Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Pour la mémoire et contre l’oubli

CACTUS

vendredi 22 octobre 2010

Pour la mémoire et contre l’oubli

Pour que le champ rende,
il est indispensable de semer,
il est nécessaire de labourer.
Ce dernier travail ne doit pas manquer,
le sarclage, l’engrais, la cueillette.
Tout... si tu veux récolter.

Bety Cariño.

Ce jour-là, nous sommes arrivés tard, comme cela arrive parfois. L’après-midi nous a surpris. Nous sommes arrivés en retard, mais avec le même engagement de toujours.

La nuit nous a surpris, ensuite la pluie, qui, elle a attendu que nous arrivions. Nous sommes descendus du véhicule et la pluie est tombée pour nous souhaiter la bienvenue, comme quelqu’un qui nous invite chez lui. En arrivant notre salut a été une chanson qui dit quelque chose comme « même si certains te disent / que rien ne peut changer, / lutte pour un monde nouveau, / lutte pour la vérité ». Ce chant est notre parole, notre offrande.

Les jours sont passés et, si on ne fait pas attention, la pluie emporte l’histoire. Mais, ce jour-là, nous avons appris que ceux qui ne sont pas là... se souviennent de nous, nous voient ; et que ceux qui cherchent à effacer la mémoire, oublient que pour nous, la mort n’est pas la mort, la récolte est... à ceux qui pas à pas, goute à goute, germe dans l’oubli.

Pour certains, l’oubli est le début et la fin, mais nous, nous nous souvenons. Cela fait précisément quatre ans, que nous avons commencé la fête ici comme un festival. Nous savions que ceux d’en haut parient toujours sur la mort. Alors que là-haut ils préparaient le défilé des semences, nous avons dit que non, nous avons dit que ce qui est nôtre, est nôtre, qu’à ce défilé nous préférerions la fête de la milpa [du champ], du taco, que nous préférions nous savoir faits de maïs.

Ainsi est né le festival du Maïs dans le Pays des Nuages [1], sur la Terre du Soleil. Quand ceux d’en haut se préparent à bien remplir leurs poches et pensent toujours que ceux d’en bas sont paresseux, nous toutes et tous, devons toujours attendre leur bon vouloir. C’est pourquoi, nous décidons d’honorer les nôtres, ceux qui nous ont enseigné à préparer le taco, la tortilla, à semer le maïs, à soigner les cultures... à être rebelles, à ne pas nous laisser faire.

Cependant, cette année est différente, très différente. Cette fois-ci, notre compañera Bety Cariño ne sera pas avec nous. Cette année, la IVe Foire du Maïs sera "Pour la mémoire et contre l’oubli, de la femme mixtèque, de la femme de maïs, de la femme qui lutte".

Là-haut, leur inaptitude les amène à déclarer que les morts n’existent pas, et donc, ils font comme si notre douleur n’existait pas, ils cherchent à tuer notre vie.

Nous n’oublions pas, nous nous souvenons de notre compañera-sœur prenant dans ses mains le maïs, descendant le Cerro de las Minas [la colline des Mines], défendant nos coutumes... le festival continuera à être le patrimoine des peuples.

C’est pour cela que nous vous invitons à nous accompagner à Huajuapan de León, Oaxaca, le samedi 23 octobre 2010, au IVe Festival du Maïs "Pour la mémoire et contre l’oubli, de la femme mixtèque, de la femme du maïs, de la femme qui lutte".

Pour ceux qui ne peuvent pas y assister, nous vous invitons à réaliser des activités dans vos quartiers, près de chez vous, vos communautés et vos villages pour rappeler que le maïs est à nous, que nous sommes de maïs et, de cette manière, honorer la mémoire de notre compañera Bety.

Maintenant, les souvenirs arrivent comme des rayons de lune qui éclairent la nuit lorsque le soir tombe. Le souvenir ne cesse pas, c’est la certitude que "ceux qui meurent pour la vie ne peuvent être appelés morts", ou comme diraient les compañeros neozapatistas "une vie n’est pas une mort".

Vive le taco ! le pozole ! le maïs !
Ni pardon ni oubli !

Le 2 octobre 2010.
« Semant des Rêves, Récoltant des Espoirs »

Fernando Urbano
Coordination générale
Collectif CACTUS

Centre d’Appui Communautaire Travaillant Unis

Antécédents :

Le 27 avril 2010, une caravane de solidarité formée par des membres d’organisations civiles mexicaines et internationales a été attaquée sur le chemin vers la communauté autonome de San Juan Copala. Une vingtaine de paramilitaires de l’organisation Ubisort (Union pour le bien-être social de la région triqui) affiliée au parti au pouvoir dans l’État, le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), a mitraillé le convoi, faisant deux morts et une quinzaine de blessés. Alberta Cariño Trujillo (Bety Cariño), directrice du collectif CACTUS, et Jyri Antero Jaakkola, observateur international finlandais, ont été assassinés dans cette embuscade.

Pour plus d’information en français sur la caravane du 27 avril, communiqués et vidéos vous pouvez consulter la rubrique, Oaxaca : Caravane sur http://liberonsles.wordpress.com/oaxaca-caravane-du-27-avril-2010/

Info. en espagnol :
http://cactusoaxaca.wordpress.com/
http://www.huizache.org/

Notes

[1] La Mixteca est une zone partagée entre les États de Puebla, du Guerrero et d’Oaxaca, le mot mixteca, signifie précisément « le lieu ou le pays des Nuages ».

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