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Michoacán

Guerre contre le peuple nahua de Santa María Ostula : seize comuneros tués ou disparus depuis six mois

lundi 13 juin 2011

Pour les peuples en lutte, la réponse est une guerre à mort.

Le bilan de la guerre contre Ostula : seize comuneros tués ou disparus dans les six derniers mois, des dizaines de veuves, d’orphelins et de familles déplacées, et la suspension indéfinie des cours dans les écoles.

Au peuple du Mexique et aux peuples du monde,
À la Caravane nationale pour la paix dans la justice et la dignité,
À la Commission interaméricaine des droits humains,
Aux peuples indigènes du Mexique,
Au Congrès national indigène,
À La Otra Campaña,

Ce 29 juin il y aura deux ans que notre communauté, avec le soutien des communautés sœurs nahuas de Pómaro et El Coire, a récupéré plus de mille hectares correspondant au lieudit Xayakalán, depuis plus de quarante ans envahi par de riches caciques de La Placita (Michoacán), a commencé la fondation du village et campement en résistance de Xayakalán, a freiné les mégaprojets routier et touristique que prétendaient imposer sur le territoire nahua tous les niveaux de gouvernement, et a mis un coup d’arrêt à la décision de l’État de dépouiller Ostula de presque dix mille hectares de terres et de bois communaux.

Cela fera deux ans aussi que notre communauté, s’appuyant sur le Manifeste pour l’autodéfense indigène du Congrès national indigène, a résolu de clore tout son territoire et d’exercer pleinement l’autonomie et l’autodéfense indigènes à travers la reconstitution de sa police communautaire traditionnelle et de la formation d’un corps de garde communal qui a dirigé la reprise des terres, plages et bois qui nous avaient été injustement arrachés, et qui actuellement sont protégés par cette garde.

Depuis le 29 juin 2009 nous avons subi le harcèlement et les constantes agressions de groupes paramilitaires qui poursuivent, assassinent et font disparaître des membres de notre communauté et des communautés voisines dans une totale impunité. Signalons en particulier les disparitions forcées du compañero Francisco de Asís Manuel, président des biens communaux de Santa María Ostula, et des comuneros Javier Martínez Robles et Gerardo Vera Orcino.

Deux ans après ces journées de lutte, historiques pour le peuple nahua occidental, nous dénonçons le fait que les gouvernements de l’État et de la Fédération n’ont pas garanti l’existence de notre police communautaire, ni reconnu la propriété communale du lieudit Xayakalán. Au contraire, ils ont réalisé des campagnes permanentes de désarmement et d’arrestations de comuneros en possession d’armes, y compris avec la participation d’agents étasuniens, tandis que les groupes de la délinquance organisée qui dominent dans la région et au Michoacán agissent à leur guise, protégés par les corps de police de l’État et par l’omission complice de l’Armée de terre et de la Marine nationale du Mexique.

Au mois de septembre 2010 notre communauté a obtenu de la Commission interaméricaine des droits humains des mesures préventives en rapport avec les disparitions de Francisco de Asís Manuel, Javier Martínez Robles et Gerardo Vera Orcino. Cela a amené un peu de calme, c’est pourquoi au mois d’octobre 2010 notre communauté a entamé un dialogue avec le ministère fédéral de la Réforme agraire et le ministère de l’Intérieur de l’État pour tenter de débloquer la problématique des terres récupérées à Xayakalán. Quelques jours après, les deux gouvernements ont proposé à notre communauté la « libération » de 22 hectares qui font partie de notre propriété immémoriale, mais qui, en 1967, ont été attribuées à l’ejido (communauté) Salinas, de La Placita, et ils ont offert des contreparties pour 40 millions de pesos.

Au début décembre 2010, l’assemblée générale de la communauté a décidé de refuser la remise de toute somme d’argent de la part des gouvernements de l’État et de la Fédération pour résoudre le problème des terres, considérant que le sang de nos frères disparus et tués n’est pas négociable et n’a pas de prix, pas plus que n’en a un la terre mère.

En revanche, notre communauté a commencé une consultation parmi les femmes, les hommes, les enfants qui sont membres de la communauté, pour chercher, au cas où le consensus communal en déciderait ainsi, une proposition qui permette de construire la paix avec les membres de l’ejido et la population métisse de La Placita.

Cependant, la consultation que nous avons menée avec bien des difficultés ces mois-là a été éclaboussée de sang et de douleur pour la communauté d’Ostula :

