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Libération des douze prisonniers politiques du FPDT d’Atenco

Collectif Grenoble-Mexique

samedi 3 juillet 2010

Libération des douze prisonniers politiques du FPDT d’Atenco

Le 30 juin, en début d’après-midi, la Cour suprême de justice du Mexique (SCJN) a rendu publique sa décision, à la majorité des votes des cinq juges de la Cour (quatre contre un), de libérer les douze prisonniers politiques du FPDT (Front des villages en défense de la terre) de San Salvador Atenco, emprisonnés et condamnés en 2006 à des peines de prison allant de 31 ans à 112 ans, suite à une lutte victorieuse contre un projet d’aéroport sur leurs terres et à la répression sanglante qui s’ensuivit par le gouvernement de l’État de Mexico et le gouvernement fédéral, les 3 et 4 mai 2006.

Une manifestation était prévue la veille du délibéré, le 29 juin, et un rassemblement devant la cour de justice de la ville de Mexico le 30 juin, dans la matinée et jusqu’à l’heure du verdict.

Les douze prisonniers ont donc été déclarés libérables immédiatement, les juges ayant statué que, dans le cas des douze accusés, des preuves illégales ont été employées pour les accuser de délits qu’ils n’avaient pas commis.

L’un des juges a même déclaré que les condamnations réclamées contre les douze étaient une façon "faussement institutionnelle de criminaliser la protestation sociale, comme une façon de punir le fait d’être dans l’opposition".

Suite à la décision de justice et après quelques heures d’effusions de joie, de congratulations et de discours des principaux acteurs du mouvement, deux caravanes ont été organisées pour aller accueillir les prisonniers à leur sortie.

Une caravane s’est dirigée à la prison de "Molino de las Flores", de Texcoco, pour accueillir Oscar Hernández Pacheco, Ines Rodolfo Cuellar Rivero, Julio César Espinoza Ramos, Juan Carlos Estrada Cruces, Edgar Eduardo Morales Reyes, Jorge Alberto Ordoñez Romero, Roman Adan Ordoñez Romero, Narciso Arellano Hernández et Alejandro Pilon Zacate.

Une autre caravane est allée à "l’Altiplano", prison de haute sécurité de la ville de Toluca, pour recevoir Felipe Alvarez, Hector Galindo et Ignacio del Valle, tous les trois leaders du FPDT.

Les neuf de "Molino de las Flores" ont été libérés dans la soirée alors qu’à "l’Altiplano" des centaines de personnes présentes depuis la fin de l’après-midi devant la prison ont attendu toute la nuit la libération d’Ignacio, Felipe et Hector en chantant, dansant, criant, faisant des discours et en se disant qu’"on les avait attendus quatre ans et qu’on pouvait bien les attendre quelques heures de plus malgré le froid et la pluie"...

Finalement, le lendemain 1er juillet dans l’après-midi, alors que les trois n’étaient toujours pas sortis, le secrétariat de Sécurité publique (SSP) décréta, malgré l’ordre dicté par la Cour de justice de les libérer immédiatement, qu’"aucun des trois prisonniers ne sortiraient libres parce qu’ils étaient menacés par quatre ordres d’appréhension non résolus qui n’avaient rien à voir avec ceux dont la Cour de justice les avait acquittés la veille et qui empêchaient leur libération immédiate".

Après plusieurs heures de confusion, de doutes, de plaintes des avocats et de rumeurs de toutes sortes, ils sont enfin sortis vers 21 h 30 et ont été accueillis par leurs familles, la presse et les dizaines de personnes toujours présentes.

L’explication la plus plausible à ce retard de plusieurs heures pour libérer les prisonniers serait qu’il y a eu une tentative de la part des autorités locales et fédérales de procéder à de nouvelles charges contre eux qui n’ont pas abouti et dont la procédure était de toute façon illégale parce que, avant de les accuser d’autres supposés délits, ils étaient dans l’obligation de les libérer.

Ignacio del Valle, Felipe Alvarez et Hector Galindo ont été accueillis sur la place principale de leur village de San Salvador Atenco, vers 4 heures du matin dans la nuit de jeudi à vendredi par environ cinq cents personnes avec en tête Trinidad Ramirez, dirigeante du FPDT, et en présence des neuf de "Molino de la Flores".

Cette victoire ne doit pas faire oublier que malgré tout justice n’a pas été rendue, que les responsables de dizaines de viols, de centaines de blessés, de plusieurs assassinats et de toutes les vexations liées à la répression de ce mouvement sont toujours libres et au pouvoir, que ces quatre années de prison multipliées par douze ne pourront jamais être réparées et qu’America del Valle, fille d’Ignacio del Valle et de Trinidad Ramirez, est toujours menacée par la justice mexicaine, sous mandat d’arrêt pour les mêmes accusations que les douze qui ont été libérés.

Le 23 juin dernier, elle a demandé asile politique au gouvernement du Venezuela et s’est réfugiée à l’ambassade de ce pays dans l’attente d’une réponse depuis ce jour.

Comme l’a bien dit une personne à la sortie du tribunal :

"Hoy no se dio justicia pero se detuvo una injusticia."

"Aujourd’hui justice n’a pas été faite mais une injustice a été stoppée."

Dans les jours qui viennent les gens d’Atenco iront récolter les frijoles (haricots) sur leurs terres sauvées du béton...

Le 3 juillet 2010, ciudad de México.

Collectif Grenoble-Mexique

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