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Giovanni López, assassiné par la police mexicaine pour ne pas avoir de masque anti-COVID

Chronique de Gloria Muñoz Ramírez, "ceux d’en-bas"

mardi 9 juin 2020

Face aux crimes policiers et aux abus de la police dans le contexte de gestion autoritaire de la pandémie de COVID, les mobilisations se multiplient bien au-delà des Etats-Unis. Au Mexique, la détention et l’assassinat par la police de Giovanni López, 30 ans, pour ne pas avoir porté de masque anti-COVID à l’extérieur de son domicile provoquent depuis un mois la montée des manifestations et de la rage contre la police.

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« Ceux d’en-bas : l’assassinat de Giovanni López »

Chronique de Gloria Muñoz Ramírez, La Jornada, 6 juin 2020

L’assassinat de Giovanni López, 30 ans, aux mains de la police d’Ixtlahuacán de los Membrillos, de l’aire métropolitaine de la ville de Guadalajara, Jalisco [1] n’est pas un fait fait isolé. Elle survient en pleine pandémie, et le motif le rend plus grave encore, puisque Christian, frère de Giovanni, raconte que c’est pour ne pas avoir mis de masque anti-covid qu’il a été arrêté et frappé à mort, projetant ainsi une lumière crue sur l’arbitraire et la violence institutionnelle régnante dans l’Etat de Jalisco, gouverné par Enrique Alfaro (Mouvement Citoyen), au milieu de différents scandales de corruption.

(témoignage et images de la détention de Giovanni López :)

« Si vous le tuez on saura pourquoi », entend-on dire Christian, tandis que la police lui arrache son frère, avec lequel il se trouvait quelques minutes auparavant assis sur le trottoir à l’extérieur de leur domicile, alors qu’ils s’apprêtaient à dîner. « Tu vas me le ramener vivant ou mort ? », a-t-il alors demandé au président municipal d’Ixtlahuacán, Eduardo Cervantes Aguilar, lui aussi accusé à plusieurs reprises pour sa gestion violente et arbitraire.

Celui-ci a alors rétorqué de venir pour lui le lendemain à 10 heures du matin, mais ils ont retrouvé son corps inerte à l’hôpital civil. Ils ont dû se battre pour qu’on leur permette de voir le corps, permettant à sa tante de constater un impact de balle dans la jambe et des traces de coup. Après cela, dénonce Christian, la famille entière a été menacée par le maire afin qu’ils ne disent rien et qu’ils ne diffusent pas la vidéo. Un mois plus tard, alors qu’aucune poursuite judiciaire n’a été entamée, ceux-ci ont décidé de la faire connaître. Mais du fait des menaces de mort à leur encontre, ils ont dû s’enfuir du quartier « Los olivos » où ils habitent.

La nouvelle s’est propagée au Mexique alors qu’avait lieu aux États-Unis les manifestations pour l’assassinat, également aux mains de la police, de l’afro-américain George Floyd, raison pour laquelle la réaction de la société s’est caractérisée par un rejet absolu tant de l’appareil policier que du gouvernement de l’État. Le 5 juin, un mois exactement après que le corps leur soit rendu, des centaines de personnes, jeunes pour la plupart, se sont affrontées à la police à proximité du palais du gouverneur de Guadalajara. Une vidéo enregistre ce qu’il se passe à l’intérieur de l’édifice, où les éléments de la sécurité se préparent à repousser les manifestants. « On va les tuer ! », entend-on dire les policiers du gouvernement d’Alfaro. Et la chasse commence.

Le jour suivant, les protestations parviennent à la ville de Mexico, où des mobilisations ont lieu face à l’ambassade des États-Unis pour l’assassinat de Floyd, avant de se diriger vers la représentation du gouvernement de Jalisco, situé dans le quartier de Polanco, du fait de la mort de Giovanni. Des milliers de policiers repoussent la manifestation. Mais ceux-ci, tout comme n’importe quelle personne en uniforme, représentent aujourd’hui l’ennemi des jeunes présents dans les rues. Les policiers ne les contiennent pas. Ils les provoquent.

desinformemonos.org

Losylasdeabajo@yahoo.com.mx

trad 7NubS

 


Deux videos commerciales sur les manifestations et afrontements consécutifs à l’assassinat de Giovanni Lopez et Georges Floyd :

A Guadalaja vendredi 5 juin :

Mexico capitale samedi 6 juin :

Une grosse pensée aussi pour les proches d’Adama Traoré et de Wissam El Yamni, et toutes celles et ceux qui luttent partout dans le monde, encore et toujours, pour que justice soit faite pour leurs proches assassinés ou séquestrés et portés disparus par les militaires et la police.


[1Située dans l’ouest du Mexique, à proximité de la côte pacifique, la zone métropolitaine de Guadalajara totalise plus de 5 millions d’habitants