Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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MAUVAISES ET PAS SI MAUVAISES NOUVELLES

Novembre 2013

mardi 26 novembre 2013

Aux étudiants qui ont suivi ou veulent suivre le premier niveau de la Petite école Zapatiste :

A qui de droit :

Compañeros, compañeras et compañeroas

Bon comme d’habitude, ils m’ont désigné pour vous apporter les mauvaises nouvelles. Donc, les voilà.

Premièrement.- Les comptes (je vous invite à bien vérifier les additions, les restes et les divisions parce que les mathématiques c’est pas mon fort, enfin je veux dire, c’est pas non plus mon fort) :

A).- Coût du premier niveau en août 2013 pour 1281 élèves : .- Matériel de cours ( 4 livres de textes et 2 Dvd) pour 1281 élèves : $100 000 (cent mille pesos). .- Transport et nourriture pour 1281 élèves du CIDECI à la communauté où ils ont suivi les cours et le retour : $ 339 778,27 (trois cent trente neuf mille sept cent soixante dix-huit pesos et 27 centavos), répartis comme suit :

Coût de chaque zone pour emmener les élèves du CIDECI et les déposer dans chaque village en voiture et les ramener au CIDECI, en plus de l’alimentation des jeunes hommes et femmes qui ont conduit les élèves,

Realidad $ 64 126,00 Oventik $ 46 794,00 Garrucha $ 122 184,77 Morelia $ 36 227,50 Roberto Barrios $ 70 446,00 Total général $ 339 778,27

Note : Oui bien sûr, moi aussi ça m’a fait bizarre les « 77 centavos » , mais c’était comme ça dans les comptes qu’on m’a remis. Peut-être ne sommes-nous pas très au fait des arrondis.

- Transport des 200 gardiens et gardiennes au CIDECI où ils ont donné leur cours et le retour : $ 40 000 (quarante mille pesos). Leur nourriture a été couverte par les camarades du CIDECI-Unitierra. Merci au Doc Raymundo et à tous et toutes les compas du CIDECI, spécialement à celles et ceux de la cuisine (attention : vous me devez les tamales).

Total des coûts des communautés zapatistes pour le cours de premier niveau en août 2013 pour 1281 élèves : $ 479 778,27 (quatre cent soixante dix-neuf mille sept cent soixante dix-huit pesos et vingt sept centavos).

Coût moyen par élève : $ 374,53 (trois cent soixante quatorze pesos et cinquante trois centavos).

B).- Revenu de la Petite école zapatiste :

Revenu de l’enregistrement (la boîte qui était au CIDECI) : $ 409 955 (quatre cent neuf mille neuf cent cinquante cinq pesos).

Monnaie nationale : $ 391 721 Dollar : $ 1 160 Euros : € 175

Revenu moyen par paiement à l’enregistrement de chaque élève : $ 320,02 (trois cent vingt pesos et deux centavos).

Deuxièmement.- Résumé et conséquences :

En moyenne, nous avons soutenu chaque élève à hauteur de $54,51 (cinquante quatre pesos et cinquante et un centavos), somme couverte grâce aux dons solidaires. C’est à dire, que les élèves se sont soutenus les unEs les autres.

Enfin bon, comme on dit, on ne présente pas la note, camarades. C’est grâce à certains et certaines élèves qui ont donné plus des cent pesos obligatoires (certainEs n’ont rien donné) et aux dons de personnes généreuses, qu’on arrive à peine à l’équilibre.

Celles et ceux qui ont donné plus et celles et ceux qui ont fait ces dons extraordinaires, nous les remercions de tout cœur. Et peut-être qu’aussi devraient les remercier celles et ceux qui n’ont pas payé les cent pesos entièrement ou qui n’ont absolument rien donné.

