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Manifeste du Congrès national indigène de la région Centre Pacifique réuni les 5 et 6 mars 2011 à Nurío

jeudi 10 mars 2011

Congrès national indigène

XXIXe réunion élargie de la région Centre Pacifique

Communauté indigène de Nurío, 5 et 6 mars 2011.

Les délégués indigènes des différents peuples, nations, communautés, tribus et quartiers du Mexique : P’urhépecha, Coca, Triqui, Nahua, Ñhaatho’, N’an Cue, Tzeltal, Ñañhu, Ayuuk, Binnizá et Wixárika, réunis et convoqués dans la communauté de Nurío avec la permission de Parajpeni (notre guide de vie), Nana Kuerajperi, Tata Kuerajperi et de Tariata (l’air), Itsï (l’eau), Ch’piri (le feu), Echeri (la terre), notre parole dit : Juchari irekua ka juchari uinapekua (notre vie, notre force) Kungorhentskua, Iretaeri Anhatsekuarhekua (unité, autonomie et résistance des peuples). Nous présentons ce qui suit :

Manifeste

En ces jours qui annoncent un nouveau temps dans la vie de la Terre Mère et de nos peuples, avec la naissance de la nouvelle lune, notre mère la terre se prépare à recevoir les semences qui donneront le départ d’un nouveau cycle, marqué par les semailles du maïs, et celles de notre lutte, qui continueront à nourrir notre existence en tant que peuples d’hommes et de femmes de maïs.

Dix ans après le troisième Congrès national indigène de Nurío, la semence de la dignité et de la résistance lancée dans la Marche de la couleur de la terre, à la tête de laquelle se trouvait l’EZLN avec les peuples, tribus et nations du Mexique, est toujours présente aujourd’hui, comme elle l’est depuis plus de cinq cents ans.

Quinze ans après la signature des Accords de San Andrés, nous ratifions leur reconnaissance comme Loi suprême de nos peuples indiens, par-dessus les lois nationales et celles des États. Continuons à construire l’autonomie à partir de nos peuples, nations, tribus, communautés et quartiers. Le droit millénaire au territoire, nous le défendons dans chaque plage, chaque lac, chaque fleuve, chaque forêt, chaque désert et chaque jungle, parce que la Terre Mère n’est pas une marchandise ; nous, et chacun des êtres qui l’habitent, faisons partie d’elle : ce qui est sacré n’est pas à vendre.

Il a été bien établi dans les Accords de San Andrés, que nous revendiquons et ratifions comme notre Constitution, que l’autonomie est l’expression concrète du droit à la libre détermination et que c’est par elle que les peuples indigènes sont reconnus comme sujets de droit. En outre, les Accords de San Andrés sont la porte qui nous donne l’opportunité de faire par nous-mêmes quelque chose que le gouvernement nous a refusé : nous reconstituer en tant que peuples, créer nos formes d’autodéfense, organiser nos conseils de bon gouvernement, défendre nos terres, nos territoires et nos ressources naturelles.

Les Accords de San Andrés, que nous avons analysés lors de cette session, sont le résultat d’un véritable exercice de dialogue national et de consultation des peuples indigènes du Mexique, grâce à l’initiative et à la convocation de la part l’EZLN. Après la trahison législative d’avril 2001, nous, peuples indigènes qui participons au CNI, avons assumé, reconnu et mis en pratique les Accords de San Andrés comme notre loi suprême. Les Accords de San Andrés reconnaissent et défendent la communalité pour la défense de notre territoire contre les lois néolibérales et privatisatrices.

Les Accords de San Andrés ont orienté notre défense et notre démarche dans les luttes. Leur validité s’exprime dans la lutte de nos peuples, et elle est le chemin de l’autonomie. Nous sommes conscients qu’en matière de droit il n’est plus temps d’exiger quoi que ce soit du gouvernement, car il n’a pas appliqué ce qu’il avait signé dans les Accords de San Andrés ; il est temps de d’exercer dans les faits notre droit à l’autonomie et à la libre détermination.

