Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Communiqué de la Commune autonome de San Juan Copala, 8 juin 2010

Le communiqué qui n’a pu être lu à San Juan Copala

vendredi 11 juin 2010

Le communiqué qui n’a pu être lu à San Juan Copala

Nous publions ici le communiqué que nous allions lire dans la Commune autonome de San Juan Copala quand arriverait la caravane. Le 8 juin, nous n’avons pas réussi à briser l’encerclement paramilitaire et gouvernemental, mais nous continuons à briser l’encerclement médiatique et informatif. Merci de nous accompagner, compañeras et compañeros, et nous continuons à faire appel à la solidarité nationale et internationale pour poursuivre cette lutte, puisque nous ne reculerons pas d’un pouce jusqu’à ce que soit respecté notre projet de commune autonome.

Compañeras et compañeros solidaires,
Bien le bonjour,

Les enfants, les femmes et les vieillards de San Juan Copala ont la joie au cœur et vous remercient tous de votre présence, vous qui laissez de côté vos tâches quotidiennes pour être ici, et tous ceux qui sans être présents physiquement sont ici quand même à travers leur solidarité dans les vivres qu’ils nous envoient, dans la prière, dans les manifestations et les blocages de carrefours, et qui sont si importants pour nous en ce moment.

Vous pourrez tous vérifier que ce que nous dénonçons depuis des années est vrai, les nouveaux caciques économiques et politiques ne nous pardonneront jamais d’avoir décidé en 2006, à un groupe de communautés, d’en finir avec les abus et les injustices que nos communautés subissaient, et d’avoir donné la vie au Mouvement unificateur de la lutte triqui indépendant (MULTI), car la situation était devenue insupportable et les abus tous les jours plus cruels ; ils allaient de faire payer des amendes de milliers de pesos à qui commettait une faute minime jusqu’à l’assassinat de qui protestait pour cela (si les compañeros des droits humains et des médias veulent bien en porter témoignage, les habitants de Copala leur donneront des détails).

Comme beaucoup d’entre vous le savent, le MULTI a concrétisé son premier succès d’unité en janvier 2007, avec la création de la Commune autonome, qui a pour symbole ce bâtiment où nous nous rencontrons aujourd’hui. Nous l’avons créé, nous avons pris soin de lui avec pour seule idée d’améliorer les conditions de vie, mais aussi de gagner une paix qui mette fin à tant d’affrontements internes dans nos communautés ; en un mot, de marcher vers la paix dans la justice et la dignité.

C’est cela que n’ont pas pu supporter ceux qui s’étaient approprié notre décision et notre parole, mais le puissant qui cache son cynisme dans les palais de gouvernement ne l’a pas supporté non plus, et depuis lors ils ont fait alliance pour nous persécuter et nous assassiner comme si nous étions des délinquants. Cette féroce persécution a eu pour seul résultat d’enraciner davantage le projet d’autonomie dans nos communautés, car nous savons que ce qui dérange le puissant est par nature bon pour le peuple. Mais nous avons toujours été conscients que nous devions avancer par la voie civile et pacifique.

C’est pourquoi nous réaffirmons devant vous tous notre décision de continuer à construire, à n’importe quel prix, notre projet d’autonomie. Parce que nous sommes sûrs que ce sera un héritage de paix, de justice et de démocratie que nous léguerons à nos enfants pour qu’ils parviennent à se développer en respectant notre culture, notre histoire, et la conservation de notre mère la terre. Nous avons comme référence les réussites de l’EZLN incarnées par les Conseils de bon gouvernement et les Communes autonomes, mais nous voulons signaler que nous ne sommes pas conseillés par eux ni par personne d’étranger à nos communautés, nous avons bien un groupe de compañeros qui nous soutiennent et nous facilitent le travail à la ville, mais ce ne sont que des accompagnateurs.

Nous soulignons que dans ce processus nous donnons la priorité à la récupération des droits des femmes et des enfants, nous sommes désireux d’en finir avec les abus que nous avons hérités en tant que culture.

Nous sommes prêts à dialoguer avec nos frères d’autres communautés triquis quand les conditions le permettront ; c’est-à-dire quand le mauvais gouvernement mettra ses pistoleros en prison, en leur infligeant le juste châtiment pour leurs crimes aberrants, et nous mettons pour seule condition que le dialogue ait lieu entre des représentants communautaires nommés par les assemblées, pour que soit représentée et respectée la voix de toutes les communautés. Pour cela, nous irons chercher, en son temps, d’autres gens, nos égaux, des compañeros indigènes regroupés dans le Conseil national indigène, pour leur demander respectueusement que ce soient eux qui remplissent la fonction de médiateurs dans ce processus.

Au moment adéquat, nous ferons connaître la structure à laquelle nous travaillons, et qui sera la direction politique de notre mouvement. Elle sera constituée par des coordinations qui seront nommées par rotation et dont le seul objectif sera de mener à leur terme les accords issus des assemblées communautaires.

C’est pourquoi nous appelons :

Les compañeros des organismes de droits humains à créer un front commun, pour qu’ensemble nous surveillions le développement de ce projet.

Notre équipe de soutien en ville à continuer à accompagner les commissions que l’assemblée désignera, sans chercher, par cet accompagnement, à nous diriger, à nous manipuler, ou à usurper notre parole.

Aux compañeros zapatistes de l’EZLN, nous adressons un salut fraternel et nous confirmons que notre projet s’inspire des Conseils de bon gouvernement. Nous espérons atteindre, de manière civile et pacifique, quelques-unes des réussites que vous nous avez révélées possibles, et nous attendons l’occasion pour que vous nous communiquiez votre parole en personne.

Aux compañeros de l’Autre Campagne, nous leur disons : nous aussi, nous sommes d’en bas et à gauche ; ne nous laissez pas seuls, les balles de l’oubli et du mépris tuent aussi entre égaux. Nous ne voulons pas être un facteur de division ; nous croyons que le Mexique a besoin de tous ceux qui marchent en bas, mais unis.

Aux médias, nous leur demandons un accompagnement honnête et qui dise toujours la vérité. Nous sommes un mouvement social qui, de manière civile et pacifique, cherche à changer l’histoire d’injustices et d’abus auxquels notre peuple a été soumis, et sans prétendre vouloir nous mêler de votre travail, nous vous demandons de ne pas nous comparer aux criminels qui, méprisant leur histoire et leur culture indigène, louent leurs services d’assassins au puissant.

À notre grande nation qui s’appelle le Mexique, nous lui disons de tourner son regard vers nos peuples indigènes ; car nous sommes peut-être le dernier espoir de sauver le pays de cette longue nuit de douleur à laquelle nous a soumis le capitalisme, parce qu’en nous se trouve le savoir grâce auquel, à coup sûr, on peut créer un monde où tiennent de nombreux mondes.

Vive la Caravane Bety Cariño et Jyri Jaakkola !
Vivent Timoteo Ramírez et Tleriberta Castro !
Vive la digne résistance de ce peuple libre !

Pour un gouvernement qui commande en obéissant

Respectueusement

Commune autonome de San Juan Copala
8 juin 2010,
jour glorieux où le siège paramilitaire a été défait par la solidarité.

Traduit par el Viejo.
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