1. Le 10 décembre 2010, le comunero Horacio Martínez Ramos a été enlevé sur la route côtière numéro 200 et ensuite assassiné.
2. Le 1er et le 6 janvier 2011 ont été assassinés respectivement les comuneros Ernesto Nicolás López et Pedro Nazario Domínguez.
3. Le 1er février a été assassiné le comunero Pedro Guzmán, et le 20 février un commando a essayé d’assassiner dans le village d’El Faro le comunero Semeí Verdía, qui est membre de la Commission communale de dialogue sur la question agraire de la Communauté, et se trouve actuellement hors d’Ostula.
4. Le 20 mars ont été assassinés le vieillard Isidro Mora Domínguez et Feliciano Cirino Domínguez.
5. Le 8 avril a été enlevé à El Ranchito (Michoacán), le comunero mineur Enrique Domínguez Macías. Jusqu’à présent, on ignore où il se trouve.
6. Le 2 mai, les jeunes comuneros Jonathan et Fortino Verdía Gómez ont été brûlés et assassinés près d’El Faro.
7. Le 13 mai, les comuneros et professeurs Francisco et Ambrosio Verdía Macías, le premier directeur de l’école primaire d’Ostula, ont été enlevés sur la route côtière numéro 200 et assassinés à El Faro. Depuis ce jour, les cours sont suspendus dans les écoles d’Ostula.
8. Le 28 mai, le comunero Nicolás de la Cruz, premier commandant du troisième groupe appartenant à la garde communale qui a repris Xayakalán le 29 juin 2009, et son fils Rafael de la Cruz ont été pris en embuscade et assassinés.
9. Le 29 mai, le comunero Juan Faustino, premier commandant du deuxième groupe appartenant à la garde communale qui a repris Xayakalán le 29 juin 2009, a été assassiné.

Devant la pression constante du gouvernement de l’État pour que notre communauté arrive à un accord « qui mette fin à ce qui est en train de se passer » en cédant une partie de ses plages, nous nous demandons : et après ? Qui sera la prochaine victime ? Que doit-il encore arriver pour qu’on respecte nos droits sans cesse violés ? Quels crimes doivent se produire pour qu’on accorde des garanties à notre police communautaire ? Qui châtiera le gouvernement du Michoacán et les corps de troupes fédéraux détachés dans la région pour leur silencieuse complicité dans l’extermination de notre communauté ?

Est-ce que par hasard ce qui se passe à Ostula est le prix que nous devons payer - comme certaines voix menaçantes l’ont suggéré à mots couverts - pour l’audace de nous être dressés afin de sauver nos terres, notre existence et notre dignité, pour l’exercice des droits les plus élémentaires qui, en n’importe quel endroit du monde, sont ceux de tout être humain ?

Est-ce la punition qu’on veut nous infliger pour nous être rebellés contre tant d’injustice, de spoliations, de racisme et de violence accumulés non pas pendant des années, mais pendant une longue nuit qui dépasse à présent les cinq cents ans ? Parce que nous le vivons tous les jours, et nous le crions : la guerre contre le narcotrafic n’est qu’une mascarade pour que ce juteux négoce continue d’exister, tandis que la violence se répand de plus en plus dans tous les peuples de ce pays qu’est le Mexique, dans le but que quelques-uns volent ce qui reste du patrimoine de nos communautés et de la nation.

Nous le disons clairement : la solution, c’est l’autodéfense et l’exercice de l’autonomie. À Xayakalán, où fonctionne pleinement notre police communautaire, il n’y a pas de violence ni d’assassinats. Ceux-ci se sont produits principalement sur la route côtière numéro 200, qui est sous la surveillance fédérale, et dans des villages hors de notre territoire. Il est important de rappeler que tant qu’Ostula a établi et maintenu pour elle-même un état de siège qui, après de grands sacrifices, a duré près de trois mois, il n’y a pas eu un seul crime dans toute la communauté.

Pour toutes les raisons ci-dessus exposées, et parce que les outrages et crimes commis contre Ostula font partie d’une longue chaîne d’outrages et de crimes commis contre les peuples de tout le Mexique, nous annonçons notre participation à la Caravane nationale pour la paix dans la justice et la dignité et, bien qu’en ce moment difficile nous ne puissions être physiquement avec vous, nous annonçons aussi notre adhésion au pacte citoyen que vous signerez le 10 juin 2011 à Ciudad Juárez (Chihuahua).

Dans le but de faire savoir que nous ne nous rendons pas, que nous sommes toujours vivants et que nous avons un besoin urgent de l’accompagnement de la société civile, nous vous invitons ce 29 juin, à partir de 10 heures, au campement en résistance de Xayakalán, au deuxième anniversaire de la récupération de nos terres communales, de la fondation du village-campement en résistance de Xayakalán et de la formation de la police communautaire et de sa garde indigène communale ; ce sera l’occasion d’exiger l’arrêt de la répression contre le peuple nahua de la côte et l’urgente présentation en vie de nos compañeros disparus.

Respect de la totalité de nos terres communales !
Respect de notre police communautaire et de sa garde communale !
Présentation en vie du compañero Francisco de Asís Manuel, président des biens communaux de Santa María Ostula, et des comuneros Javier Martínez Robles et Gerardo Vera Orcino !
Châtiment des coupables de l’assassinat du professeur Diego Ramírez Domínguez !
Halte à la séquestration et à l’assassinat de comuneros d’Ostula !
Châtiment des coupables de la répression contre Santa María Ostula !

Santa María Ostula (Michoacán), le 8 juin 2011.

Terre et liberté

La Commission pour la défense des biens communaux de la Communauté indigène de Santa María Ostula

Traduit par el Viejo.
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