Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Lettre à don Javier Sicilia

sous-commandant insurgé Marcos

vendredi 29 avril 2011

Armée zapatiste de libération nationale.
Mexique, avril 2011.

« Et à vous, citoyens, quarante-neuf enfants vous font savoir :

Qu’au Mexique, la justice a retrouvé la vue,
Mais qu’elle ne regarde que de l’œil droit, et en biais.

Que dans ce pays, cette dame est aussi manchote que la Vénus de Milo,
Mais qu’au lieu d’être belle, elle est à faire peur.

Qu’en raison des défauts susdits,
La balance que tenait cette débauchée traîne dans la boue.

Que les sentiments qui ont vu naître la nation mexicaine
Ne vivent plus sous la toge de cette dame justice
Écrite ici exprès en minuscules.

C’est pourquoi, Mexicains, cet escadron ailé vous appelle :

À construire le palais de la Justice de vos propres mains,
Avec votre propre amour et avec la vérité indéfectible.

À casser les murs que dressent les satrapes
Pour faucher nos yeux, nos cœurs et nos bouches.

À lutter jusqu’à ce que notre dernier souffle
Devienne le premier d’un pays
Qui soit le digne paysage de la paix que nous aurons gagnée. »

Juan Carlos Mijangos Noh
(extrait de « 49 ballons »,
à la mémoire des 49 enfants morts à la garderie ABC de Hermosillo, Sonora)

Pour Javier Sicilia,
De Sup Marcos.

Frère et compañero,

Recevez le salut des hommes, femmes, enfants et vieillards indigènes de l’EZLN. Les compañeras et compañeros bases de soutien zapatistes me chargent de vous dire ce qui suit :

En ces moments particulièrement douloureux pour notre pays, nous nous sentons convoqués par la clameur que synthétisent vos courageuses paroles, causées par la douleur du vil assassinat de Juan Francisco Sicilia Ortega, Luis Antonio Romero Jaime, Julio César Romero Jaime et Gabriel Alejo Escalera, et par l’appel que vous lancez à la Marche nationale pour la justice et contre l’impunité, qui partira le 5 mai 2011 de la ville de Cuernavaca (Morelos), et arrivera à la Grand-Place de la ville de Mexico le dimanche 8 mai de cette année.

Bien que nous désirions sincèrement marcher à vos côtés dans la demande de justice pour les victimes de cette guerre, il ne nous est pas possible à présent d’aller jusqu’à Cuernavaca ou Mexico.

Mais, en accord avec nos modestes capacités, et dans le cadre de la journée nationale à laquelle on nous appelle, nous, indigènes zapatistes, nous marcherons en silence dans la ville de San Cristóbal de Las Casas (Chiapas), dans l’exercice de nos droits constitutionnels, le 7 mai 2011. À la fin de la marche silencieuse, nous dirons notre parole en espagnol et dans nos langues originaires, et ensuite nous retournerons à nos communautés, villages et lieudits.

Lors de notre marche silencieuse, nous porterons des banderoles et des pancartes avec les messages suivants : « Halte à la guerre de Calderón », « Assez de sang » et « On en a jusque-là ».

Nous vous demandons la faveur de faire parvenir ces mots aux familles des quarante-neuf enfants morts et des soixante-dix blessés dans la tragédie de la garderie ABC de Hermosillo (Sonora) ; aux dignes Mères de Ciudad Juárez ; aux familles Le Baron et Reyes Salazar de Chihuahua ; aux familles et amis des victimes de cette guerre déchaînée ; aux défenseurs des droits humains des nationaux et des migrants ; et à toutes celles et tous ceux qui appellent à cette Marche nationale pour la justice et contre l’impunité.

Répondant à votre appel à nommer les victimes innocentes, nous nommons aujourd’hui les petites filles et petits garçons morts à la garderie ABC de Hermosillo (Sonora), qui attendent toujours la justice :

María Magdalena Millán García
Andrea Nicole Figueroa
Emilia Fraijo Navarro
Valeria Muñoz Ramos
Sofía Martínez Robles
Fátima Sofía Moreno Escalante
Dafne Yesenia Blanco Losoya
Ruth Nahomi Madrid Pacheco
Denisse Alejandra Figueroa Ortiz
Lucía Guadalupe Carrillo Campos
Jazmín Pamela Tapia Ruiz
Camila Fuentes Cervera
Ana Paula Acosta Jiménez
Monserrat Granados Pérez
Pauleth Daniela Coronado Padilla
Ariadna Aragón Valenzuela
María Fernanda Miranda Hugues
Yoselín Valentina Tamayo Trujillo
Marian Ximena Hugues Mendoza
Nayeli Estefania González Daniel
Ximena Yanes Madrid
Yeseli Nahomi Baceli Meza
Ian Isaac Martínez Valle
Santiago Corona Carranza
Axel Abraham Angulo Cázares
Javier Ángel Merancio Valdez
Andrés Alonso García Duarte
Carlos Alán Santos Martínez
Martín Raymundo de la Cruz Armenta
Julio César Márquez Báez
Jesús Julián Valdez Rivera
Santiago de Jesús Zavala Lemas
Daniel Alberto Gayzueta Cabanillas
Xiunelth Emmanuel Rodríguez García
Aquiles Dreneth Hernández Márquez
Daniel Rafael Navarro Valenzuela
Juan Carlos Rodríguez Othón
Germán Paúl León Vázquez
Bryan Alexander Méndez García
Jesús Antonio Chambert López
Luis Denzel Durazo López
Daré Omar Valenzuela Contreras
Jonathan Jesús de los Reyes Luna
Emily Guadalupe Cevallos Badilla
Juan Israel Fernández Lara
Jorge Sebastián Carrillo González
Ximena Álvarez Cota
Daniela Guadalupe Reyes Carretas
Juan Carlos Rascón Holguín

Pour elles et eux, nous demandons justice.

Parce que nous, nous savons bien que nommer les morts est une façon de ne pas les abandonner, de ne pas nous abandonner.

Don Javier,

Sachez que nous lançons aussi un appel à nos compañer@s de La Otra au Mexique et à ceux qui se trouvent dans d’autres pays pour qu’ils se joignent à cette mobilisation.

Nous serons attentifs à ce qui va se passer pour apporter le soutien que nous pourrons.

Bien. Santé, et n’oubliez pas que vous n’êtes pas seul-e-s.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos,
Mexique, avril 2011.

Traduit par el Viejo.
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