Mais nous savons bien qu’il sera difficile que ça se répète et que certainEs participants paient les cours d’autres, ce qui nous place face à trois options :

a).- Nous fermons la petite école. b).- Nous réduisons le nombre de places à ce que nous zapatistes pouvons couvrir. Le Sous-commandant Insurgé Moisés me dit que ce serait une centaine par Caracol, 500 au total. c).- Nous augmentons le prix et on le rend obligatoire.

Nous pensons que nous ne devons pas fermer la petite école parce qu’elle nous a permis de connaître et de nous faire connaître de gens qu’avant nous ne connaissions pas et qui ne nous connaissaient pas.

Nous pensons que si nous réduisons le nombre de places, beaucoup vont être tristes ou en colère parce qu’ils ont déjà tout préparé pour venir, et voilà qu’ils restent à la porte. Et surtout maintenant que vous savez que l’essence du cours est dans les communautés et les gardiennEs. Et bon, comme c’est moi qui devrais apporter la nouvelle, vous recommenceriez donc à me traiter de tous les noms.

Voilà il ne reste plus qu’à demander que vous payiez ce qui concerne votre transport-alimentation. Nous savons que, en plus de déranger certainEs, ça pourra empêcher plusieurs autres de venir. C’est pourquoi nous vous prévenons à l’avance pour que vous trouviez le moyen de compléter votre addition et/ou celui de vos compas qui veulent et peuvent assister au cours mais à qui il manque de l’argent.

Le coût est maintenant de $ 380 (trois cent quatre vingt pesos) par élève qui devront être payés au moment de l’enregistrement au CIDECI les jours prévus. Si en plus vous voulez apporter un kilo de haricots ou de riz, eh bien nous vous en remercierions.

S’il vous plaît, nous vous supplions, nous vous prions, nous vous implorons de nous dire clairement avec qui vous venez. Combien vous êtes et vos âges, parce que parfois on reçoit des lettres qui disent « je viens avec mes enfants » et quand ils arrivent, c’est bienvenu au casting pour « The walking dead ». Tous ceux et toutes celles qui participent doivent être enregistrés avant, que ce soient des enfants, des adultes, des plus anciens, des morts vivants.

Et dites bien à quelle date vous venez. Il y a 2 dates pour le moment, l’une fin décembre et l’autre début janvier. Il est important de savoir à laquelle vous vous inscrivez parce que, comme vous le savez maintenant, il y a une famille indigène qui se prépare à vous recevoir et à s’occuper de vous, un gardien ou une gardienne qui se prépare pour vous orienter, un chauffeur ou une chauffeuse qui prépare son véhicule pour vous transporter, un peuple entier qui vous reçoit. Et précisez aussi si vous venez dans les communautés ou si vous assisterez au cours au CIDECI de San Cristobal de Las Csas, Chiapas.

Ah et venez écouter et apprendre, parce que il y en a qui viennent donner des leçons de féminisme, de végétarianisme, de marxisme et autres « ismes ». Et maintenant ils sont dégoûtes parce que nous les zapatistes nous n’obéissons pas à ce qu’ils sont venus nous apprendre : que nous devons changer la loi révolutionnaire des femmes comme elles veulent et pas comment le décident les femmes zapatistes, que nous ne comprenons pas les avantages de la marijuana, que nous devons pas faire des maisons en ciment parce que c’est mieux avec de l’adobe et de la paille, que nous ne devrions pas utiliser de chaussures parce qu’en marchant pieds nus on est plus en contact avec la terre-mère. Finalement, que nous obéissions à ce qu’ils sont venus ordonner... que nous ne soyons plus zapatistes quoi.

