable, bien qu’ils disent que ce fût "une erreur tactique", "une provocation questionnable et équivoque". Mais quand la vie de l’humanité est en péril n’est il pas digne d’assumer les mêmes risques que tu as assumés ?

DÉFENDRE LA VIE AVEC TA PROPRE VIE EST POUR L’HISTOIRE L’EXEMPLE QUE NOUS MARCHONS ENSEMBLE

À toutes et à tous qui continuent de lutter pour la justice, nous voulons exprimer notre plus sincère remerciement. Nous savons qui est le responsable, son nom et son visage, et qui sont ses membres opérateurs. Aujourd’hui nos ennemis s’appellent Ulises Ruiz Ortiz, Evencio Martinez et les paramilitaires de l’Ubisort. Où est donc le gouvernement qui lutte pour un changement ? Où est le respect de la vie ? C’est pour cela que nous lançons un appel à la section XXII, aux organisations sociales et démocratiques, pour qu’elles luttent et résistent, pour que leurs rôles soient déterminants ainsi que celui de toute la communauté d’Oaxaca, pour enlever le pouvoir, de toutes les manières possibles, à la classe politique et à ce gouvernement assassin.

Brech comme je te l’ai toujours dit ! Je n’abandonnerai jamais l’engagement de faire quelque chose pour quelqu’un à chaque jour de ma vie, comme nous l’avons toujours dit et c’était à ça que tu t’étais engagée de tout ton être. Nous ne l’oublierons jamais ! Que Dieu nous donne l’opportunité d’aider ceux qui en ont besoin et d’être au côté de nos enfants, Omar et Ita. Ils sont aujourd’hui les enfants du mouvement qui réclame justice, l’esprit fraternel que nous vivons est immense. Tes enfants seront certainement les disciples de ta lutte et de l’engagement de s’indigner devant les injustices, d’offrir nos vies pour les autres, parce qu’il est nécessaire, urgent, de continuer, d’être révolté par la douleur, la misère et les injustices qui sont commises jour après jours, et de prendre positions en faveur des plus pauvres, c’est une obligation humaine.

Au nom de tous, nous te disons que nous t’aimons, que nous t’aimerons et que tu seras dans nos cœurs et nos têtes, en ces jours où parfois les pieds et l’âme tremblent, ton exemple nous lèvera pour que nous disions : ¡¡¡Ya basta !!!

Il y en a assez de nous taire, de baisser la tête et d’attendre que tout passe sauf la colère, la haine et l’irritation de ne pas pouvoir changer ce destin fictif que nous ont obligés à vivre les politiciens corrompus, les corps policiers, militaires, parapoliciers et paramilitaires, les propriétaires du capital, la classe politique putréfiée, qui ne se font écouter que par le dialogue des armes. Le peuple peut changer son destin et construire ses propres chemins d’autonomie et d’autodétermination, comme nous l’avons toujours rêvé et partagé dans les mouvements, avec l’Autre Campagne, avec le réseau des radios du Sud-Est mexicain, dans l’AMAP, dans la REMA, dans la RMALC, dans le mouvement indigène, avec les organisations nationales et internationales avec les personnes sur notre chemin et avec les frères et sœurs de lutte qui résistent et cherchent ce monde pour lequel tu as décidé d’offrir ta vie. Celle que tu as emportée avec une partie de nous, nous qui sommes restés ici émus, enragés, consternés.

Parce que tu es la fleur, ta graine est le fruit du chemin digne à suivre, nous ne t’oublierons jamais.

Omar, Ita et moi, nous te disons jusqu’à la victoire...

La prison pour Ulises Ruiz, Evencio Martínez, Rufino Juárez, Anastasio Juárez, Antonio Cruz et les autorités de La Sabana !!!

Mort au mauvais gouvernement répressif et assassin d’Ulises !!!

Nous briserons l’encerclement dans lequel ils emprisonnent San Juan Copala !!!

Ni la mort ni les mitraillettes ne tairont Bety !!!

Terre, liberté ou mort !

Avec tout notre plus grand amour,

Omarcito, Itandewi et Omar Esparza

Traduction Djaya.
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