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Convocation au Premier Festival mondial de la digne rage

Communiqué du CCRI-CG, de la Commission Sexta et de la Commission intergalactique de l’EZLN

jeudi 30 octobre 2008

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général
de l’Armée zapatiste de libération nationale.
Commission Sexta - Commission intergalactique de l’EZLN.
Mexique.

Les 15 et 16 septembre 2008.

Aux adhérent-e-s à la Sixième Déclaration et à l’Autre Campagne,
Aux adhérent-e-s à la Zezta internationale,
Au peuple mexicain,
Aux peuples du monde,

Compañeras et compañeros,
Frères et sœurs,

Voici de nouveau notre parole.
Voici ce que nous voyons, voici ce que nous observons.
Voici ce qui nous vient aux oreilles, ce que perçoit notre cœur brun.

I

Là-haut en haut, ils voudraient répéter la même histoire.
Ils veulent de nouveau nous imposer leur calendrier de mort, leur géographie de destruction.
Quand ils ne nous dépossèdent pas de nos racines, ils les détruisent.
Ils nous volent notre travail, notre force.
Nos mondes, la terre, ses eaux et les trésors qu’elle recèle, ils les laissent sans humains, sans vie.
Dans les villes, ils nous persécutent et nous en chassent.
Les campagnes meurent et nous tuent.
Et le mensonge se fait gouvernement, tandis que la spoliation arme ses polices et ses armées.
Dans le monde, nous sommes des illégaux, des sans-papiers, des indésirables.
Persécuté-e-s et traqué-e-s nous sommes.
Femmes, jeunes, enfants et anciens meurent dans la mort et meurent dans la vie.
Et en haut, ils prêchent pour l’en bas la résignation, la défaite, le renoncement, l’abandon.
Ici en bas, il ne nous restera bientôt plus rien.
Rien que la rage.
Rien que la dignité.
Notre souffrance ne trouve aucune oreille attentive, si ce n’est celle des autres qui sont comme nous tous et nous toutes.
Personne, nous ne sommes personne.
Nous sommes seuls, et il ne nous reste plus que notre dignité et notre rage.
Rage et dignité sont les ponts tendus, ce sont nos langages.
Eh bien, écoutons-nous, connaissons-nous donc.
Que grandisse notre courage et qu’il se fasse espoir.
Que la dignité originelle soit retrouvée et que naisse un autre monde.
Nous avons vu et écouté.
Faible est notre voix pour se faire l’écho de cette parole, petit est notre regard pour autant de rage et aussi digne.
Nous bien voir, nous regarder, nous parler, nous écouter, c’est ce qu’il faut.
Autres femmes, autres hommes nous sommes, ce qui est autre.
Si ce monde n’a pas de place à nous accorder, à tous et à toutes, eh bien, c’est qu’il faut créer un autre monde.
Sans autre outil que la rage, sans autre matériau que notre dignité.
Il nous manque de nous rencontrer plus, de nous connaître.
Il reste à faire ce qu’il reste à faire...

II

Trois ans après la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, l’EZLN a engagé une réflexion collective, qui s’est nourrie des perspectives plus larges que nos compañeras et compañeros de l’Autre Campagne au Mexique et de la Zezta internationale dans le monde nous ont généreusement offertes.

Ce que nous avons vu et entendu, tantôt directement, tantôt dans les paroles et les regards des autres femmes et des autres hommes, est loin d’être négligeable.

Si profonde est la rage que nous avons perçue et si grande la dignité que nous avons rencontrée que nous avons pensé que nous étions encore plus petits que ce que nous croyions.

Au Mexique et sur les cinq continents, nous avons trouvé ce dont nous ne faisions que pressentir l’existence quand nous avons entamé cette sixième étape qui est la nôtre : un monde existe, il y a un autre chemin.

Si la catastrophe qui se rapproche peut être évitée et si l’humanité dispose d’une autre chance, ce sera grâce à l’existence de ces autres femmes et de ces autres hommes qui, en bas et à gauche, non seulement résistent, mais esquissent aussi la possibilité de quelque chose d’autre.

De quelque chose de différent de ce qu’en haut on imagine.

Dans l’impossible géométrie du Pouvoir politique, les intégrismes sont équitablement partagés : les droites se font extrêmes droites et les gauches institutionnelles tournent à l’impossible droite éclairée. Ceux qui se plaignent, dans la presse progressiste, que les fanatiques de la presse opposée censurent, déforment et calomnient leur caudillo, à leur tour censurent, déforment, calomnient et se taisent devant tout autre mouvement qui ne s’est pas soumis aux diktats d’un petit chef et distribuent sans aucune pudeur condamnations et absolutions alignées sur un absurde taux d’audience médiatique. Fanatiques de l’un et l’autre bord débattent des mensonges grimés en vérités, les crimes n’ayant que la valeur de l’espace médiatique qu’ils occupent. L’ensemble n’est pourtant qu’un pâle reflet de ce qui se passe réellement en politique.

