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APPEL DU CNI-CIG À PARTICIPER À L’"INITIATIVE NATIONALE POUR LA VIE" PROMUE PAR L’EZLN ET À L’ACTION DISLOQUÉE "500 ANS APRÈS LE DÉBUT DE LA RÉSISTANCE"

vendredi 6 août 2021

APPEL DU CNI-CIG À PARTICIPER À L’"INITIATIVE NATIONALE POUR LA VIE" PROMUE PAR L’EZLN ET À L’ACTION DISLOQUÉE "500 ANS APRÈS LE DÉBUT DE LA RÉSISTANCE"

A l’Armée Zapatiste de Libération Nationale
Aux peuples du Mexique
Aux peuples du monde
A la Sexta nationale et internationale
Aux réseaux de résistance et de rébellion

En tant que Commission de Coordination et de Suivi du Congrès National Indigène - Conseil Indigène de Gouvernement, nous informons qu’à l’invitation de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, nous avons nommé et mandaté 13 compañeros et compañeras du Congrès National Indigène et du Front des Peuples pour la Défense de la Terre et de l’Eau pour participer au VOYAGE POUR LA VIE dans sa première étape à travers le continent européen. Elles et ils représentent la lutte que nous sommes dans les différentes géographies où prospèrent les peuples indigènes, nations, tribus, communautés et quartiers de ce pays, le Mexique, dont nous sommes originaires.

Nous faisons savoir que nous sommes prêts à poser le pied sur le sol européen. Nous avons les passeports qui nous accréditent en tant que Mexicains. Nous avons réussi à les obtenir grâce au soutien du Collectif "Le temps des peuples est venu", ceci après que presque tous les délégués aient reçu des refus, des exigences, de nouveaux refus et de nouvelles exigences pour être en dehors des délais, incomodes, “extemporaneos”. Tous les délégués n’ont pas réussi, et dans le cas de certaines communautés, ils ne pourront pas nous accompagner pour cette raison.

En d’autres termes, nous sommes 13 délégués qui, étant “extemporaneos”, ont eu du mal à prouver que nous sommes mexicains, d’autant plus si nous avons une parole à dire, une oreille pour écouter, et un cœur collectif qui ressent la rébellion pour la vie des peuples du monde.

1. Nous disons au mauvais gouvernement que nous existons en tant que peuples, depuis avant même qu’il ne soit un gouvernement, et nous exigeons que le Secrétaire des Relations Extérieures s’abstienne d’entraver de quelque manière que ce soit le mandat des 177 compañer@s membres de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, qui forment l’Unité d’Ecoute et de Parole "La Extemporánea". En particulier nous exigeons qu’il délivre les 62 passeports qui sont encore en attente.

2. Aujourd’hui, à la veille de commémorer le jour où, il y a 500 ans, l’envahisseur est arrivé à Mexico/Tenochtitlán en disant qu’il était le chef et qu’il apportait la vérité imposée par la guerre et la mort de milliers de compañeros et de compañeras, nous continuons à demander justice pour ce crime. Nous voulons que les coupables paient, et ils n’ont pas et n’auront pas notre pardon ou notre oubli.

Nous ne pardonnons ni n’oublions pas les crimes des gouvernements d’hier et d’aujourd’hui, les morts et les disparus des communautés et des peuples du CNI-CIG, les meurtres du camarade zapatiste Galeano, de Bety Cariño ou de Samir Flores Soberanes ; les morts et disparus de Santa María Ostula, les morts du Conseil indigène et populaire de Guerrero-Emiliano Zapata, les massacres d’Acteal et d’Aguas Blancas, la disparition du camarade Sergio Rivera Hernández et des 43 d’Ayotzinapa, l’emprisonnement injuste de notre frère yaqui Fidencio Aldama et de Fredy García Ramírez, leader du CODEDI, et l’agression constante des groupes paramilitaires au service de ceux qui nous enlèvent nos terres pour les remettre aux entreprises d’extraction minière et qui opèrent par le biais de méga-projets mortifères.

Et nous savons que le deuil existe dans tout le pays, dans des collectifs qui luttent pour la vérité et la justice face à ces crimes qui font partie de la guerre contre la vie, et qu’ils n’ont pas cessé de chercher à nous exterminer. C’est pourquoi nous continuons à réclamer justice, même si cinq siècles se sont écoulés, même si durant des décennies persiste l’impunité pour les massacres et les crimes contre l’humanité persiste. Eux, les gouvernements d’en haut, voudraient que nous arrêtions de chercher les disparus, que nous oubliions l’impunité des coupables, que nous quittions nos terres. Pour eux, nous ne devrions même plus exister.

C’EST DANS CE SENS QUE NOUS AVONS DÉCIDÉ DE SOUTENIR L’INITIATIVE NATIONALE POUR LA VIE PROMUE PAR L’EZLN, QUI COMMENCERA PAR NOTRE PARTICIPATION À LA SOI-DISANTE CONSULTATION POPULAIRE DU 1ER AOÛT PROCHAIN, "SELON NOS MODES ET NOS TEMPORALITES “EXTEMPORANEOS", INCOMMODES, HORS DES DELAIS, AFIN DE COMMENCER UNE MOBILISATION POUR UNE COMMISSION POUR LA VÉRITÉ ET LA JUSTICE POUR LES VICTIMES, OU QUEL QUE SOIT SON NOM.

