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EZLN/ Avancées de la Rencontre « Les zapatistEs et les ConSciences pour l´Humanité »

plus "Echos du 8 mars", extrait du carnet de notes du chat-chien

dimanche 29 mai 2016

Avancées de la Rencontre « Les zapatistEs et les ConSciences pour l´Humanité »

    ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE.

  16 mars 2016

Compas et non compas,

  On va maintenant vous dire comment avance cette histoire de Rencontre "Les zapatistEs et les ConSciences pour l´Humanité" : 

Au 14 mars, 50 demandes pour participer à l’événement ont été reçues. Il y a des demandes venant de Norvège, du Brésil, du Chili, de France, des E.U., du Japon et du Mexique.

Disciplines scientifiques : jusqu’à maintenant, nous envisageons d’envoyer des invitations à des scientifiques spécialiséEs en Astronomie, en Biologie, en Physique, en Mathématiques, en Chimie, en Médecine, en Génétique, en Pathologie et Néphrologie Pédiatriques et en Microbiologie. Nous vous informerons au fur et à mesure des avancées concernant d’autres invitations.   Les scientifiques invitéEs à la rencontre "Les zapatistEs et les ConSCiences pour l’Humanité" pourront participer avec une réflexion critique sur leur pratique ou leur théorie scientifique, ou bien en exposant de manière accessible certains éléments généraux de leur spécialité (c’est-à-dire en faisant une conférence de vulgarisation).

  Le courrier électronique auquel vous devez vous inscrire pour assister à la Rencontre de "ConSCiences pour l’Humanité" est conCIENCIAS@ezln.org.mx

Date et lieu de la Rencontre de ConSCiences :

du 25 décembre 2016 au 4 janvier 2017, avec une pause les 31 décembre et 1er janvier. Le lieu, c´est au CIDECI de San Cristóbal de las Casas, Chiapas, Mexique.

  Lors de cette rencontre, seulEs pourront participer les scientifiques invitéEs avec leurs exposés ; et les jeunes zapatistes sélectionnéEs avec leurs questions.

  L’inscription est gratuite et nous les zapatistEs, nous ne pouvons pas payer le voyage, le logement ni l’alimentation. Les enfants peuvent assister en tant qu’observateurs et auditeurs mais ils doivent être accompagnéEs par une personne adulte qui se porte responsable.  

La production, la consommation et le commerce de drogues et d’alcool sont strictement interdits.

  C’est tout pour le moment.

  Sous-commandant Insurgé Moisés.

Sous-commandant Insurgé Galeano.

  Mexique, mars 2016.

    Du carnet de notes du chat-chien :

  Échos du 8 mars.

  Date : 8 mars 2016. Lieu : Quartier Général de l’EZLN. Document obtenu du journal de celui qui se fait appeler "supgaleano", grâce au malware troyen appelé "nananère, c’est celui qui le trouve qui le garde" version 6.9.

  Nous étions, le Sous-commandant Insurgé Moisés et celui qui rédige ces lignes, en train de parler du prochain festival pARTage et de la manière dont les communauté zapatistes sont en train de s’organiser pour y participer. Sur ce, une compañera Insurgée arrive et voilà qu’elle dit sans plus : "il va y avoir un match de foot. Ils nous ont lancé un défi à nous les femmes." Moi je savais ce qu’il y avait derrière tout ça, car ce n’était pas la première fois que ça arrivait. Laissez-moi vous dire que, dans cette caserne, il y a deux fois plus de femmes insurgées que d’hommes insurgés. Il y a deux versions à ce sujet : la version officielle, c’est que la plupart des insurgés nous trouvons ailleurs à réaliser des travaux hautement spécialisés, que nous seuls les hommes pouvons accomplir avec grâce et prestance ; la version véritable, c’est que oui, c’est un fait, les compañeras sont plus nombreuses que les compañeros. Il évident qu’il est interdit de publier la version réelle, raison pour laquelle seule la version officielle a été diffusée parmi les Tercios Compas.   

