Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Deuxième déclaration de la forêt Lacandone

mardi 2 janvier 1996

DEUXIÈME DÉCLARATION DE LA FORÊT LACANDONE

Frères mexicains,

Notre lutte continue. Le drapeau zapatiste flotte toujours dans les montagnes du Sud-Est mexicain et aujourd’hui nous disons :

Nous ne nous rendrons pas !

Tournés vers la montagne, nous avons parlé avec nos morts, afin que leur parole nous désigne le bon chemin, celui que doit emprunter notre visage bâillonné.

Les tambours ont retenti et dans la voix de la terre a parlé notre douleur et notre histoire a parlé.

"Tout pour tous", disent nos morts. Tant qu’il n’en sera pas ainsi il n’y aura rien pour nous.

Dites la parole des autres Mexicains, trouvez le chemin du cœur à l’écoute de ceux pour qui nous luttons, invitez-les à marcher du pas digne de ceux qui n’ont pas de visage. Appelez tout le monde à résister, que personne n’accepte rien de ceux qui commandent en commandant. Que le fait de ne pas se vendre devienne une bannière commune. Demandez qu’on ne se contente pas de paroles d’encouragement devant notre douleur. Demandez qu’on la partage, demandez que l’on résiste avec vous, que l’on rejette toutes les aumônes qui viennent des puissants. Que toutes les bonnes gens qui vivent sur ces terres organisent aujourd’hui la dignité qui résiste et ne se vend pas. Que demain cette dignité s’organise pour exiger que la parole qui est dans le cœur du plus grand nombre soit reconnue et saluée par ceux qui gouvernent. Que s’impose le bon chemin, où celui qui commande commande en obéissant.

Ne vous rendez pas ! Résistez ! Ne faillissez pas à l’honneur de la parole vraie. Résistez avec dignité sur les terres des hommes et des femmes vrais, que les montagnes abritent la douleur des hommes de maïs. Ne vous rendez pas ! Résistez ! Ne vous vendez pas ! Résistez !

C’est ce qu’a dit la parole venant du cœur de nos morts de toujours. Nous avons vu que la parole de nos morts était bonne, nous avons vu qu’il y a vérité et dignité dans leur conseil. C’est pour cela que nous appelons tous nos frères indigènes mexicains à résister avec nous. Nous appelons tous les paysans à résister avec nous, les ouvriers, les employés, les fermiers, les femmes au foyer, les étudiants, les instituteurs, ceux qui font leur vie de la pensée et de la parole, tous ceux qui ont le sens de l’honneur et de la dignité, nous les appelons tous pour qu’ils résistent avec nous, car ce mauvais gouvernement veut qu’il n’y ait pas de démocratie sur notre sol. Nous n’accepterons rien qui vienne du cœur pourri de ce gouvernement mauvais, ni le moindre sou, ni un médicament, ni une pierre, ni un grain de nourriture, ni la moindre miette des aumônes qu’il propose en échange de notre digne cheminement.

Nous ne recevrons rien du suprême gouvernement. Même si notre peine et notre douleur augmentent, même si la mort demeure à notre table, sur notre terre et dans notre lit, même si nous voyons que d’autres se vendent à la main qui les opprime, même si tout fait mal, même si notre peine pleure jusque dans les pierres. Nous n’accepterons rien, nous résisterons. Nous ne recevrons rien du gouvernement, nous résisterons jusqu’à ce que celui qui commande commande en obéissant.

Frères, ne vous vendez pas. Résistez avec nous. Ne vous rendez pas. Résistez avec nous. Répétez avec nous, frères : "Nous ne nous rendons pas ! Nous résistons !" Que cette parole ne s’entende pas seulement dans les montagnes du Sud- Est mexicain, qu’elle s’entende aussi dans le Nord et dans les péninsules, qu’on l’écoute sur les deux côtes, qu’on l’entende dans le centre, qu’elle se fasse cri dans les vallées et dans les montagnes, qu’elle résonne à la ville et à la campagne. Unissez vos voix, frères, criez avec nous, faites vôtre notre voix :

Nous ne nous rendons pas ! Nous résistons !

Que la dignité brise le cercle par lequel les mains sales de ce mauvais gouvernement nous asphyxient. Nous sommes tous cernés, ils ne laissent pas la démocratie, la liberté et la justice pénétrer en terre mexicaine. Frères, nous sommes tous cernés. Ne nous rendons pas ! Résistons ! Soyons dignes ! Ne nous vendons pas !

À quoi serviront au puissant toutes ses richesses s’il ne peut pas acheter ce qu’il y a de plus précieux sur ces terres ? Si la dignité de tous les Mexicains n’a pas de prix, à quoi sert le pouvoir du puissant ?

La dignité ne se rend pas !

La dignité résiste !

Démocratie !
Liberté !
Justice !

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Comité clandestin révolutionnaire indigène Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale
Mexique, juin 1994.

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