Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Déclaration du CBG "Corazón Céntrico de los Zapatistas delante del Mundo"

Personne n’a le droit de priver nos compagnons zapatistes d’électricité et d’eau

Conseil de bon gouvernement d’Oventik

dimanche 27 juin 2010

Conseil de bon gouvernement
"Cœur central des zapatistes devant le monde"

Snail Tzobombail Yu’un Lekil J’amteletik
Ta O’ Lol Yo’on Zapatista Ta Stuk’il Sat Yelob Sjunul Balumil

Oventik, 23 juin 2010.

À l’opinion publique
À la presse nationale et internationale
À la société civile nationale et internationale
Aux organisations de défense des droits de l’homme
Aux médias alternatifs
Aux adhérentes et adhérents de l’Autre Campagne
Aux adhérentes et aux adhérents de la Sexta internationale

Frères et sœurs,

Par ce canal, le Conseil de bon gouvernement "Cœur central des zapatistes face au monde", zone des Hautes Terres du Chiapas, dénonce les faits suivants :

Nos camarades de la base d’appui zapatiste d’El Pozo, conjointement avec le Conseil autonome de San Juan Apóstol Cancuc, portèrent à la connaissance du Conseil de bon gouvernement des agressions perpétrées le 21 juin de l’année en cours par des membres des partis PRI et PRD de la communauté d’El Pozo.

1. L’agent rural et des priistes et pérédistes prétendirent obliger nos camarades des bases d’appui à payer le service de courant électrique, sachant qu’ils se sont déclarés en résistance pour une cause juste, luttant pour construire leur autonomie [1]. Les priistes et les pérédistes menacent de priver ces camarades des services d’eau potable et d’énergie électrique. Depuis la semaine dernière, cette menace et cette provocation créent une situation de tension compliquée.

2. Le 21 juin, à 10 h 20 du matin, les priistes et les pérédistes s’organisèrent afin de mettre leurs menaces à exécution ; ils se divisèrent en quatre groupes, chacun d’une soixantaine de personnes qui, assumant des attitudes agressives, armées de machettes, de pierres, de bâtons, de houes et de pioches et équipées de pinces se préparèrent à interrompre les services d’eau potable et d’électricité à neuf familles membres des bases d’appui zapatistes. Les camarades tentèrent de dissuader les priistes et les pérédistes de mettre leurs menaces à exécution. Ceux-ci ne voulurent rien entendre et se mirent à attaquer nos camarades à coups de bâtons et de pierres.

3. Miguel Hernández Pérez reçut des coups si violents à la tête qu’il a dû être hospitalisé à l’hôpital Vida Mejor de la ville de Tuxtla Gutiérrez. Il souffre de multiples fractures du crâne et de mise à nu de la masse encéphalique. Notre camarade Manuel López Hernández souffre également de fractures du crâne ; grièvement blessé, il se trouve à l’hôpital régional de San Cristobal. Sont également blessés les camarades Antonio López Guzman, Sebastián Pérez Cruz, Eliseo Martinez Pérez, Miguel Gómez Hernández et Antonio Cruz Gómez. Ce dernier fut particulièrement maltraité ; après l’avoir battu et traîné sur le sol, ses agresseurs lui passèrent des menottes. Après les faits, tous ces camarades parvinrent tant bien que mal à se réfugier dans une autre communauté de la commune autonome de San Juan Apóstol Cancuc.

4. Quant au camarade Antonio Gómez Pérez, blessé par les agresseurs priistes et pérédistes, il est porté disparu. Nul ne sait où il se trouve.

5. Vers 3 heures de l’après-midi du même jour, nos camarades promoteurs de santé Francisco Méndez Velasco, Sebastián Hernández Gómez et Francisco Santiz Méndez, étant accourus sur les lieux pour évacuer d’autres éventuels blessés, furent détenus par la police sectorielle en présence du président municipal Cirio Vásquez Cruz, du procureur de la Justice indigène Marcos Shilón Pérez et de fonctionnaires du sous-secrétariat du gouvernement. Ils furent emmenés à San Cristobal et détenus dans des locaux attenants au bureau du procureur où ils se trouvent encore au moment de la rédaction de ce communiqué.

6. Cet acte d’agression fut dirigé par les personnes suivantes : Lorenzo Hernández Gómez (vice-président du comité d’éducation officiel), Juan Aguilar Hernández (président du comité d’éducation), Nicolás Vázquez Méndez (dirigeant du Parti de la révolution démocratique, PRD), Pablo Santiz Cruz (policier municipal), Ramón Vázquez Méndez (agent auxiliaire), Diego Pérez Cruz (principal), Antonio López Pérez (principal) et Miguel Gómez Pérez (principal et aussi meneur "principal" de la bande d’agresseurs).

En tant que Conseil de bon gouvernement, nous dénonçons énergiquement toutes les actions violentes des priistes et pérédistes commises avec l’aval des autorités officielles d’El Pozo. Personne n’a le droit de priver nos compañeros et compañeras zapatistes d’électricité et d’eau courante, qui sont des richesses de notre État et de notre pays et que, natifs de ces terres, nous avons le droit d’obtenir sans payer aucun tarif ni impôt.