Malgré cette réalité, pourtant évidente au premier coup d’œil, un des insurgés a eu, à la fin du petit-déjeuner, la bonne idée de dire : "comme aujourd’hui c’est le 8 mars, nous les hommes défions les femmes à un match de foot". Le commandant comprit son erreur presque immédiatement, mais le mal était fait. Une officier insurgée du service de santé a répondu : "ça marche". Les hommes ont vainement débattu de la naïveté du défi afin d’en rediscuter les termes. Lorsque l’insurgé apprit la raison de l’inquiétude qui se répandait dans les rangs masculins, il a voulu préciser : "mais avec le même nombre de joueurs dans chaque équipe". "C’est mort", ont dit les femmes, "tu as dit que les hommes lancent un défi aux femmes, donc c’est tous les insurgés contre toutes les insurgées".

  Le ciel commençait à se couvrir et un vent fort laissait présager d´un malheur.

  Après le déjeuner (le menu était milk-shake de tamales et café au piment), une insurgée est passée nous dire que le match allait commencer et savoir si on voulait y assister. Le sous-commandant insurgé Moisés ne pouvait pas, vu qu’il fallait qu´il revoie la liste des inscriptions pour le festival. Moi je me suis abstenu, sentant que l’ambiance ne serait pas propice à l’inégalité des sexes. Ce qui fait qu’ aucun de nous deux n’y est allé. Le ciel s’assombrissait déjà lorsqu´ils sont revenus. Dans le ciel et sur la terre, la tempête était maîtresse et dame de ces lieux. 

  L’insurgée est venu faire son rapport. Je lui ai demandé comment s’était terminé le match et elle a répondu "égalité". "Combien à combien ?", lui ai-je demandé. "Je ne me rappelle plus", m’a-t-elle dit, “mais nous avons gagné un match et ensuite nous avons changé de côté et ils ont gagné ; donc, égalité : un partout".

  Elle l’a dit avec tant d’assurance qu’on aurait dit le président de l’Institut National Électoral en train d’annoncer les résultats officiels d´une quelconque élection. Moi, j’ai senti qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume du Danemark, alors je suis allé voir le commandant et je lui ai demandé le résultat : "Nous avons gagné 7 à 3", m’a-t-il répondu d’un ton laconique. "Mais alors pourquoi l’insurgée de Santé me dit qu’il y a eu égalité, qu’elles ont gagné un match et que vous avez gagné l’autre ?" lui ai-je demandé. Le commandant sourit et précise : "non, sup, nous n’avons fait qu’un match ; le truc c’est qu’à la première mi-temps elles gagnaient 3 à 2, et à la deuxième mi-temps, après le changement de côté, nous, on a mit 5 buts. Résultat : insurgés-7, insurgées-3". Le Sous-commandant Insurgé Moisés, porte-parole de l’ezédélène, au nom de tous les hommes, femmes, enfants et anciens zapatistes, s’est exclamé : "C´est nous les hommes qui avons gagné !". Une autre insurgée qui passait par là s’est offusquée : "Comment ça "c´est nous les hommes qui avons gagné" ?, ha ! alors que vous, vous n’y étiez même pas". "Peu importe", répondit la voix officielle de l’ezédélène, "c´est nous les hommes qui avons gagné".  

La tempête semblait diminuer et les vents et l’eau se calmèrent. Mais l’horizon était loin d’être clair.

 Plus tard dans la soirée, au moment de trinquer à la suprématie masculine avec une tasse de café, le Sous-commandant Insurgé Moisés m’expliquait : "Regarde, ce qu’il s’est passé c’est que, chez les hommes, seuls deux savent bien jouer au foot et les deux étaient de garde, donc, à la première mi-temps, les insurgés étaient deux de moins et déjà que de toute façon les femmes sont plus nombreuses. À la deuxième mi-temps, les deux gars avaient fini leur tour et ils ont pris part au match et du coup, ils ont gagné." 

