Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Athènes, mai 2008

Chronique de la Rencontre européenne de solidarité avec les zapatistes et avec l’Autre Campagne mexicaine

samedi 17 mai 2008

CHRONIQUE DU PREMIER JOUR DE LA RENCONTRE EUROPÉENNE DE SOLIDARITÉ
AVEC LES ZAPATISTES ET AVEC L’AUTRE CAMPAGNE MEXICAINE

Athènes, le 9 mai 2008.

Pour cette première journée de la Rencontre européenne de solidarité avec les zapatistes et avec l’autre campagne mexicaine, l’École polytechnique d’Athènes, un des symboles de la lutte contre la dictature des colonels, a accueilli des personnes venues de huit pays et de dix-sept collectifs différents.

Cette première journée a débuté sur le salut de bienvenue de l’« Assemblée ouverte de solidarité avec les zapatistes et contre la répression au Chiapas » de Grèce, hôte de la rencontre, avec un hommage aux quatorze ans de résistance indigène zapatiste et de solidarité internationale, et sur le rappel des objectifs déclarés de cette rencontre et de la campagne européenne dans laquelle elle s’inscrit : œuvrer en commun pour stopper la guerre au Chiapas et manifester clairement que l’Europe résiste elle aussi à travers la solidarité.

Lecture a été donnée à plusieurs messages, reçus de la coordination de l’Autre Campagne de la Vallée de Mexico, du Comité des anciens prisonniers politiques et des prisonniers injustement incarcérés du Chiapas, des prisonniers politiques La Voz de los Llanos, adhérents à l’Autre campagne, du Comité des citoyens en lutte contre la construction des usines de gazéification de Basse-Californie et du collectif des femmes de la Sexta.

Après quoi est intervenu Ernesto Ledesma, le directeur du CAPISE, qui a remercié l’Assemblée ouverte d’Athènes pour son travail de préparation de cette rencontre et expliqué qu’après le circuit qu’il a effectué dans treize pays et quarante-trois villes européennes, un grand pas a été fait pour tenter de briser le blocus informatif concernant l’Autre Campagne mexicaine et la lutte zapatiste. Dans toutes les villes où il a séjourné, il a rencontré des réseaux de soutien aux zapatistes et l’idée qui sous-tend cette rencontre est de faire un pas supplémentaire pour parvenir à des accords concrets et des plans d’action entre nous.

Ensuite, c’est don Juan Chávez, du Congrès national indigène (CNI), qui a donné une conférence intitulée « La lutte des indigènes pour leur autonomie et contre le capitalisme ».

Il a expliqué qu’« avec les réformes de la Constitution mexicaine de 1992, le gouvernement cherche à éliminer la souveraineté nationale en livrant les ressources de notre pays au multinationales et en adoptant des réglementations affectant de grandes étendues de terre et le mode de vie des peuple originels et de l’ensemble du peuple mexicain ».

« Cela se fait par le biais de réglementations telles que la Loi des zones naturelles et de la protection, qui entraîne la privatisation de ces zones livrées de la sorte à la voracité des multinationales ; la Loi de bioprospection, afin de voler les savoirs traditionnels et de pouvoir breveter les connaissances ancestrales de nos peuples ; la Loi en matière de santé et d’éducation, qui vise la privatisation de ces services publics ; ou encore la Loi de prospection minière, qui cédera des concessions minières aux grandes entreprises, et ainsi de suite.

« La réforme agraire revêt sur ce plan une importance cruciale car, à travers des programmes nationaux tels que le Procede et le Procecom, c’est la suppression de la propriété collective qui est visée, notamment en créant des ejidos dans les territoires repris par les zapatistes qui pourront être vendus ensuite, grâce à la nouvelle réglementation. »

Juan Chávez évoque également « les réformes en matière d’énergie, l’Alena (l’Accord de libre-échange nord-américain - TLC, en espagnol), l’ALCA et le Plan Puebla-Panama », qu’il qualifie de simples « instruments du néolibéralisme pour abolir toute souveraineté nationale des peuples ».

« Ceux qui s’opposent à de tels plans, comme le font les bases de soutien zapatistes, s’exposent à une répression féroce : on les exproprie, on leur refuse l’accès à l’eau, on détruit leurs maisons et leurs champs, et tout cela en fabriquant de fausses accusations à seule fin de les jeter en prison et en maintenant la militarisation de leur territoire (sept soldats sur dix de l’armée fédérale mexicaine sont basés en territoire zapatiste). »

« Quand surgit le ¡Ya basta ! zapatiste, le 1er janvier 1994, la lutte pour l’autonomie redémarre et s’enrichit de la vision indigène, pour qui la terre est la mère : elle ne se vend pas et ne peut faire l’objet d’un commerce.

