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DIS-LEUR QUE NOUS DEVONS RÉSISTER, QUE NOUS DEVONS NOUS REBELLER, QUE NOUS DEVONS VIVRE. LETTRE DU SOUS-COMMANDANT INSURGÉ MOISÉS À LUIS DE TAVIRA

vendredi 3 avril 2026, par Kurt

Le 24 février 2026

Au professeur Luis de Tavira,

De la part du Sous-commandant Insurgé Moisés.

Compañero Tavira,

Au nom des enfants, des anciens, des femmes, des hommes et des otroas zapatistes, je vous envoie nos salutations.

De metteur en scène à metteur en scène théâtristes, pour ma part, je vous embrasse. Nous sommes contents que votre santé se soit un peu améliorée et que vous soyez présent aujourd’hui à cet hommage que vous rendent vos plus proches parents et ami.es.

Ici, nous continuons la lutte, notre résistance et notre rébellion qui, comme vous le savez bien, chemine aussi à travers les arts et les sciences. Il y a quelques semaines, les coordinateurs d’art et de culture, et les théâtristes, vous ont écrit une lettre, et vous leur avez répondu. Cela a réjoui notre cœur parce que nous comprenons ainsi que vous nous voyez de la même manière que nous vous voyons. C’est-à-dire, comme un compañero dans la lutte pour la vie.

Comme nous le savons bien, la tempête s’intensifie et devient chaque fois plus meurtrière dans tous les recoins du monde, et ce sont les plus en galère qui souffrent le plus.

Mais, comme vous l’avez très bien dit à certaines occasions, les arts sont aussi une forme de lutte pour la vie. Et celles et ceux qui luttons, résistons et nous rebellons, nous apprenons et enseignons aussi avec les arts et les sciences.

La lutte pour la vie en ces temps difficiles et durs se fait avec la tête, le cœur et les tripes. Et les trois ont à voir avec l’histoire de chacun chacune. Nous sommes différents nous qui sommes de sang que nous disons originaire, indigène. Nous sommes différents dans notre tête, notre cœur et nos tripes de celles et ceux qui ont une autre langue, une autre façon de faire, une autre histoire. Mais nous devenons pareils dans les sciences, les arts et les luttes. Et d’autant plus aujourd’hui que la lutte est pour la vie, car le système capitaliste est bien décidé à détruire l’humanité tout entière.

Nous, nous trouvons la vie dans la terre. D’autres dans les sciences. D’autres dans les arts. D’autres dans leur histoire.

Peut-être y a-t-il quelqu’un qui pense que chaque personne doit s’occuper de sa vie propre, mais la situation actuelle ne laisse pas de place pour la lutte individuelle. Toutes, tous et toustes nous sommes en danger de mort. Distincts, différent·e·s, chacun·e selon sa géographie, son calendrier, sa manière, nous devenons pareil.es au moment de reconnaître le criminel et dans la lutte pour le vaincre.

Notre effort, en tant que zapatistes que nous sommes, a pour but que le lendemain de la mort de la bête inhumaine qu’est le système, nous ne refassions pas la même chose et que de nos racines ne naissent pas d’autres monstres. D’autres pyramides comme on dit, nous, les communautés zapatistes.

Ce que nous voulons c’est un autre monde où nous existions pleinement. Pas que nous soyons tous pareils comme des copies, pas tous avec la même façon de faire, mais que chacun soit ce qu’il est et ce qu’il veut être, mais sans opprimer celui qui est différent, sans essayer de le rendre pareil à nous, en respectant celui qui n’est pas comme nous. Un monde sans exploitation, sans répression, sans vols, sans mépris.

Nous te saluons maître. Dis à tes proches que la géographie et la façon de faire n’importent pas, et l’âge et la santé non plus. Dis-leur que nous devons résister, que nous devons nous rebeller, que nous devons vivre.

Tes compañeros, les peuples zapatistes, t’embrassent.

Sous-commandant Insurgé Moisés.
Mexique, février 2026.

En savoir plus sur le professeur Luis De Tavira :

https://academiadeartes.org.mx/miembros/de-tavira-luis/
Traduction de la page :
Il est né le 1er septembre 1948 à Mexico. Il a étudié les lettres classiques et la philosophie à l’Institut libre de littérature, à Puente Grande, Jalisco, puis l’art dramatique à la Faculté de philosophie et de lettres, UNAM. Il est directeur de scène et fondateur du groupe Teatro Taller Épico de l’UNAM et a été professeur de théâtre à la même université, à l’INBAL, à l’Université ibéro-américaine et à l’École nationale d’arts plastiques, UNAM. Il a été directeur du Centre universitaire de théâtre de l’UNAM, et des activités théâtrales dans la même institution ainsi que du Centre d’expérimentation théâtrale de l’INBAL. Il a dirigé près de 50 spectacles théâtraux au Mexique et à l’étranger et ses œuvres ont été créées : Premática de los excesos de un satyro despechado y repentido penitente (1972), Sodome et Gomorrhe (1972), Officium tenebrarum (1972), Il livro di Job (Frascati, Rome, 1972), La banda de Dioninos (The Crew of Dyonisos) (Santa Clara, Californie, 1973), Missa solemnis (San Francisco, Californie, 1974), Impromptu para tuba en llamas (1979), El general madruga (en collaboration avec J. Garrido et Arturo Beristáin, Frei Volsbuhne, Berlin, 1982), Novedad de la patria (1983), Zozobra (basé sur les poèmes de Ramón López Velarde, FIC, 1988), La conspiración de la cucaña (hommage à Alfonso Reyes, en collaboration avec Alfonso de María y Campos, 1989) et La séptima morada (1991).

Il est le créateur d’une méthode d’analyse tonale qui démêle les éléments du langage dramatique et scénique, dont la pratique est actuellement diffusée en Colombie, au Costa Rica, en Espagne, au Canada et au Mexique. Auteur de plus de 80 mises en scène réalisées au Mexique et plus de 12 villes à l’étranger, il est lauréat du prix de la meilleure mise en scène du Festival Théâtre des Amériques de Montréal (1985), du Prix national des sciences et des arts (2006), de la Presea Vasco de Quiroga (2015), ainsi que de diverses reconnaissances nationales et internationales. Ses essais publiés comprennent, pour n’en citer que quelques-uns, Un théâtre pour nos jours, La culture allemande, Le siècle de Brecht, La production des classiques, La femme et le théâtre au Mexique et Le théâtre antihistorique de Rodolfo Usigli. Depuis 2008, il est directeur artistique de la Compañía Nacional de Teatro del INBA.

Il est entré à l’Académie des arts le 21 octobre 2016.


Voir en ligne : Communiqué original