L’écœurement face au cynisme et à l’incompétence des classes politiques traditionnelles s’est peu à peu mué en colère. Parfois une telle colère suit l’espoir d’un changement qui emprunte les éternels sentiers battus, pour se heurter soit à une déception qui paralyse, soit à la force de l’arbitraire qui soumet toutes les volontés. Le Nord turbulent et brutal recommence ses manigances. Quand il ne sponsorise pas des fraudes électorales (comme il le fait au Mexique), il soutient, alimente et finance des coups d’État (comme il essaie de le faire aujourd’hui en Bolivie et au Venezuela). La guerre reste sa diplomatie internationale par excellence : l’Irak et l’Afghanistan brûlent, mais, au grand dam de ceux d’en haut, ils ne se consument pas.

La volonté d’imposer des hégémonies et l’homogénéité à l’échelle mondiale trouve dans les nations, dans les régions et dans les petites agglomérations les apprentis sorciers disposés à mettre en scène l’impossible retour à un passé dans lequel le fanatisme était loi et le dogme tenait lieu de science. Pendant ce temps, les classes politiques qui gouvernent ont trouvé dans l’univers du boniment le déguisement approprié pour pouvoir occulter leur entrée dans le milieu du crime organisé.

Fatiguée à l’extrême de tant d’avarice, notre planète commence à faire payer la dette impossible à rembourser de sa destruction. Mais les catastrophes « naturelles » sont de classe, elles aussi, et leurs ravages se font sentir surtout chez ceux qui n’ont rien et ne sont rien. Devant cet état de fait, la stupidité du Pouvoir est sans limites : des millions et des millions de dollars sont consacrés à fabriquer de nouvelles armes et à installer toujours plus de bases militaires. Le pouvoir du capital ne s’inquiète pas de former des instituteurs et des institutrices, des médecins, des ingénieurs et des ingénieures, mais des soldats. Ils ne préparent pas des constructeurs et des constructrices, mais toujours plus de destructeurs.

Quiconque cherche à s’opposer à cette folie est poursuivi, emprisonné, assassiné.

Au Mexique, on emprisonne des paysans qui ont défendu leur terre (comme à San Salvador Atenco) ; en Italie, on persécute et on traite de terroristes les gens qui s’opposent à l’implantation de bases militaires ; dans la France de la « liberté, égalité et fraternité », les êtres humains ne sont libres, égaux et frères que si leurs papiers le décrètent ; en Grèce, la jeunesse est un vice qu’il s’agit d’éliminer ; au Mexique encore, mais cette fois dans la ville de Mexico, les jeunes femmes et les jeunes hommes sont criminalisés et assassinés sans provoquer aucune réaction, parce que cela ne figure pas dans l’agenda que dictent en haut ceux de l’un et l’autre bord, tandis qu’une consultation légitime se voit réduite à une lamentable excuse qu’un chef de gouvernement assassin emploie pour se dédouaner ; dans l’Espagne de la moderne Union européenne, on interdit des journaux et on criminalise une langue, l’euskera, pensant sans doute qu’en tuant une parole on tue les gens qui la brandissent tel un étendard ; dans cette Asie si proche, on répond aux revendications des paysans par des aberrations blindées ; dans l’arrogante Union des États-Unis d’Amérique, née du sang des immigrants, on persécute et assassine les autres couleurs qui y travaillent ; dans cette longue souffrance qui a pour nom Amérique latine, on méprise et on humilie le sang à la couleur brune qui en est le pilier ; dans les Caraïbes insoumises, un peuple, le peuple cubain, doit ajouter à la malchance naturelle l’infortune d’un blocus impérial qui n’est pas autre chose qu’un crime impuni.

Dans le moindre recoin de la géographie du monde et tous les jours que comportent ses divers calendriers, celles et ceux qui travaillent, celles et ceux qui font tout fonctionner, sont spoliés, méprisés, exploités, réprimés.

Il y a pourtant encore des occasions, nombreuses, si nombreuses qu’elles nous arrachent un sourire, dans lesquelles les rages cherchent à se frayer leurs propres chemins, nouveaux, autres ; et ce « non » qu’elles poussent ne fait pas désormais que résister, il commence également à proposer, à se proposer.

Depuis notre apparition au grand jour, il y a presque quinze ans, nous avons tout fait pour constituer un pont qui permette aux rébellions de circuler d’un côté à l’autre.

Parfois nous y sommes parvenus, parfois non.