« Pour les cultures indigènes, tout ce qui se trouve sur terre fait partie intégrante de la vie de l’humanité. On doit le respecter et en prendre soin. Les méthodes de production et de commercialisation néolibérales ravagent tout et concentrent la richesse dans les mains de quelques-uns, provoquant la misère et la douleur de l’émigration. De cette façon, le génocide n’est pas seulement culturel mais aussi physique, qui fait réellement disparaître les peuples indiens.

« En 2001, après la marche jusqu’au DF, le Congrès mexicain approuve une contre-réforme qui refuse de reconnaître les peuples indiens et définit les communautés indigènes en tant qu’entités d’intérêt public et non en tant qu’entité de droit public, comme objets et non comme sujets, ce qui signifie purement et simplement la négation du droit à l’autonomie et le droit à aliéner et à vendre les terres indigènes.

« Les zapatistes lancent un message au Mexique et au monde, réaffirmant le droit historique d’exercer son autonomie, ce qui aboutira en 2003 à la création des conseils de bon gouvernement émanant des communes autonomes rebelles, les peuples se dotant de leur autonomie et de leurs instances de gouvernement autonome dans les faits et sans demander permission à personne.

« La Sixième Déclaration de la forêt Lacandone signifie la construction d’un nouveau projet de nation, d’une nouvelle Constitution, et la mise en pratique du mandar obedeciendo (commander en obéissant). En 2006, le CNI rejoint l’Autre Campagne et ratifie son adhésion à la Sixième Déclaration. »

Après un intéressant colloque, Ernesto Ledesma clôt cette journée en déclarant que la Sexta trouve son origine chez les peuples indigènes, dans leur libre détermination et l’application de leur autonomie. La libre détermination est par nature « antisystème » et anticapitaliste. L’objectif de la Sexta est de rassembler les luttes de tous les secteurs et mouvements de l’en bas et à gauche. À mesure que progresse la Sexta, la répression se déchaîne, mais plus on nous réprime, plus nous réagissons. Il faut poursuivre dans cette voie et comprendre qu’une part fondamentale de la formation des mouvements sociaux est d’écouter, et cela nous l’apprenons de nos compañeras et compañeros indigènes.

Pour terminer, Ernesto Ledesma propose que la rencontre d’Athènes ait un caractère résolutif [1].

CHRONIQUE DU DEUXIÈME JOUR DE LA RENCONTRE EUROPÉENNE DE SOLIDARITÉ

Athènes, le 10 mai 2008.

La journée a commencé par la présentation des collectifs participants [2] et de leurs propositions.

Les collectifs ont exposé leurs expériences de lutte, qui consiste essentiellement à organiser des protestations, à diffuser des informations, à promouvoir la formation de brigades de solidarité et à réaliser des projets de collaboration et de coopération.

Un riche débat a eu lieu quant à la nécessité d’unir, dans l’actuel climat politique, la solidarité et les luttes locales.

Résumé des propositions présentées :

- Élaborer un manifeste, la « Déclaration d’Athènes », qui fasse connaître nos objectifs ;
- Dynamiser la caravane, que l’on considère comme une tâche prioritaire ;
- Maintenir et renforcer le site Internet ;
- Organiser des mobilisations et des actions communes, dont la campagne d’information aux gens qui vont au Mexique, dans les offices de tourisme, les agences de voyage, etc.

Après un repas délicieux cuisiné par les compañeras et les compañeros de la coopérative La Semilla, à qui nous sommes toutes et tous reconnaissants, nous avons repris notre travail et défini tous ensemble les caractéristiques et objectifs de la caravane, puis, divisés en groupes de travail, nous avons préparé la caravane ainsi que d’autres actions et activités envisagées.

Plus tard, la CCIODH est intervenue et nous a rapporté les conclusions de son sixième séjour au Mexique, en portant une attention particulière à la question des prisonniers et des prisonnières, aux femmes et aux conséquences psychosociales de la répression, pour terminer en affirmant que la situation des droits humains n’a pas progressé, bien au contraire, au cours des dernières années, qu’il n’y a pas de volonté politique réelle d’en finir avec les violation systématiques de ces droits et qu’aucune réponse juridique n’est donnée à la fragilisation des droits fondamentaux.

La dernière intervention a été faite par Juan Haro, membre du Mouvement pour la justice du Barrio (quartier new-yorkais de l’Est-Harlem), organisation adhérente de l’Autre Campagne, qui a informé de la lutte qui y a été menée contre l’expulsion d’un grand nombre d’immigrés mexicains sans papiers que la mairie de New York voulait chasser de leurs logements pour construire un quartier résidentiel aisé.