À partir de la signature des Accords de San Andrés Sakamch’en de los Pobres, ce cheminement de quinze ans qui a fait avancer dans la construction de la libre détermination de nos peuples a été semé du sang de beaucoup de nos frères et sœurs. Sur ce sentier, ils ont marché avec nous et ils nous ont donné leur lumière, ils restent parmi nous bien que nous ne les voyions pas. À présent ils sont nos Ancêtres sacrés qu’un jour nous rencontrerons à nouveau. Le Congrès national indigène n’oublie pas ses morts ; ils sont notre force pour résister à l’assaut du mauvais gouvernement et du grand capital. Ils sont le feu de la vie, ils sont semence et maïs : ils sont l’exemple pour nos enfants et notre jeunesse.

Le Congrès national indigène, la Maison de tous, indépendante et autonome, espace de liberté, de rencontre et de réflexion où va et vient notre parole, la parole qui est histoire, la parole qui est travail, la parole qui est danse, la parole qui est musique, la parole qui est école, la parole qui est terre et qui est mère, la parole qui est dignité, la parole qui est forme et vie autonome.

Le Congrès national indigène est la maison où nous avons partagé des expériences, des tristesses et des joies. C’est là que nous avons construit la fraternité et la rébellion. C’est là que nous avons semé le bien malgré les difficultés auxquelles nous avons été confrontés. Notre cheminement continue, à nous tous et toutes nous continuons d’ouvrir le sillon, ce chemin passe par la réflexion, et l’autonomie est notre récolte dans les faits.

Les peuples et organisations qui ont accompagné le sentier du Congrès national indigène l’ont fait non seulement dans la défense de nos droits, mais aussi au travers de manifestations artistiques comme la peinture murale, la danse, le théâtre et la musique, laissant une trace dans les diverses communautés où se sont réalisés assemblées, ateliers et congrès. Nous reconnaissons l’importance de l’accompagnement de ces artistes, et nous invitons les communautés à continuer à donner vie à nos rencontres au travers de l’art.

En cette XXIXe réunion du CNI a été abordé de manière importante la participation des femmes dans la libération des peuples. Dans cette lutte de libération ne vont pas seulement les hommes, ou les femmes, ou les jeunes ; nous allons tous ensemble.

Le souvenir de notre compañera la commandante Ramona nous oriente dans cette réunion. Les espaces institutionnels nous ont exclus, nous ont ôté la parole, c’est pourquoi au CNI, la Maison de toutes et de tous, nous avons un espace où fleurit notre participation, en tant que femmes, au sein des peuples et du CNI. On a réfléchi sur la manière de participer des femmes dans cette lutte de libération.

La participation des femmes, leur expérience de la vie, de la lutte, le tissage de leur parole doivent marcher au côté de ceux des compañeros du CNI. La construction d’une vie et d’une organisation meilleures pour atteindre le fruit de l’autonomie est irréalisable sans la participation des femmes. Le CNI, c’est le marcher ensemble, en compagnie de la parole, du travail, de la décision et des connaissances des femmes.

La difficulté et la défaite de tout mouvement ont leurs racines dans l’exclusion des femmes. Les Accords de San Andrés, qui sont notre loi, ne sont réalisables qu’avec la participation des femmes.

Exigence et condamnation

Depuis cet espace autonome et indépendant construit par les peuples qui exercent leurs droits collectifs sur la base des Accords de San Andrés, nous exigeons :

Le départ des paramilitaires des communautés de Mitzitón, Candelaria el Alto, et le départ des policiers et militaires de l’ejido de San Sebastián Bachajón, dans l’État du Chiapas. De même que la restitution à la communauté de Candelaria el Alto des 185 hectares, situées à El Desengaño, dont elle a été spoliée en 2005.

