Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Chiapas : entretien avec le CSPCL

mercredi 1er décembre 1999

Il est assez affligeant de constater que les « grands » médias s’intéressent uniquement à la guerre de Tchétchénie (après le Timor-Oriental avec trente ans de retard ; et le Kosovo de manière très partiale) alors que les conflits abondent encore sur notre planète. Ainsi au Mexique, les Indiens du Chiapas, dans leur volonté d’autonomisation vis-à-vis du pouvoir central, sont confrontés depuis des années à une guerre larvée de la part de l’armée fédérale. Ce mois-ci, l’Ornitho s’entretient avec Marc Tomsin, membre très actif du CSPCL (Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte), qui nous brosse un tableau de ce mouvement dit néozapatiste à travers l’histoire de ses luttes, son projet d’émancipation, son « esprit » d’ouverture, sa situation précaire, ainsi que des actions de soutien des collectifs français.

L’ornitho : Comment le mouvement néozapatiste a-t-il commencé ?

MT : Au départ, il y a eu un petit groupe, vraisemblablement non indien, qui est arrivé là-bas plein d’illusions sur les possibilités de luttes, voire de guérilla, illusions qui sont rapidement tombées et se sont transformées en un apprentissage en sens inverse, c’est-à-dire que, pour résister, survivre dans la jungle, dans la selva, ils ont dû écouter, suivre les conseils des Indiens qu’ils rencontraient dans les communautés et, à partir de là, le mouvement a réellement pris naissance. De ce noyau d’origine, il n’est pratiquement resté personne sauf celui qui a pris pour nom « sous-commandant insurgé Marcos ». En revanche, à partir des revendications, des luttes indiennes du Chiapas et de cette zone en particulier, la Selva Lacandona et les Altos, s’est développé un mouvement d’autodéfense clandestin. Autodéfense, car les Indiens en lutte perpétuelle pour la terre, pratiquant, comme cela s’est fait dans beaucoup d’autres endroits dans le monde, les occupations de terres, avaient à subir les agressions armées des gardes blanches, c’est-à-dire les mercenaires payés par les grands propriétaires. Ensuite, il y a eu l’idée de passer par d’autres moyens pour réaliser leurs demandes : la terre évidemment, la santé, l’éducation, la justice, la démocratie...

L’ornitho : Que sait-on du petit groupe d’origine ?

MT : Il semblerait que le petit groupe arrivé au début des années 1980 était d’« extrême gauche », avec tous ces schémas qu’on peut appeler avant-gardistes, sur des bases de type guévaristes ou/et marxistes-léninistes. Plutôt des intellectuels, très probablement venant des luttes étudiantes, et donc de l’université.

L’ornitho : Ensuite, la date vraiment importante, c’est le 1er janvier 1994

MT : Oui, mais il ne faut pas oublier qu’entre les discussions qui ont formé le petit mouvement d’origine et le passage à l’insurrection déclarée de 1994, il y a un très long cheminement. Marcos cite entre autres le rôle des femmes, qui ont mené le premier combat, à l’intérieur même de l’EZLN, pour que soient reconnus leurs droits à part entière, en tant qu’être humain, ce qui voulait dire mettre en question une partie des traditions indiennes elles-mêmes. Pour en arriver à préparer une insurrection qui a mis en marche des milliers d’individus, il s’est passé beaucoup de choses. Dans ces régions d’agriculture de montagne, de jungle, il y a des centaines d’organisations paysannes et indigènes, qui ont à un moment basculé dans le camp des zapatistes. Le 1er janvier 1994 met en mouvement au moins dix mille hommes et femmes qui convergent sur les principales villes du Chiapas - sauf la capitale administrative, Tuxtla -, qu’ils occupent pendant quelques jours. Sachant qu’ils risquaient leur vie, ils jouaient leur va-tout pour faire connaître à tout le Mexique et, par la suite, au monde entier, ce qu’ils n’avaient d’ailleurs sûrement pas prévu, les conditions de leur survie.

L’ornitho : Cette date était symbolique ?