S’inspirant du zapatisme, le mouvement est organisé en comités d’immeubles et effectue des rencontres et des consultations afin de consolider la résistance contre les propriétaires, dans un premier temps, et contre une compagnie immobiliaire internationale ensuite.

Ce compañero a été interpellé par la police de l’immigration, alors qu’il se rendait au Royaume-Uni, et n’a pas pu effectuer ce séjour. Un acte arbitraire et raciste qui a fait que nous puissions entrer en contact et l’inviter à la Rencontre d’Athènes.

Après cela, concert... avec les groupes Turtle Ramblers et Kochise (venus de France) et le groupe grec Pink Tank Project.

CHRONIQUE DU TROISIÈME ET DERNIER JOUR DE LA RENCONTRE EUROPÉENNE DE SOLIDARITÉ

Le dernier jour a débuté par la mise en commun des réflexions des deux groupes de travail et l’organisation des détails de la Caravane vers le Chiapas ainsi que des autres activités et mobilisations communes envisagées pour les prochains mois, notamment la quinzaine zapatiste qu’il est prévu d’organiser du 14 juin au 5 juillet et pendant laquelle on insistera particulièrement sur la campagne d’information concernant la situation réelle au Mexique adressée aux gens qui visiteront ce pays.

Une « Déclaration de la rencontre d’Athènes » a été rédigée.

Pour terminer, l’assemblée a débattu la nécessité de consolider un réseau européen et, dans un premier temps, d’organiser dans ce but une Deuxième Rencontre, qui devrait se tenir à Barcelone, fin 2008. Au programme, effectuer un bilan de ce qui a été fait et décider comment poursuivre, mais aussi réfléchir ensemble à ce qu’est la solidarité, en s’appuyant sur la Sexta, et sur la manière de pouvoir relier la solidarité et d’autres luttes sociales.

Nous avons achevé cette rencontre par des remerciements sincères envers les compañeras et les compañeros de Grèce qui nous ont si chaleureusement accueillis dans cette Autre Athènes et par quelques paroles de don Juan Chávez, qui parie sur la continuation, toutes et tous ensemble, sur cette voie vers un avenir de vie et non de mort, en nous sentant frères de cœur des indigènes et des zapatistes.

Une spirale humaine en hommage aux Caracoles zapatistes et le cri de « Zapata vive, la lucha sigue » ont conclu ces journées de travail et de réflexion.

Parce que la lutte pour un monde nouveau est liée à la culture, au divertissement, à la joie et à la danse, les rires et la confraternisation nous ont accompagnés lors du concert qu’ont donné les groupes solidaires Turtle Ramblers, Kochise et Pink Tank Project.

Déclaration de la Rencontre europénne
en défense des peuples zapatistes et pour la lutte à leurs côtés

À la société civile internationale,
Aux adhérents à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone et de la Zezta Internationale,
Aux moyens de communication internationaux,
Aux conseils de bon gouvernement, aux communes autonomes, aux communautés et aux bases de soutien zapatistes, à l’EZLN,
À l’Autre Campagne mexicaine,

Réunis dans la Grèce solidaire, nous toutes et nous tous, membres d’organisations et de collectifs et individus à titre personnel, de cette Autre Europe en lutte qui cherche des chemins de solidarité entre les peuples,

Nous manifestons que :

Les zapatistes ne sont pas seuls et nous ratifions notre engagement à rester vigilants afin de pouvoir dénoncer les graves violations des droits individuels et collectifs qui ne cessent d’avoir lieu au Chiapas et dans tout le Mexique.

1. Nous allons répondre, dès maintenant et à l’avenir, à toutes les agressions commises par le gouvernement mexicain, par son armée et par les paramilitaires, visant l’Armée zapatiste de libération nationale et ses bases de soutien ainsi que les personnes engagées dans l’Autre Campagne mexicaine.

2. Nous poursuivrons notre chemin aux côtés des nations, peuples et tribus indigènes qui sont en résistance et qui construisent leur autonomie.

Nous dénonçons :

1. La non-application par le gouvernement mexicain des Accords de San Andrés, accords qu’il avait signés, ainsi que l’exclusion sociale et économique dont les indigènes sont toujours victimes, qui les condamne à vivre dans des conditions d’extrême pauvreté alimentaire, sanitaire et culturelle.

2. L’alarmante recrudescence de l’offensive déclenchée contre le mouvement zapatiste dans le Sud-Est mexicain, offensive nettement visible dans l’augmentation des activités de contre-insurrection et la réactivation des groupes paramilitaires.

3. Les très graves et intolérables agressions commises par ces paramilitaires contre les observateurs et les observatrices des droits humains. Nous en tenons pour responsables Felipe Calderón Hinojosa, président de la République mexicaine, et Juan Sabines Guerrero, gouverneur de l’État du Chiapas.