La communauté nahua de Santa María Ostula (Michoacán) exige la présentation en vie des frères
- Francisco de Asís Manuel, président du Commissariat aux biens communaux ;
- Javier Martínez Robles et Gerardo Vera Urcino, comuneros ;
ainsi que le respect envers la Police communautaire et les formes d’organisation politique et sociale de la communauté de Santa María Ostula (Michoacán) de la part des autorités de l’État et de la Fédération.

Nous exigeons du Tribunal supérieur de justice de l’État du Guerrero l’acquittement des compañeros :
- Silverio Matías Domínguez,
- David Valtierra Arango,
- Genaro Cruz Apóstol,
membres et fondateurs de la Radio Ñomndaa La Palabra del Agua, ainsi que l’arrêt du harcèlement contre notre radio communautaire.

Nous exigeons la libération d’Alberto Patishtán Gómez et Rosario Díaz Méndez, prisonniers politiques de La Voz del Amate et adhérents à La Otra Campaña, incarcérés respectivement au pénitencier numéro cinq de San Cristóbal de Las Casas (Chiapas) et au pénitencier de Motozintla (Chiapas). Nous exigeons aussi la libération immédiate des six adhérents à La Otra Campaña habitants de San Sebastián Bachajón incarcérés au pénitencier numéro 14, Playas de Catatzajá (Chiapas).

Nous exigeons l’annulation des attributions et concessions d’exploration et d’exploitation minières accordées au niveau national sur nos terres et territoires, comme celles qui ont été accordées dans les États d’Oaxaca et de Guerrero, et comme celle dont a bénéficié l’entreprise canadienne First Majestic Silver Corp., qui affecte le site sacré wixárika de Wirikuta, dans l’État de San Luis Potosí.

Nous exigeons le respect de la communauté wixárika de Tapurie Santa Catarina (Cuexcomatitlán, Jalisco), dans sa décision d’exercer son autonomie.

Nous exigeons l’annulation définitive du projet routier Amatitan-Bolaños-Huejuquilla sur le territoire de Tapurie.

Nous exigeons le respect et la reconnaissance de la communauté indigène coca de Mezcala, ainsi que de son droit sur les terres et les eaux de la communauté, menacé par les projets de privatisation de l’INAH et de la Commission nationale de l’eau.

Nous exigeons le respect du territoire de la communauté p’urhépecha de Cherán et nous nous opposons à l’usage de la violence par les groupes de bûcherons clandestins paramilitarisés. Nous rendons responsables de cette situation les trois niveaux de gouvernement [municipal, de l’État et fédéral] qui refusent de poursuivre et d’appliquer la loi à ces groupes armés. Nous appelons la communauté de Cherán à défendre son unité à travers sa reconnaissance culturelle comme village p’urhépecha.

Nous exigeons le respect et la reconnaissance du droit au territoire et aux ressources naturelles des terres communales pour les villages ikoots de San Mateo del Mar et San Dionisio del Mar, de même que pour les villages binnizá de Juchitán et Unión Hidalgo dans l’isthme de Tehuantepec, contre les privatisations promues par les entreprises dans le mégaprojet du Corridor éolien de l’Isthme oaxaquègne.

Nous exigeons l’annulation de la construction du mégaprojet appelé Supervía Poniente qui affecterait les villages et quartiers de Magdalena Contreras, Cuajimalpa et Álvaro Obregón [agglomération de Mexico].

Accords

- Il est décidé d’un commun accord la réalisation de la XXXe réunion de la région Centre Pacifique du CNI sur le teritoire communautaire de la région Costa Montaña de Guerrero, dans le cadre du XVIe anniversaire de la Police communautaire au mois d’octobre.

- Il est décidé d’un commun accord la réalisation d’ateliers de réflexion dans les États de Guerrero, Oaxaca et Chiapas pendant l’année en cours.

- Il est décidé d’un commun accord la participation du CNI à la rencontre de la Marche de la couleur de la terre, dix ans après, à l’École nationale d’anthropologie et d’histoire les 11 et 12 mars.

Fait en la communauté indigène p’urhépecha de Nurío, le 6 mars 2011.

Plus jamais un Mexique sans nous.

Traduit par el Viejo.
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