MT : L’ALENA [1] avait été signé deux ans auparavant et la date du 1er janvier 1994 correspondait à son entrée en vigueur. Même si ses principales clauses, qui aggravaient la situation des communautés indiennes - notamment la suppression de l’article 27 de la Constitution sur la propriété communale de la terre (l’ejido), qui est essentielle -, étaient déjà effectives, cette date n’était pas seulement un symbole, mais aussi ce qui déclenchait la rébellion. Cela a permis, en outre, de toucher les États-Unis et le Canada, "partenaires" du Mexique dans cet accord de libre-échange.

L’ornitho : Que se passe-t-il ensuite ?

MT : Toute l’année 1994, à partir du 12 janvier, où le gouvernement a décrété un cessez-le-feu, et jusqu’au début de 1995, on assiste à la mise en place d’une zone zapatiste, dans laquelle les forces fédérales n’interviennent pas, et cela suite au fameux « dialogue de la cathédrale », à San Cristóbal - sous la médiation de l’évêque Samuel Ruiz -, où l’on a découvert quelqu’un qu’on oublie un peu maintenant, une petite femme indienne nommée Ramona, qui a impressionné tout le monde : il n’y a pas que Marcos comme figure de cette rébellion. Mais, le 9 février 1995, il y a rupture de la trêve par le gouvernement, qui déclenche une attaque contre les principales communautés zapatistes, mais ne parvient pas à capturer ou détruire le « commandement » des insurgés, de fait et volontairement dispersé.

L’ornitho : Et c’est cela qui vous a mobilisés ?

MT : Oui, le CSPCL s’était créé en janvier 1995 et il a dû faire ses « premières armes » dans la rue à cette occasion. Au départ, il y avait des étudiants de la CNT, un collectif qui n’existe plus, Tribal Act - qui travaillait sur les droits des peuples autochtones -, une initiative de solidarité avec une coopérative de femmes au Chiapas et encore bien d’autres sensibilités, dans l’ensemble libertaires. Ce qui a cimenté la mobilisation, ça a été cette offensive militaire. Une autre date importante, à la fois pour le mouvement zapatiste au Mexique et pour le Comité de solidarité à Paris, c’est la préparation de la rencontre intercontinentale de l’été 1996 : à Berlin d’abord, fin mai, où nous étions quelques milliers, venus de toute l’Europe, rencontre très riche mais de laquelle il n’est malheureusement pas sorti grand-chose d’effectif. Ensuite, il y a eu celle du Chiapas qui, à son tour, a déplacé quelques milliers de personnes, cette fois du monde entier, mais qui, à mon sens, est restée un peu en suspens sur des intentions, réelles mais peu concrétisées. Ces rencontres ont posé plus de questions qu’apporté de réponses. Mais c’est à partir de là qu’on a beaucoup parlé de ce qui se met en pratique maintenant, par rapport à Seattle par exemple : la mise en réseau de tous les mouvements à travers la planète, la convergence des luttes. Toutes ces réflexions ont commencé à se diffuser. Il y a eu médiatisation de la rencontre au Chiapas de la même façon qu’il y a médiatisation de ce qui s’est passé à Seattle. Mais l’aspect spectaculaire peut être trompeur et donner des illusions. Il faut voir ce qui va sortir de la mobilisation de Seattle.

L’ornitho : Une autre date importante est fin 1996. N’était-ce pas un peu étonnant de voir les mandataires zapatistes rencontrer des gens de la gauche institutionnelle quand on sait qu’un des slogans du zapatisme c’est « commander en obéissant », qu’ils pronent une structure très horizontale de la société ?