Nous exigeons :

1. Le respect du développement et du droit à la libre détermination des nations, peuples et tribus indigènes.

2. L’arrêt immédiat des expulsions des terres reprises par les zapatistes, l’arrêt immédiat des agressions et des persécutions commises par le gouvernement, les policiers, les soldats de l’armée fédérale et les paramilitaires à l’encontre des communautés indigènes en résistance.

3. La suppression de l’impunité dont jouissent ces groupes paramilitaires et leurs auteurs intellectuels.

4. Le retrait immédiat des troupes fédérales du territoire indigène et zapatiste.

5. L’arrêt de la répression visant les mouvements sociaux mexicains et l’Autre Campagne mexicaine.

6. La libération inconditionnelle de tous les prisonniers et de toutes les prisonnières politiques au Mexique, l’annulation des mandats d’arrêt en suspens, ainsi que la présentation en vie des disparues et des disparus et le retour chez elles des populations déplacées.

Nous annonçons :

1. Notre participation commune à la Campagne européenne de solidarité pour l’autonomie zapatiste et contre le monstre hideux de la guerre au Chiapas.

2. L’organisation d’une caravane en soutien à l’autonomie des communautés zapatistes, qui se veut un lieu où partager des résistances et des luttes qui construisent un rêve d’espoir allant de l’Autre Europe anticapitaliste à l’Autre Mexique d’en bas et à gauche. Cette caravane entamera son périple le 27 juillet en partant de Mexico, pour s’achever le 12 août en territoire zapatiste.

3. Nous lançons un appel à la société civile internationale, à ses luttes et à ses résistances anti-néolibérales pour s’unir à la caravane et aux autres initiatives qui seront réalisées dans le cadre de cette campagne.

Pour terminer, nous voulons dénoncer l’attitude des services de l’immigration du Royaume-Uni, qui ont refusé l’entrée en Grande-Bretagne à Juan Haro, membre du Movement for Justice in El Barrio de l’Est-Harlem de New York (adhérent à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone et à l’Autre Campagne), qui effectue une tournée européenne dans le cadre de la Campagne internationale pour la défense du Barrio.

Athènes, le 11 mai 2008.

Sol@s no podemos, y de cualquier manera no vale.

Traduit par Ángel Caído.

Notes

[1] Les décisions qui y seront prises engagent les comités de solidarité avec les zapatistes - NdT.

[2] Liste des collectifs (réseaux, plates-formes, etc.) participant à la rencontre :

Allemagne : Réseau Ya basta.
Danemark : Forum international.
Espagne : Commission Chiapas du syndicat CGT ; Centre de documentation sur le zapatisme ; Groupe IRU ; Plate-forme de solidarité d’Aragon ; Plate-forme de solidarité avec le Chiapas, l’Oaxaca et le Guatemala de Madrid ; Collectif de solidarité avec la rébellion zapatiste de Barcelone, Catalogne ; Plate-forme basque de solidarité avec le Chiapas, Pays basque.
France : Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte, Paris.
Grèce : Assemblée ouverte de solidarité avec les zapatistes et contre la répression au Chiapas ; Collectif Farma ; Coopérative de commerce solidaire et alternatif La Semilla.
Italie : Communauté Amici de Chiapas de Trente, membre de la Campagne « Les zapatistes ne sont pas seul(e)s » d’Italie ; Association Ya basta ; Comité Chiapas « Maribel » de Bergame ; Comité Chiapas de Turin ; Consulat rebelle du Mexique de Brescia ; Comité Chiapas de Brescia ; Coordination toscane de soutien à la lutte zapatiste ; Mani Tese Lucca ; Fondation Neno Zanchetta ; Carta ; Réseau de soutien au Chiapas rebelle ; Projet Dignité rebelle.
Norvège : Groupe Amérique latine (LAG).
Suisse : Solidarité directe avec le Chiapas et Café Rebeldía ; Collectif zapatiste de Lugano ; Union mexicaine (UMES).
USA : Movement for Justice in El Barrio (East Harlem, New York).
Mexique : Congrès national indigène (CNI) ; Centre d’analyse politique et de recherches sociales et économiques (CAPISE).

Bien que n’ayant pas assisté à la Rencontre d’Athènes, des collectifs de plusieurs pays nous ont envoyé leurs propositions :
Belgique : Collectif Chiapas CZI et CafeZ de Liège.
Écosse : Edinburgh Chiapas Solidarity Group.
Espagne : Sodepaz.
France : Collectif Chiapas Ariège.
Grande-Bretagne : Réseau britannique de groupes de solidarité avec le Chiapas.
Suède : Réseau Latina sin Fronteras.

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