En tant que Conseil de bon gouvernement, nous exigeons que nos camarades injustement privés de leur liberté soient libérés. Ils ne sont coupables de rien. Cinq d’entre eux ne se trouvaient même pas sur les lieux au moment des faits.

Au cas où ils ne seraient pas remis immédiatement en liberté, les responsables immédiats de quoi qu’il puisse arriver dans cette localité seront les mauvais gouvernements, tant municipal que de l’État, que fédéral. Derrière les exactions commises se trouvent les différents niveaux du gouvernement, qui agissent à travers les affiliés aux partis politiques. Le président municipal officiel sait parfaitement que depuis longtemps ses gens ne cessent de harceler les bases zapatistes sous le prétexte qu’elles résistent au paiement des factures de consommation d’électricité.

C’est le même scénario qui se répète dans d’autres communautés comme Crucilj’a, Tzuluwitz, Nicht’el, La Palma, Ya’xcoc, Baak’il, Cruztón, entre autres. Le non-paiement de l’électricité sert de prétexte à des agressions de la part d’affiliés au PRI et au PRD, présentées ensuite comme s’il s’agissait d’affrontements internes entre indigènes justifiant la militarisation des communautés afin de les "pacifier".

Or, ce qui vient d’arriver dans la commune d’El Pozo met bien en évidence qu’il ne s’agit pas d’un affrontement interne entre indigènes mais au contraire d’un conflit créé que déforment ensuite les moyens de communication manipulés. Ce fut encore moins une agression provoquée par les bases d’appui zapatistes, comme les en accusent ces mêmes moyens de communication. Face à cette agression, les camarades se défendirent comme ils purent en légitime défense contre l’agression provoquée par les priistes et pérédistes, qui les battirent, rompant le crâne des uns, traînant les autres sur la boue de la route.

Pour autant, nous démentons formellement le faux témoignage de l’un des agresseurs blessés, qui accuse nos bases d’appui d’avoir provoqué cet affrontement. Tout le contraire est vrai. Nous, les zapatistes, nous ne causons pas de problèmes. Au contraire, nous luttons pacifiquement, sans violence. Comme nous ne cessons de le dire, nous ne nous affrontons pas à nos propres frères et sœurs indigènes. Il est vrai qu’il y eut un mort parmi les agresseurs : celui même qui dirigeait l’agression ; nos bases d’appui durent se défendre.

Comment est-il possible que le mauvais gouvernement agisse de cette manière, détenant nos camarades comme des prévenus alors que ce sont nos bases d’appui qui furent agressées et battues, au point que plusieurs de nos camarades souffrirent des lésions, voire des blessures graves alors les agresseurs sont libres de faire ce qu’ils veulent ?

C’est que ceux-ci bénéficient de l’aval et du soutien des trois niveaux de gouvernement. Mais, dès que nos camarades se défendent, ce sont eux et elles qui sont accusés d’être des provocateurs et des agresseurs. Autant dire que les zapatistes n’ont aucun droit de se défendre et de défendre leurs vies.

Nous savons qu’en ce moment nos camarades sont sous menace d’agression de la part des priistes et pérédistes qui veulent les déloger et les chasser de leur communauté. Nous resterons vigilants et aviserons de toute tentative dans ce sens.

Les Conseils de bon gouvernement avons le devoir et l’obligation de dénoncer toutes les exactions du mauvais gouvernement dans nos communautés zapatistes. Nous ne resterons pas silencieux face à de nouvelles provocations et agressions contre nos peuples.

Voilà pour l’instant notre parole. Nous continuerons de diffuser des informations sur tout ce qui pourrait attenter à nos camarades des bases d’appui.

En vous remerciant de votre attention,

Au nom du Conseil de bon gouvernement "Cœur central des zapatistes face au monde", Zone des Hautes Terres du Chiapas :
Remigio Santiz López, Francisco Méndez Cruz,
Marisela Hernández Núñez, Rosa María Gómez Hernández.

Autorités du Conseil autonome de la commune de San Juan Apóstol Cancuc :
Conseiller autonome
Antonio Santiz Pérez.
Juges autonomes
Pedro Cruz Torrez, Juan Jiménez Gómez.

Traduit par J.R.

Notes

[1] Une mise en contexte de cette résistance au paiement est nécessaire : dernièrement, le gouvernement fédéral a démantelé le Syndicat mexicain des électriciens (SME) et envoyé des hommes armés et caparaçonnés comme des "Martiens" prendre possession de leurs installations, qui ont passé aux actifs d’une compagnie d’État concurrente non syndicalisée. Dans plusieurs villes du Mexique se maintiennent des piquets de grève des membres du SME, dont certains sont en grève de la faim depuis près de deux mois. Le refus de payer la facture de l’électricité est un acte de solidarité avec les électriciens dépossédés et mis à pied (NdT).

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