MT : Oui et de plus, en deux semaines de séjour en France, ils sont restés à Paris (mis à part une soirée culturelle à Brest), alors qu’il y avait des collectifs à Toulouse, à Marseille, à Lyon, au Havre... Et les organisateurs de cette visite leur avaient fait un calendrier de ministre, ils avaient des rendez-vous du matin au soir avec des journalistes, des dirigeants de grandes organisations politiques, syndicales et humanitaires, bref la gauche institutionnelle. Ils ne sont, par contre, pas allés voir la CNT, seul syndicat qui était descendu dans la rue pour soutenir l’insurrection. Et tout cela pour un résultat nul ! Mais le pire est que cela a créé un malentendu entre les collectifs de solidarité et les envoyés zapatistes. Cela s’est terminé par une occupation, très zapatiste dans sa forme, du théâtre de l’Odéon, le 11 novembre 1996, par des sans-papiers, accompagnés de gens de collectifs divers, de la CNT, des autonomes, des chômeurs (AC !), des intermittents du spectacle, des travailleurs africains du foyer Nouvelle-France de Montreuil, en lutte contre la municipalité. Et ça c’est fait sous le signe de la rencontre des luttes. C’était une sorte de cadeau que nous voulions faire aux deux zapatistes, Javier Elorriaga et Elisa Benavides, qui semblaient s’ennuyer ferme dans des soirées très guindées, pardon des rencontres très officielles avec des représentants très officiels. Et là, on a fait jouer la spontanéité, et ils pouvaient enfin rencontrer et entendre, comme c’est normalement le souhait des zapatistes, ceux qui luttent ici, ceux qui sont dans la pire des situations ici, qui eux-mêmes voulaient les écouter. C’est ce que nous avons provoqué. Évidemment, ça n’a pas plu à tout le monde. Certains ont considéré que c’était une agression.

L’ornitho : Quels enseignements les zapatistes en ont-ils tirés ?

MT : Depuis, par exemple à la rencontre intercontinentale en Espagne, en 1997, ou, début décembre, à Belem, au Brésil, l’EZLN envoie des représentants qui sont réellement des Indiens du Chiapas, d’anonymes zapatistes, des bases paysannes. Et ça se passe très bien. Les malentendus qu’il y a pu y avoir avec Elorriaga, sans mettre en cause d’ailleurs son honnêteté, tenaient beaucoup à ce qu’il est lui aussi un professionnel des médias. Il est entré dans un processus qu’il ne devait pas souhaiter lui-même, problème qui ne se pose pas quand viennent des Indiens des communautés.

L’ornitho : Car le type de démocratie prôné au Chiapas ne fonctionne pas comme nos démocraties ?

MT : Nous appelons ce qui se pratique dans les communes autonomes la démocratie directe : l’assemblée, qui est permanente. Dès qu’il y a un problème à résoudre, ça passe par l’assemblée, où tout le monde peut s’exprimer et discuter jusqu’à avoir trouvé la solution. Cette idée de la discussion commune jusqu’à un accord est un élément culturel immémorial dans les communautés indiennes (il faut relire Traven), et pas seulement du Chiapas. En revanche, elle avait un certain nombre de limites, comme le rôle ou la parole des femmes dans les assemblées. C’est ce dépassement qu’a sans doute apporté l’EZLN. Contrairement à ce que disent certains antizapatistes, comme les marxistes d’ultragauche qui ont écrit la brochure Au-delà des passe-montagnes du Sud-Est mexicain [2] - qui rejoignent curieusement sur l’essentiel le journaliste néolibéral Bertrand de La Grange [3] -, l’EZLN n’est ni un mouvement indigéniste ni une organisation marxiste-léniniste. C’est un mouvement indigène mais qui ne revendique pas une culture achevée, qui revendique au contraire un chemin qui continue et une ouverture, et pas seulement une ouverture intérieure, mais aussi une ouverture à l’extérieur sur les relations avec les autres peuples, les autres cultures. Et c’est vraiment pour cela que nous continuons à être avec ce mouvement et que nous ne sommes pas un comité de solidarité comme il y a eu avec les sandinistes, au Nicaragua, avec le Front Farabundo Marti, au Salvador, c’est-à-dire un comité de soutien à un mouvement politique. Car, dans le soulèvement des communautés zapatistes mêmes, il y a cette demande de rencontre, de dialogue, de croisement des cultures.

Et c’est en cela que ça a posé des problèmes dans les comités de solidarité, car certains refusaient d’entrer dans les affaires politiques internes des mouvements qu’ils soutenaient. Ainsi, en 1995, l’EZLN nous a consultés sur des questions politiques intérieures, lorsqu’ils ont envisagé de transformer l’armée zapatiste en force politique, alors que nous ne sommes ni mexicains, ni indiens, ni zapatistes. Mais nous, nous nous avons été heureux de cela.