CAS SPECIAUX : les Anarchistes. Au vu de la campagne Anti Anarchisme menée par les bonnes consciences et la gauche bien portante, unis pour une sainte croisade avec la droite ancestrale afin d’accuser des jeunes et des vieux et vielles anarchistes de défier le système (comme si l’anarchisme avait une autre option), en plus de détruire leur mise en scène (le coup d’éteindre la lumière c’est pour ne pas voir les anarchistes ?), et qu’on atteint des sommets de délire avec des qualificatifs comme « anarco-halcones » (Los halcones étaient un groupe paramilitaire impliqué dans le massacre du 2 octobre 1968, ndt), « anarco-provocateurs », « anarco-porros » (les porros sont des gens payés pour faire le coup de poing contre des mouvements étudiants par exemple, ndt), « anarco-etc » (j’ai lu quelque part le qualificatif « anarco-anarchiste », n’est-ce pas sublime ?), nous, femmes et hommes zapatistes ne pouvons ignorer le climat d’hystérie qui, avec tant d’aplomb, demande et exige qu’on respecte les vitrines (qui ne montrent rien mais occultent ce qui se passe juste derrière le comptoir : conditions de travail proches de l’esclavage, aucune hygiène, mauvaise qualité, faible niveau nutritif, blanchiment d’argent, fraude fiscale, fuite de capitaux).

Parce que dorénavant il se trouve que toutes ces saloperies mal dissimulées appelées « réformes structurelles », que les attaques contre le travail des professeurs, que la vente « outlet » du patrimoine de la Nation, que le vol perpétré par le gouvernement aux dépens des gouvernés par les impôts, que l’asphyxie fiscale - qui ne favorise que les grands monopoles -, que tout est de la faute des anarchistes.

Que les gens biens ne sortent plus protester dans la rue (écoutez, pourtant si c’est là que sont les manifestations, les piquets, les occupations, les affiches, les tracts. Oui, mais ce sont ceux des professeurs-transporteurs-vendeurs-ambulants- étudiants-ou-bien-bouseux-et-bouseuses-de-province, je veux dire des gens bien-bien-du-df (le DF, district fédéral, désigne la ville de Mexico, ndt). - Ah, la mythique classe moyenne, tellement courtisée et en même temps méprisée et déçue par tout le spectre médiatique et politique-), que la gauche institutionnelle évacue elle aussi les lieux de manifestations, que « l’unique opposant au régime » a été occulté par les sans-noms encore et encore, que l’imposition arbitraire se nomme maintenant « dialogue et négociation », que les assassinats de migrantEs, de femmes, de jeunes, de travailleurs, d’enfants, que tout est la faute des anarchistes.

Pour celles et ceux qui militent et se revendiquent du « A », bannière sans nation ni frontières, et qui font partie de la SEXTA, mais qui militent vraiment et pas simplement par un effet de mode vestimentaire ou de calendrier, nous avons, en plus d’un abrazo compañero, une demande spéciale :

Compas anarchistes : nous, les hommes et les femmes zapatsites, nous n’allons pas vous imputer nos faiblesses (le manque d’imagination inclus), pas plus que nous n’allons vous rendre responsables de nos erreurs, et moins encore nous n’allons vous persécuter pour être ce que vous êtes. Mais il y a plus, je vous dis que plusieurs invités en août ont annulé parce que, ont-ils dit, ils ne pouvaient pas partager la classe avec « de jeunes anarchistes, déguenillés, punks, percés, et plein de tatouages », qu’ils attendaient (ceux qui ne sont ni jeunes, ni anarchistes, ni déguenillés, ni punks, ni percés, ni plein de tatouages) des excuses et que le registre soit épuré. Ils attendent encore inutilement.

Ce que nous voulons vous demander c’est que, au moment de l’enregistrement, vous donniez un texte, une feuille maximum, où vous répondiez aux critiques et accusations qui vous sont faites dans la presse payante. Ce texte sera publié dans une partie spéciale de notre nouvelle page web (enlacezapatista.ezln.org.mx) et dans une revue-fanzine-comme-on-dit qui sortira prochainement dans le monde mondialement mondial, dirigé et écrite par des indigènes zapatistes. Ce serait un honneur pour nous que, dans notre premier numéro se trouve votre parole jointe à la nôtre.

Hein ?

