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Oaxaca

La destruction de Copala

Hermann Bellinghausen

lundi 4 octobre 2010

La destruction de Copala

La commune autonome indigène de San Juan Copala, établie il y a trois ans dans le cœur historique de la région triqui, restée sans droits municipaux depuis plus de soixante ans, a finalement été détruite par le fer et par le feu par des paramilitaires, triquis eux aussi, qui ont opéré en toute impunité jusqu’au dernier moment. La complicité des gouvernements de l’État et de la Fédération a été absolue. Et déterminante depuis dix mois, quand la communauté a été assiégée par des groupes armés qui ont assassiné et blessé de nombreuses personnes pacifiques. Le dénouement s’est précipité entre le 13 septembre, quand les paramilitaires ont pris Copala et ont tiré contre la population, et le 23, où les survivants ont pu fuir, certains dans des fourgons funéraires (la seule chose que le gouvernement a envoyée, pour emporter les cadavres).

Cela aurait pu être pire. Les agresseurs annonçaient un massacre. De toute façon, le nombre d’assassinats est élevé dans le démantèlement de la seule autonomie indigène tentée aujourd’hui dans l’État d’Oaxaca, quatorze ans après les Accords de San Andrés. Plus nombreux encore sont les blessés, et les déplacés, des familles entières.

Les dénonciations journalières et angoissées n’ont pas empêché le dénouement, mais le problème persiste. On peut se consoler en supposant que le massacre a été évité. L’opération contre la commune autonome fondée en 2007 a été menée par l’Union pour le bien-être social de la région triqui (Ubisort), groupe du PRI qui n’existe plus en tant que tel dans la zone, mais qui, dirigé depuis Juxtlahuaca et Oaxaca par Rufino Juárez et le gouvernement de l’État lui-même, a tout fait pour l’anéantissement. Le gouverneur Ulises Ruiz Ortiz avait dit qu’il ne permettrait aucune autonomie dans l’État. Ça ne lui a pas coûté trop cher, il n’a même pas eu besoin d’envoyer ses policiers. Aujourd’hui, il nie qu’il y ait eu des morts (voir La Jornada du 26 septembre 2010).

L’Ubisort possède une milice mieux armée que la police, avec un entraînement militaire. Elle est responsable de l’embuscade au cours de laquelle sont morts la militante Beatriz Cariño et l’internationaliste finlandais Jiri Jaakkola, il y a quelques mois. Également de bien d’autres morts, de viols, de blessures et d’exils. Comme on le sait, aussi bien les assassins que leurs chefs restent impunis et sont, ça peut servir, des figures institutionnelles.

De manière répétée a été dénoncée en outre la participation à l’escalade paramilitaire de membres armés du Mouvement d’unification et de lutte triqui (MULT), dont la commune autonome de Copala est une scission, en tant que MULT indépendant (MULTI). Des rangs du MULT sont venues des versions suivant lesquelles personne de chez eux n’avait participé à la violence, et rendant le MULTI responsable des faits par son insistance sur une autonomie "minoritaire". Autrement dit, comme d’habitude, les morts indiens sont les coupables de leur propre mort.

Cependant, Timoteo Alejandro (fondateur du MULTI) et sa femme Cleriberta, ainsi qu’Antonio Ramírez López, "dirigeant moral" des autonomes, ont péri dans des circonstances et des lieux qui désignent non pas l’Ubisort, mais le très vertical MULT, qui aurait ainsi "châtié" leur "trahison". Les assassins de Ramírez López sont pleinement identifiés à Yerbasanta, localité à majorité MULT, où a eu lieu l’embuscade qui lui a coûté la vie.

Cette organisation est issue de la résistance exemplaire des meilleurs esprits triquis dans les années 80 du siècle dernier ; au long des années suivantes elle a subi la perte de ses principaux dirigeants, penseurs et maîtres, comme Paulino Martínez Delia, sacrifiés par les caciques du PRI. Au cours de la décennie actuelle, le MULT est devenu une organisation officialiste et électorale, dirigée par son conseiller juridique Heriberto Pazos, et transformée en Parti d’unité populaire, avec une présence au Congrès de l’État d’Oaxaca et des liens avec Ulises Ruiz, qui à plus d’une occasion a déclaré (selon des sources dignes de crédit), que "le MULT est la seule organisation avec laquelle on puisse négocier". L’un dans l’autre, il lui doit quelque chose de sa "victoire" serrée quand le PRI s’est imposé par la fraude en 2004.

On ne peut ignorer non plus les "remerciements" écrits de l’Ubisort au MULT à diverses occasions, par exemple quand il a empêché d’arriver à Copala une caravane d’Atenco en 2009. Le MULT revendique son appartenance à l’APPO, au Congrès national indigène et, malgré son activité électorale, à l’Autre Campagne ; le MULTI, lui aussi, est membre de tous ces espaces.

Le conflit triqui est ancien et complexe. Et la persécution à mort contre l’autonomie de Copala, centre traditionnel de ce peuple historiquement diffamé et nié, est des plus suspectes. Il est vrai qu’on a constaté d’importantes prospections de transnationales minières dans la région. L’heure est venue que le MULT, si expéditif quand il s’agit d’accuser et de discréditer, reconsidère ses agissements violents contre les autonomes. Il existe certainement des contradictions en son sein, mais il ne peut pas se dérober à ses responsabilités face à l’indispensable et urgente réconciliation de tous les Triquis (y compris leur immense diaspora) pour défendre ensemble leur viabilité, comme l’admirable peuple indigène qu’ils ont toujours été.

Hermann Bellinghausen

La Jornada, Mexico, 27 septembre 2010.

Traduit par el Viejo.
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