L’ornitho : La scission entre le CSPCL et Ya Basta ! ?

MT : L’occupation de l’Odéon n’était qu’un révélateur de conceptions assez différentes de la solidarité et des tâches de la solidarité. Mais les divergences préexistaient, et cette scission est sûrement une bonne chose. La multiplication des collectifs peut amener une meilleure harmonie. Au lieu de se forcer à penser tous la même chose.

L’ornitho : Il y a une certaine complémentarité ?

MT : Oui, c’est évident. Ils font très bien un boulot d’information à travers leur bulletin, que nous n’avons pas envie de faire. En revanche, on fait d’autres choses et on se retrouve quand il le faut. Quant à la conception fondamentale politique, le CSPCL est sur la base de l’autonomie du mouvement social. Ça veut dire quoi l’autonomie ? La non-instrumentalisation de ce mouvement par les organisations politiques. Et nous y tenons fort, alors que les camarades de Ya Basta ! ne conçoivent pas les choses de la même manière et gardent une sorte de respect pour les institutions politiques. Est-ce qu’on peut s’adresser à un haut-commissaire des droits de l’homme aux Nations unies pour essayer de freiner la répression, la guerre de "basse intensité" dont sont victimes les zapatistes de la part du gouvernement mexicain ? Moi, j’ai franchement des doutes. Je ne peux pas imaginer qu’entre l’ONU et l’actuel pouvoir mexicain il y ait divorce. Ni avec l’Union européenne. Ils viennent de signer un accord de libre-échange Mexique-Union européenne. Il y a une vague clause démocratie-droits de l’homme. On peut envoyer tous les parlementaires qu’on voudra là-bas. On va les balader, on les amènera dans les communautés, et ils vont dire que tout va très bien, ils l’ont déjà dit. Heureusement, de temps en temps, il y a de mauvaises têtes - comme Aline Pailler, qui a fait du barouf au Parlement européen, qu’il faut saluer -, mais elles sont ultraminoritaires.

L’ornitho : Revenons au Chiapas. Quel avenir, alors qu’il y a des divisions dans un certain nombre de communautés ?

MT : Il y a une politique de la part du gouvernement mexicain et de ses conseillers du Pentagone en matière de contre-insurrection, qui consiste à diviser les communautés. Ils ont fini par comprendre que l’EZLN n’était pas une bande de guérilleros et qu’ils n’en viendraient pas à bout avec les armes traditionnelles qui ont fait tomber « Che » Guevara, etc. Ils ont compris que la force des zapatistes, c’était d’être des communautés entières : les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards. Et Marcos ajoute même, quand il s’amuse : les vaches, les poulets, les canards... sont zapatistes. Les arbres aussi sans doute. Donc, la meilleure arme contre ce mouvement des communautés, c’est de les diviser. Pour cela, l’armée, environ 70 000 soldats, et les paramilitaires accentuent les problèmes d’alimentation ; ils mettent des barrages partout ; ils pillent ou détruisent les récoltes ; violent et provoquent... Dans certaines communautés, il y en a qui sont au bout du rouleau. Et là, jouer l’inverse : offrir des terres, des vaches, des armes, de l’argent à certains. Cela finit par provoquer des divisions.

Ce qu’il y a de plus important et ce qui fait que le CSPCL continue, ce n’est pas l’appui à un mouvement armé, mais la participation qu’on peut avoir à un mouvement d’organisation autonome de la vie des communautés. Ce qui fait qu’actuellement plus de la moitié des participants actifs de ce comité sont soit là-bas, soit pas loin, par exemple à Belem, au Brésil, ou aux États-Unis, reliés au mouvement de soutien à Leonard Peltier ou à Mumia Abu-Jamal, bien sûr.

L’ornitho : Y a-t-il une pression internationale sur le Mexique pour empêcher cette guerre larvée ?