  Je lui ai demandé si les insurgées savaient jouer au foot : "elles savent", dit-il, "mais en plus elles ont une petite jeune qui court dans tous les sens ; elle, c’est la véritable stratège et tacticienne de l’équipe, parce que, quand elle est fatiguée de courir, elle se met à crier "le ballon, le ballon" et toute les insurgées se dépêchent d’aller encercler l’homme qui a la balle et elles mettent toutes des coups de pieds et comme il n’y a qu’une seule balle, eh bien il y en a un bon nombre que se prend le compañero".  

On a alors levé nos tasses de café froid et on a trinqué à ce nouveau triomphe de genre malgré les conditions adverses.  

Dans la montagne, le vent et la pluie s’étaient déjà abreuvés de la force nocturne. Il ne faisait pas encore jour quand ils sont descendus et qu’ils se sont abattus encore plus fort qu’auparavant si c’était imaginable.

  Mais (il y a toujours un "mais"), le jour suivant, au petit-déjeuner, un des gars, avec des intentions malveillantes, a demandé comment s’était terminé le match de foot. "Égalité", s’est hâtée de dire une insurgée et, avant même que les petits machos n’aient eu le temps de réagir, elle s’est adressée aux autres en les haranguant : "N’est-ce pas compañeras ?". "Siiiii !" ont-elles toutes crié et bon, comme elle sont la majorité, ben... enfin, ce sont les risques de la démocratie.

  C’est comme ça que les insurgées ont converti une défaite sportive en un triomphe et qu’elles ont gagné... avec une égalité. Compteur final : insurgés-1, insurgées-2.

  Mais les petits machos ne se sont pas rendus si vite, ils ont demandé la revanche. "D’ac", dirent les compañeras, "mais pas avant l’année prochaine".  

Désespérés, les insurgés sont partis chercher la personne qui synthétise le mieux les hautes valeures du machisme-zapatisme, c’est-à-dire moi-même. Ils m´ont demandé c´était quand la "journée des hommes".

  "Comment ?", je leur ai demandé.

  "Oui", ont-ils dit, "s’il y a une journée de la femme, il doit aussi y avoir une journée de l’homme".

 "Ah", acquiesçai-je en comprenant : "il y en a déjà une". Et je leur ai montré ce que, avec une synthétique sagesse, un certain tigre avait tuité : "La "journée de l’homme" (lorsqu’on célèbre l’esclavage de la femme aux durs labeurs de faire grandir les enfants) existe déjà. C’est le 10 mai"

  Je crois qu’ils n’ont pas saisi, comme on dit, la tonalité du sarcasme qu’il y avait dans mon propos, car ils sont partis en disant : "Ah, alors on a encore un peu de temps"

 

  • -

Questions de contrôle de lecture : 

  1.- L’insurgée de santé qui a bouleversé la sémantique dans les règles de la FIFA, est-elle une feminazi, une lesboterroriste ou quelqu’un qui n’a que faire des règles, quelqu’un qui brise les rôles imposés et heurte la sensibilité masculine ?

  2.- Celui qui, avec tant d’esprit, rend compte de ce qui s’est passé ce funeste jour du 8 mars 2016 dans une caserne zapatiste, est-il un macho hétéropatriarcal, eurocentriste, genriste, formatiste, classiciste et etcétériste, une victime de plus du système (whaouh, on dirait un nom de groupe de musique), ou ne fête-t-il pas le 10 mai par manque de ce qu’on a déjà mentionné ?   

3.- En tant que femmes que nous sommes, devons-nous, tout simplement, accepter la revanche que demandent ces maudits hommes, ou alors rien à faire, on envoie au diable ces vautours qui veulent nous arracher les yeux ?

  Merci d’envoyer vos réponses au concierge de l’escuelita. Attention : tous les "on t’emmerde" qui ne soient pas de crottes en chocolat, seront renvoyés à leur expéditrice qui prendra en charge les frais d’envoi.

  J’atteste sur l’honneur du genre,

SupGaleano.

 8 mars 2016.

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