Oui, oui c’est bon une feuille avec un seul mot qui recouvre tout l’espace : quelque chose comme « Mensonges ! ». Ou quelque chose d’un peu plus développé comme « Je vous expliquerais ce qu’est l’Anarchisme si je pensais que vous pourriez comprendre », ou « L’Anarchisme est incompréhensible pour les nains de la pensée », ou « Les transformations réelles apparaissent d’abord dans les faits divers » ; ou « Je chie sur la police de la pensée » ; ou la citation suivante du livre « Coups et contrecoups » de Miguel Amorós : « Tout le monde devrait savoir que le Black bloc n’est pas une organisation mais une tactique de lutte urbaine semblable à la « kale borroka », qu’une myriade de groupes libertaires, « autonomes » ou alternatifs, pratiquent depuis les luttes des squats dans les années 80 dans diverses villes allemandes » et ajouter quelque chose comme« si vous voulez critiquer quelque chose, d’abord renseignez vous bien. L’ignorance bien rédigée est comme une bêtise bien dite : pareillement inutile ».

Bref, je suis sûr que vous ne manquerez pas d’idées.

Troisièmement.- Une pas si mauvaise nouvelle : je vous rappelle les dates et la manière de solliciter son invitation et demander son enregistrement :

Date de la deuxième session de la petite école : Enregistrement les 23 et 24 décembre 2013. Cours du 25 au 29 décembre de l’année. Départ le 30. Restent ceux qui veulent pour la fête du 20e anniversaire du soulèvement zapatiste, pour fêter et se souvenir du matin du 1er janvier 1994, avec une fête le 31 décembre et le 1er janvier.

Date de la troisième session de la petite école : Enregistrement les 1er et 2 janvier 2014. Cours du 3 au 7 janvier 2014. Départ le 8 janvier, chacun retournant de son côté. Pour demander son invitation et son enregistrement, envoyez un mail à : escuelitazapDicEne13_14@ezln.org.mx

Quatrièmement.- Autre pas si mauvaise nouvelle, c’est qu’il se disait que j’allais ouvrir cette étape avec un texte très différent, saluant nos mortEs, le SubPedro, Tata Juan Chávez, la Chapis, les enfants de la garderie ABC, les prof en résistance, et avec un conte de Durito et le Chat-chien. Mais comme on m’a fait comprendre que les comptes et les dates ça urgeait, et bien ce sera pour une autre fois. C’est clair : l’urgent n’a pas de temps à perdre avec l’important. C’est pourquoi vous avez été délivrés de la lecture de choses qui ne sont pas « transcendentes-pour-la-présente-conjoncture »... pour le moment.

Allez. Salut et, croyez-le ou pas, le monde est plus vaste que le titre médiatique le plus scandaleux. Question d’allonger le pas, la vue, l’ouïe... et les baisers.

Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain.

Le SupMarcos.

Concierge de le Petite école et chargé d’apporter les mauvaises nouvelles.

Mexique, novembre 2013.

 :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: : Ecoutez et regardez les vidéos qui accompagnent le texte : Kenny Arkana avec ce rap intitulé « V pour Vérités ». A un moment elle dit : « Bénis soient ceux qui s’interposent, ceux qui construisent autre chose ». ici.


Extrait du film « V pour Vendetta » sur la relation entre la peur et l’obéissance, et une autre manière de comprendre les mots « justice » et « liberté ». ici.


Pedro Infante avec la chanson « Yo soy quien soy » (Je suis qui je suis, ndt), de Manuel Esperón et Felipe Bermejo, dans le film “La Tercera Palabra” (Le troisième mot, ndt) avec Marga López, Sara García et Prudencia Grifell, 1955, dirigé par Julián Soler. Je le mets seulement pour emmerder celles et ceux qui nous voudraient à leur façon ou à la mode. ici. Source utilisée pour la traduction : http://le-serpent-a-plumes.antifa-n...

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