MT : Certains pensent qu’elle existe ; certains pensent même la mettre en pratique. C’est un autre point, non pas de désaccord, mais de divergence, de différenciation, entre, par exemple, le CSPCL et d’autres collectifs, en France ou en Europe : on ne se considère pas comme un lobby. Nous n’avons aucune illusion sur la capacité de pression que nous pouvons avoir sur les gouvernements des États dans lesquels nous vivons. Personne ne sait ici, mais ça a fait de grands titres dans la presse mexicaine, que Lionel Jospin vient de recevoir à Matignon des représentants d’une organisation indienne du Chiapas, associée avec les zapatistes, Xi’nich. Certainement parce qu’ils devaient avoir un fond de mauvaise conscience, nos chers gouvernants de la gauche plurielle leur ont décerné un obscur prix, genre droits de l’homme. Et il n’y a pas eu la moindre ligne dans la presse française. Cela fait aussi penser à une organisation comme France Libertés et à son rôle. Comment peut-on être la veuve d’un président de la République qui a vendu des armes au Mexique pendant des années, a soutenu le pouvoir mexicain, dire que François Mitterrand était le meilleur des hommes, d’un côté, et, de l’autre, aller se promener dans les communautés pour dire « c’est vraiment bien votre résistance, votre insoumission ». C’est un problème de schizophrénie... Nous, on refuse le lobbying. Nous serions très mauvais dans ce rôle. Nous ne saurions pas mettre une cravate pour aller voir les députés. Nous ne saurions pas trouver les mots qu’ils aiment entendre, à savoir décrire une situation de victimes, alors que nous sommes avec, non pas des victimes, mais celles et ceux qui se sont rebellés, qui construisent leur vie... Le seul langage que semblent pouvoir entendre les gouvernants en général, c’est le misérabilisme.

L’ornitho : La plupart d’entre vous êtes engagés dans des actions en parallèle du CSPCL ?

MT : C’est fondateur après la scission de 1996. Ceux qui ont maintenu le CSPCL l’ont fait sur l’idée de la rencontre, de la convergence des luttes. Dans nos réunions, nous faisons circuler les informations, par exemple, sur les OGM, le nucléaire, les sans-papiers, le mouvement des chômeurs...

L’ornitho : Quel a été le rôle d’Internet dans le néozapatisme ?

MT : Il y a maintenant des études assez poussées sur la relation entre Internet et la solidarité avec les zapatistes, menées pour le Pentagone, sur ce curieux phénomène d’une rébellion locale, indigène, et son développement à travers la planète entière via les réseaux d’Internet, la netwar, espèce de première cyberguerre. Même si, en France, nous avons du retard, le site du CSPCL n’a démarré que fin 1997, on est sidéré par le nombre de relais des zapatistes sur tous les continents, y compris des sites personnels très bien faits. Nous utilisons ce média non seulement pour faire connaître nos actions mais, plus encore, pour nous tenir informés de l’évolution de la situation là-bas, parce qu’il est clair que ce n’est pas à travers la presse française qu’on va savoir quelque chose.

L’ornitho : Peut-on dire que c’est une arme du mouvement ?

MT : Oui, on peut même dire qu’elle se développe. J’ai peut-être été un peu négatif sur la rencontre « intergalactique » de 1996, car la Déclaration de La Realidad, qui en est sortie, parle de la constitution d’un réseau dépourvu de centre de direction, et la structure d’Internet reflète très bien l’horizontalité de nos mouvements. Actuellement, le meilleur moyen de faire trembler, de faire reculer, les pouvoirs, qu’ils soient économiques, politiques ou militaires, c’est le développement de réseaux de solidarité, pour montrer, entre autres, les correspondances qu’il y a entre une lutte de grévistes en France et celle de paysans indiens au Chiapas. Il y a de mêmes causes, qu’on peut appeler néolibéralisme, capitalisme ou encore société marchande.

Arnaud et Sinclair

Notes

[1] Accord de libre-échange nord-américain, entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

[2] "Ab irato", Paris,1996.

[3] Sous-commandant Marcos, la géniale imposture, de La Grange et Rico, Plon.

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