Les envahisseurs et les gouvernements à leur service depuis cinq siècles pensaient nous avoir anéantis. Mais nous, le peuple, étions et sommes toujours dans les campagnes pour sauvegarder l’espoir et maintenir allumées les bougies de la vie, telle une mission fondamentale qui nous incombe collectivement. Ainsi, aujourd’hui, en regardant vers le bas, nous disons que nous n’avons pas cru le mensonge qui a accompagné l’invasion, à savoir que notre terre sacrée, l’eau, les forêts et les montagnes se mesurent en termes d’argent.

Nous n’avons pas cru à l’histoire racontée du point de vue de l’envahisseur sur sa naissance, sa croissance et son expansion de par le monde, et qui voudrait que nous la racontions comme si c’était la nôtre. Et ce n’est que comme cela que nous avons pu accepter un nouveau présent et un nouveau futur dans lesquels l’exploitation, la dépossession, le mépris et la répression sont si courants que nous nous y sommes habitués, dans ce pays, au Mexique, et dans le monde entier.

Et que ce ne sont pas les peuples européens qui sont venus, ni ne viennent envahir, ni eux qui ont semé et sèment la maladie dans le corps et dans la nature, mais que le mensonge capitaliste a également envahi le territoire occidental, où il a également fait croire que l’histoire devait être racontée à travers l’ambition et la destruction, invisibilisant ceux qui n’ont de la même manière jamais cessé de lutter.

Ils ne nous ont pas achevés. Tous ceux en résistance et en rébellion, nous sommes encore là. Ceux qui révèrent la terre-mère et qui, cinq siècles après, non seulement possèdons encore le territoire, mais le protègeons encore au prix de notre vie. Nous continuons à parler nos langues et à rêver collectivement, en nous reconnaissant dans une identité indigène et en écoutant les sentiments de nos ancêtres. Mais surtout : nous sommes ceux qui n’ont pas peur d’eux.

Par conséquent et considérant :

  • Que la dispute pour le contrôle de nos territoires s’intensifie avec le nouveau visage de l’envahisseur capitaliste, qui reste le même mais avec différents masques de pouvoir, et se compose d’entreprises d’extraction minières, de méga-projets mortifères, de groupes armés militaires, policiers, para-militaires ou narco-paramilitaires.
  • Que nous sommes les peuples originels, que nous élevons la voix et que nous nous organisons parce que nous devons raconter la véritable histoire, celle que nous écrivons depuis 500 ans et qui ne s’arrêtera pas tant que nous n’aurons pas libéré notre monde et notre terre-mère du mensonge capitaliste qui menace déjà la vie dans son ensemble.
  • Que tandis que les gouvernements au service de l’envahisseur célèbrent la tentative d’extermination en exigeant des excuses des mauvais gouvernements européens au service du même envahisseur, ceux-cis nous rappellent que l’extermination n’est pas terminée et qu’elle est toujours en cours, car aujourd’hui comme jamais, le mensonge capitaliste a besoin de la vie pour en faire une marchandise et
  • Que nous sommes peut-être face au dernier espoir que nous ayons, en tant qu’humanité, de parler au nom de la vie de ce monde qui est le nôtre ; que les délégués de l’Armée zapatiste de libération nationale, du Congrès national indigène - Conseil indigène de gouvernement et du Front des peuples pour la défense de la terre et de l’eau porteront sur les terres européennes l’écoute et la parole, parce que c’est le moment de raconter la véritable histoire, depuis la pensée digne de ceux d’entre nous qui continuent d’exister collectivement en bas, cette histoire que nous avons écrite en luttant et en nous organisant.

NOUS CONVOQUONS

Les peuples, nations et tribus originaires du Mexique et du monde, les organisations, collectifs et associations qui demandent justice pour les graves crimes que les gouvernements passés et présents ont commis contre le peuple, ceux qui, en quête de justice pour les leurs assassinés et disparus, marchent dans les ténèbres du mauvais gouvernement, ceux qui, au nom de la nature, s’organisent et luttent depuis les campagnes et les villes, à participer à l’ :

ACTION DISLOQUÉE "500 ANS DEPUIS LE DÉBUT DE LA RÉSISTANCE". LE 13 AOÛT 2021

 
En d’autres termes, nous invitons chacun, à sa manière et dans sa géographie, par des actions petites ou grandes, à nous mobiliser pour commémorer la résistance et la rébellion de nos peuples qui ont lutté pendant 500 ans pour nos propres causes dignes et justes, pour rejeter les gouvernements qui servent l’envahisseur contre les peuples et la nature, avec les yeux fixés sur l’espoir et la graine d’un monde vivant, où tous les mondes aient leur place.

Sincèrement

Juillet 2021


Pour la reconstitution intégrale de nos peuples
Plus jamais de Mexique sans nous

Commission de coordination et de suivi du
Congrès National Indigène - Conseil Indigène de Gouvernement

source originale : Congrès National Indigène

trad provisoire 7NubS