Aujourd’hui, nous ne voyons et sentons pas seulement cette rebelle résistance, sœur et compañera, qui navigue de conserve avec nous et donne haleine à notre pas.

Aujourd’hui, il y a aussi quelque chose qui n’était pas là auparavant ou que nous n’avons pas vu sur le moment.

Il y a une rage créative.

Une rage qui bariole déjà toutes les couleurs des chemins d’en bas et à gauche sur les cinq continents...

III

Pour toutes les raisons exposées, et comme partie intégrante des manifestations organisées pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la naissance de l’Armée zapatiste de libération nationale, les quinze ans du début de notre guerre contre l’oubli, la cinquième année des conseils de bon gouvernement et la troisième année de l’Autre Campagne et de la Zezta internationale, les hommes, femmes, enfants et anciens de l’EZLN appellent tous les rebelles et toutes les rebelles du Mexique et du monde à célébrer le

PREMIER FESTIVAL MONDIAL DE LA DIGNE RAGE

sur le thème :

UN AUTRE MONDE, UN AUTRE CHEMIN : EN BAS ET À GAUCHE

qui se déroulera dans les lieux suivants et aux dates suivantes :

dans l’autre ville de Mexico, District fédéral, les 26, 27, 28 et 29 décembre 2008.

Dans l’enceinte folklorique de l’association « Los Charros Reyes de Iztapalapa », affiliée au Front populaire Francisco Villa indépendant (UNOPII), avenue Guelatao nº 50, Colonia Álvaro Obregón, district Iztapalapa, à proximité la station de métro Guelatao, où sera organisée l’exposition du même nom.

Ainsi que dans le local d’UNÍOS, rue Dr. Carmona y Valle nº 32, Colonia Doctores, à proximité de la station de métro Cuauhtémoc, où auront lieu d’autres activités.

Au Caracol d’Oventik, au Chiapas, siège du Conseil de bon gouvernement Corazón Céntrico de los Zapatistas delante del Mundo (Cœur central des zapatistes devant le monde), le 31 décembre 2008 et le 1er janvier 2009.

Dans la ville de San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, les 2, 3 et 4 janvier 2009. Dans les locaux du CIDECI, situé Camino Real de San Juan Chamula, sans numéro, Colonia Nueva Maravilla.

Certains des autres thèmes abordés lors de ce festival seront :

- Une autre campagne.
- Une autre politique.
- Une autre ville.
- Un autre mouvement social.
- Une autre communication.
- Une autre histoire.
- Un autre art et une autre culture.
- Une autre sexualité.

Le festival « Un autre monde, un autre chemin : en bas et à gauche » aura les caractéristiques suivantes :

1. Au lieu choisi à México, une grande exposition nationale et internationale sera organisée, où les luttes, les expériences, les rages disposeront d’un espace où elles pourront installer un stand pour y exposer leur lutte et leur courage. Pour que tous et toutes nous puissions les voir, les écouter, les connaître.

2. Au lieu choisi en territoire zapatiste, la dignité et la rage se feront art et culture, musique et chant, parce que la rébellion, ça se danse aussi. Et qu’avec les mots la souffrance se muera en espoir.

3. Au lieu choisi à San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, la parole circulera pour faire naître d’autres mots et apporter force et raison à la rage.

4. Les groupes, collectifs et organisations mexicaines et d’autres pays participant à ce festival ne seront exclusivement que ceux et celles invités pour l’occasion. Pour ce faire, la Commission Sexta de l’EZLN a entamé des consultations avec des organisations politiques et sociales et des collectifs et des groupes anarchistes et libertaires, de communication alternative, artistiques et culturels, de protection des droits humains, de travailleurs sexuels et de travailleuses sexuelles, ainsi qu’avec des intellectuels et militants sociaux, d’anciens prisonniers et prisonnières politiques, tous et toutes adhérents à la Sixième Déclaration ; enfin, avec des groupes, des collectifs et organisations d’autres pays, appartenant tous et toutes à la Zezta internationale. Suite à ces consultations seront fixés les critères pour envoyer les invitations et les critères de participation.

5. Pour les tables de discussion et les conférences magistrales, l’EZLN invitera des organisateurs sociaux et des organisatrices sociales, des penseurs et des penseuses, ainsi que des dirigeants et des dirigeantes de projets anticapitalistes au Mexique et dans le monde. Nous ferons connaître la liste de ces invités ultérieurement.

6. D’autres détails sur la façon dont nous envisageons ce festival de la digne rage seront communiqués en leur temps (autrement dit, quand nous aurons une idée approximative du pétrin dans lequel nous nous sommes fourré-e-s).

C’est tout pour aujourd’hui.

Liberté et justice pour Atenco !

Des montagnes du Sud-Est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, septembre 2008.

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