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Déclaration de Vícam pour la défense de l’eau, de la terre et de l’autonomie des peuples originaires

Congrès national indigène

lundi 29 novembre 2010

Déclaration de Vícam pour la défense de l’eau, de la terre et de l’autonomie des peuples originaires

CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE

Réunis dans la demeure du Yaqui, les peuples, tribus et nations purhépecha, nahua, wixarica, coca, o’odham, yaqui, mayo-yoreme, mixtèque, triqui, tsotsil et otomí, avec des membres de la société civile mexicaine et de divers pays d’Amérique, d’Asie et d’Europe pour tenir le Premier Forum national pour la défense de l’eau, et reconnaissant que :

1. L’eau, notre mère et notre père, est le fondement avec la terre, la chaleur et l’air, de nos vies et de tout ce qui naît et tout ce qui vit ; et par conséquent, ce n’est pas une chose qu’on pourrait vendre et acheter comme le prétend le brutal capitalisme qui assassine notre mère la terre.

2. La terre, l’eau et tout ce qui naît en elles font partie des territoires immémoriaux de nos peuples et sont inséparables entre eux, même si le néolibéralisme, dans sa soif de profit, cherche à briser la terre pour faciliter l’appropriation privée de chacun de ses éléments, en les transformant en simples marchandises.

3. Les grandes entreprises nationales et étrangères, avec le concours de l’État mexicain, cherchent à s’approprier les territoires de nos peuples et les biens de la nation, en créant des lois, des politiques et des actions pour la privatisation capitaliste des eaux, des fleuves, des plages, des mers, des lagunes, des sources, des terres, des forêts, des minerais, des plantes et des savoirs traditionnels.

4. Lors de la Rencontre des peuples indigènes d’Amérique, réalisée les 11, 12, 13 et 14 octobre 2007 en ce territoire de la tribu yaqui [1], nous nous étions mis d’accord pour refuser la guerre de conquête et d’extermination capitaliste imposée par les entreprises transnationales et les organismes financiers internationaux, en complicité avec les grandes puissances et les États nationaux.

De la même manière, nous nous mettons d’accord pour refuser la destruction et le pillage de notre mère la terre à travers l’occupation de nos territoires pour la réalisation d’activités industrielles, minières, agro-industrielles, d’urbanisation sauvage et d’infrastructure, ainsi que la privatisation de l’eau, de la terre, des forêts, des mers et des côtes, de la diversité biologique, de l’air, de la pluie, des savoirs traditionnels et de tout ce qui naît sur notre mère la terre, en nous opposant à la certification des terres, des côtes, des eaux, des semences, des plantes, des animaux et des savoirs traditionnels de nos peuples dans le propos de les privatiser.

Nous faisons la déclaration suivante :

Premièrement. Nous nous opposons à la construction de l’aqueduc du barrage du Novillo par le gouvernement fédéral, le gouvernement de l’État et le chef d’entreprise Carlos Slim, qui prétend amener la quasi-totalité des eaux du fleuve Yaqui à la commune d’Hermosillo pour favoriser les intérêts immobiliers, touristiques et agro-industriels du grand capital. Car l’exécution de ce projet dépouillera de ses eaux, sans consultation préalable, la tribu yaqui, provoquant ainsi la destruction de son territoire et l’extermination définitive de la tribu, ainsi que l’altération profonde de l’équilibre écologique dans le sud de l’État de Sonora et la ruine des agriculteurs de la vallée du Yaqui.

Deuxièmement. Nous refusons la spoliation et l’appropriation privée de l’eau, des fleuves, des ruisseaux, des sources, des eaux profondes, des ruissellements, des lagunes, des marais, des côtes, des mers, des plages et de tout ce qui fait partie des territoires de nos peuples, ainsi que la construction d’aqueducs et de barrages dans le but d’accaparer l’eau et d’en faire un usage commercial. Nous nous opposons catégoriquement à ce que l’eau, fondement de la vie, puisse être accaparée par des intérêts privés et qu’elle soit considérée comme une marchandise susceptible de vente et d’achat. De même nous nous opposons aux lois, règlements et politiques gouvernementales tendant à la privatisation de l’eau.

Troisièmement. Nous manifestons notre droit historique à la libre détermination en tant que peuples, nations et tribus originaires, en respectant les différentes formes que décideront nos peuples pour l’exercice de celle-ci en fonction de leur origine, de leur histoire et de leurs aspirations.

Quatrièmement. En ce moment du centenaire de la Révolution mexicaine, nous disons que cette lutte historique, de même que les précédentes, a coûté beaucoup de sang à nos peuples, et que nous avons obtenu peu, ou rien, en échange du sacrifice qu’ont fait nos plus vieux grands-parents pour construire et libérer la patrie de tous les Mexicains, car les constitutions successives de 1824, 1857 et 1917 ne reconnaissent même pas notre existence.

Cinquièmement. Nous appelons à renforcer l’autonomie de nos peuples en défendant la terre, le territoire, les bois, les eaux, les êtres spirituels et naturels, ainsi que nos propres cultures, et en renforçant nos gouvernements, nos assemblées et nos autorités traditionnelles et agraires selon le principe de commander en obéissant.

Sixièmement. Nous refusons la répression gouvernementale et paramilitaire déclenchée contre nos peuples, et en particulier contre le peuple triqui de l’État d’Oaxaca, les communautés, caracoles et Conseils de bon gouvernement zapatistes du Chiapas, la communauté nahua de Santa María Ostula (Michoacán) et la communauté tsotsil de Mitzitón (Chiapas) ; de même nous nous opposons au déplacement forcé des membres de la Commune autonome de San Juan Copala et à la militarisation de la région triqui, et nous exhortons les femmes, les hommes, les enfants, les anciens et les anciennes du peuple triqui à reconstruire leur unité en tant que peuple, sans distinction d’organisations et sans ingérence des intérêts extérieurs qui provoquent la confrontation au sein du peuple triqui.

Septièmement. Nous exigeons la libération immédiate de tous nos compagnons de lutte que le mauvais gouvernement maintient aujourd’hui en prison pour tenter de faire taire leurs voix.

Huitièmement. Nous saluons la lutte héroïque de la communauté nahua de San Salvador Atenco et manifestons notre soutien total à sa résistance contre les projets qui, obstinément, cherchent à la dépouiller de son territoire.

Neuvièmement. Nous appelons tous les peuples indigènes à continuer la construction et le renforcement du Congrès national indigène comme la maison de nos peuples.

Vícam, territoire de la tribu yaqui, le 21 novembre 2010.

Bien à vous

Les peuples, tribus et nations participant au Premier Forum national et international pour la défense de l’eau

Traduit par el Viejo.

Notes

[1] Voir Le Rendez-vous de Vícam. Rencontre de peuples indiens d’Amérique, de Joani Hocquenghem, éditions Rue des Cascades, Paris, 2008.

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